vendredi 7 novembre 2008

Droit dans les yeux : Des questions essentielles

Droit dans les yeux :

Des questions essentielles

Une fois n’est pas coutume, mais je voudrais aujourd’hui citer quelques petits extraits d’un texte qui circule dans les milieux catholiques pour la préparation, dans 2 ans, d’une rencontre d’évêques du monde entier sur « L’église en Afrique, au service de la réconciliation, de la justice et de la Paix »

Ce document cherche, dans ses premières pages, à dénombrer quelques priorités dans le domaine de la réconciliation, de la justice et de la paix. Il souhaite poser des questions et inciter à une recherche communautaire de solutions… (Je ne peux évidemment tout citer, le texte fait 42 pages)

Ce document évoque des questions si proches de celles que nous abordons régulièrement dans cette rubrique que j’ai souhaité les partager avec vous. (Les numéros renvoient au texte original qui développe longuement ensuite les réponses chrétiennes à ces questions)

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(10) Le plus grand défi pour réaliser la justice et la paix en Afrique consiste à bien gérer les affaires publiques, surtout la politique et l’économie. La souffrance des peuples africains est en grande partie liée à la gestion de ces deux domaines et à celui de la culture.

(11) Un des défis majeurs de l’Afrique contemporaine est l’échec de l’État post-colonial dans la grande majorité des pays africains. Le défi est probablement du côté de la bonne gouvernance et de la formation d’une classe politique capable de récupérer le meilleur des traditions ancestrales et de l’intégrer aux principes de gouvernance de sociétés modernes.

(12) On assiste dans certains pays africains à la violation continuelle des droits fondamentaux de l’homme, avec toutes les conséquences qui peuvent en découler. La paix y est souvent confondue avec une unanimité ou une tranquillité imposées par la force, assurant le maintien au pouvoir d’un groupe d’hommes au détriment des populations. Tant que l’on n’en arrivera pas à la création des états de droit en Afrique, gouvernés par des Africains véritablement démocrates, le risque est grand qu’une telle situation perdure encore.

(13) dans la majeure partie des États africains, la position des autorités politiques se caractérise par une grave méconnaissance de la personne humaine, de ses droits les plus fondamentaux et les plus imprescriptibles. L’établissement d’une vraie démocratie qui assure la sécurité des biens et des personnes est une condition indispensable pour le développement des pays africains.

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(14) L’exploitation de l’Afrique (n’a jamais cessé et) perdure sous de nouvelles formes, y compris le fardeau écrasant de la dette, les conditions injustes du commerce, les décharges de produits toxiques et les conditions excessivement sévères imposées par des programmes d’ajustement structurel.

(15) Le taux d’alphabétisation reste parmi les plus faibles du monde. En de nombreux pays, le système éducatif se dégrade continuellement, le système sanitaire est en ruine et l’assistance sociale quasi inexistante. Dans ces situations de désordres, les personnes les plus menacées sont toujours les plus faibles… Les ressources immenses de l’Afrique sont en contraste avec l’état de misère des pauvres en Afrique; il devient de plus en plus scandaleux au vu des richesses accumulées entre les mains de quelques privilégiés. D’où l’urgence d’étudier les voies et les moyens de favoriser l’émergence de politiciens intègres, déterminés à protéger le patrimoine commun contre toutes les formes de gaspillage et de détournement.

(16) Dans une certaine mesure, il est vrai que l’Afrique produit ce qu’elle ne consomme pas et consomme ce qu’elle ne produit pas. Comment sortir alors de ce paradoxe?
On note des injustices économiques graves: le problème de la main-d’œuvre migratoire, des salaires injustes et des contrats inégaux. La délinquance juvénile, la drogue, la corruption et le chômage ont atteint des proportions inacceptables dans certains pays et ont pour racine ces injustices économiques.
La production alimentaire du continent représente à peine le dixième de ses besoins. L’échec des politiques agricoles ne se traduit pas seulement par cette difficulté d’assurer la sécurité alimentaire aux populations; il a également pour conséquence l’exode rural massif, surtout des jeunes.

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(18) Changer la culture économique de l’Afrique, cela ne signifie-t-il pas qu’au lieu de dépendre uniquement d’un marché mondial dont elle est virtuellement exclue, il lui faut d’abord organiser une bonne rémunération du travail de la terre?

(19) L’ardeur africaine au travail n’est-elle pas trop mesurée pour être capable d’entrer en compétition avec celle de ceux qui, ailleurs, vouent au même travail un véritable culte? Le rapport à la terre n’est-il pas infériorisant?... Les prix des produits agricoles sont désespérément bas. L’Afrique semble être une des régions du monde où l’on néglige ses propres paysans.

(20) À l’heure de la mondialisation, comment pouvons-nous sauvegarder le meilleur des cultures africaines tout en intégrant le meilleur de ce qui vient d’ailleurs? … La question fondamentale est dès lors celle de savoir comment conserver l’enracinement dans la communauté tout en promouvant l’autonomie nécessaire à la personne pour son affirmation comme acteur politique, économique et social? Telle est la grande question que pose l’évolution souhaitée de la culture africaine.

(21) Comment promouvoir une culture de l’écriture et en systématiser l’utilisation, sans perdre l’enracinement africain dans l’oralité?... Comment concilier le sens fort de la famille avec une juste promotion de la personne? Comment concilier écriture et oralité dans le progrès des cultures africaines? Il n’y a pas de projet social possible sans une assise culturelle solide.

(22) Dans certains pays, on assiste encore aujourd’hui à une discrimination sexuelle qui frappe les femmes. Elles se voient alors privées de certains droits qui, pourtant, sont dévolus à toute personne humaine… On doit condamner toute forme de violence infligée aux femmes.
Des injustices graves sont parfois commises à l’égard des anciens, des orphelins, des malades, des personnes à mobilité réduite, qui de plus en plus sont abandonnés par les familles et les communautés. Cela est une injustice grave dans une Afrique où la personne est par la relation et non pas en fonction de ce qu’elle a ou peut faire. C’est là une trahison et une injustice à l’égard de l’héritage commun.

(23) pour de nombreuses personnes, la fuite hors du pays d’origine semble représenter l’unique issue, d’où le grand nombre de réfugiés et immigrés africains, qui se comptent par millions sur tout le continent et en dehors du continent. Les phénomènes des réfugiés, des immigrés ainsi que celui de l’exode rural, s’accompagnent d’une tendance à rejeter la culture et les valeurs ancestrales.

(30) Quel sera le support aux bouleversements comportementaux qui doivent s’opérer pour que le destin de l’Afrique change, pour qu’advienne la réconciliation au milieu de tant de haines et de divisions, pour que règnent finalement la paix et la justice dans cette Afrique? Dans quel champ doit en priorité s’exercer l’imagination pour baliser les routes du futur?... Comment faire face aux excès de la mondialisation?

Toutes ces questions et bien d’autres rejoignent nos préoccupations. Puissent les chrétiens – et les hommes de bonne volonté – qui vont se pencher sur ce document y puiser des forces et des éléments de réponse pour être toujours plus actifs dans la construction d’une société africaine renouvelée qui trouvera la place qui lui revient dans le concert des nations.

Père Jacques Lacour
jacqueslacourbf@yahoo.fr
Koudougou, le 25-10-2008

Ce texte a paru dans la rubrique "Droit dans les yeux" du Journal "Le Pays" du mardi 5 novembre 2008

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