mercredi 12 novembre 2008

DROIT DANS LES YEUX : Détresse extrême : Mariage forcé

DROIT DANS LES YEUX :

Détresse extrême : Mariage forcé

Il nous arrive parfois de croire que nous sommes arrivés au bout de notre combat, que l’obscurantisme marqué par la violence a reculé… que chacune et chacun peut enfin trouver sa place dans la société. Que les traditions les moins respectueuses des personnes s’estompent ; on se rassure en se disant qu’il y a de grands progrès.

Mais voilà, quand des situations extrêmes nous « sautent à la figure », on est bien à nouveau obligés d’ouvrir les yeux, de se dire que cela peut se faire encore et encore et qu’il faut rester attentifs toujours et toujours.

Voilà un cas particulièrement dramatique qui nous a été raconté par une religieuse et qui devrait nous garder en éveil, comme nous le rappelait Mr Benoît Ouedraogo récemment : « Nous ne saurions taire non plus le cas du mariage forcé qui est une pratique encore courante dans nos villages. S’il est souvent vécu par la femme dans un silence douloureux, il débouche parfois sur des situations tragiques. Comment comprendre que de telles pratiques soient encore observables aujourd’hui, à l’orée du troisième millénaire ? »

Je vous le raconte, tel qu’il m’a été confié en juin dernier :

« Résumé de cas : Nom de l’intéressée : K.A.

C’est une fille de vingt (20) ans. Elle a une grossesse de cinq (5) mois. Sa mère ne vit plus avec son père.

Elle vivait avec son cousin dans un village situé dans la province du Kouritenga.

Son oncle paternel qui est le doyen de la famille l’a donnée en mariage à un vieux âgé de plus de soixante (60) ans et qui a déjà quatre (4) épouses.

K.A. s’enfuit chez son cousin quand elle apprit la nouvelle. Son oncle alla la chercher là où elle avait trouvé refuge. Elle réussit pour la seconde fois à s’évader et alla solliciter la protection et l’aide du service social de la localité.

Les agents sociaux de cette localité l’ont référée au service social de sa localité d’origine où elle fut placée dans une famille d’accueil.

Malgré l’intervention de l’action sociale et de la gendarmerie, K.A. fut emmenée chez son mari, attachée comme un animal.

Elle réussit quelques jours plus tard à s’enfuir.

Cette fois ci, elle prit la direction de Ouagadougou où des passants lui indiquèrent une communauté de religieuses.

Arrivée là bas, ayant constaté qu’elle était enceinte, les Sœurs l’ont référée au CARMEN Kisito (Centre d’Accueil et de Réinsertion de la Mère et de l’Enfant)

Pour que son mari puisse abuser d’elle, elle fut attachée pieds et mains liés. Elle est arrivée au centre dans un état psychologique déplorable. Elle était traumatisée, triste et déprimée. Elle était blessée non seulement dans sa chair, mais aussi et surtout dans son être le plus profond.

Quelle injustice de voir sa liberté et sa dignité bafouées et d’être traitée comme un animal. »

Merci au CARMEN Kisito d’accueillir ces femmes en si grande détresse.

Merci aux sœurs de nous avoir confié cette histoire pour continuer à réfléchir, et surtout à agir pour que de telles situations ne se reproduisent plus. Pour que chacune, chacun à sa place prenne le mieux possible ses responsabilités : familles, action sociale, gendarmerie, amis, religieuses, justice aussi peut être…

Bon courage à nous tous

Jacques LACOUR (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr

le 22-10-2008

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