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mardi 13 décembre 2011

Afrique de l’Ouest: des millions de personnes menacées par une crise alimentaire grave (Oxfam)

«Des millions de personnes en Afrique de l'Ouest pourraient être sauvées d’une grave crise alimentaire si des actions de prévention à grande échelle étaient menées dans cette région, a déclaré Oxfam (http://www.oxfam.org) aujourd'hui. Les premiers indicateurs disponibles soulignent les risques d’une crise alimentaire en 2012, avec des populations particulièrement à risque en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso, au Mali et au Tchad.

C’est donc maintenant qu’il faut investir dans des mesures préventives, a indiqué l’organisation. Les gouvernements de la région, qui ont déjà reconnu la gravité de la crise, devraient redoubler d'efforts pour s'assurer que les populations reçoivent de l’argent pour s’alimenter, de la nourriture pour leur bétail, et que l’aide alimentaire d'urgence soit disponible et prête a être distribuée. Pour Mamadou Biteye Directeur Humanitaire d’Oxfam en Afrique de l’ouest, « La situation semble extrêmement préoccupante pour des millions de personnes en Afrique de l’Ouest, mais le pire peut encore être évité. La crise a été identifiée tôt, et nous savons qu'il existe des mesures simples et rentables qui peuvent être prises pour protéger les populations les plus vulnérables. Cette fois-ci, nous pouvons agir avant que l’urgence ne sévisse ».

Les systèmes d'alerte précoce ont identifié une série de facteurs qui contribuent au déclenchement de cette crise. De faibles précipitations et des niveaux d'eau plutôt bas, des récoltes et des fourrages limités, une diminution des transferts de fonds des migrants, et les prix élevés des denrées alimentaires, concourent tous à causer de sérieuses difficultés. Sur la base des informations disponibles avec les systèmes d'alerte précoce, la production des céréales a chuté, en comparaison avec la moyenne des 5 dernières années. Le Tchad et la Mauritanie ont notamment des déficits de production agricole de plus de 50%, comparée à l’année écoulée. Les réserves nationales sont dangereusement basses, alors que les prix de certaines céréales clés sont 40% plus élevés que la moyenne des 5 dernières années. Alors que les évaluations se poursuivent pour identifier les personnes les plus à risque, les premiers résultats montrent que 6 millions de personnes au Niger et 2,9 millions au Mali vivent dans des régions vulnérables à cette crise, alors qu’en Mauritanie un peu plus de 25% de la population, soit 700 000 habitants, sont à risque et pourraient être confrontés à une insécurité alimentaire sévère. Les données officielles du Burkina sont attendues bientôt, mais il est fait état de prés de deux millions de personnes qui risque d’être affectées. Au Tchad 13 régions sur 22 pourraient être concernées par l’insécurité alimentaire.

En 2010, la région du Sahel en Afrique de l'Ouest a connu une crise alimentaire majeure qui a frappé dix millions de personnes. Mamadou Biteye ajoute que «Les populations se remettent encore de la dernière crise de 2010 et sont extrêmement vulnérables à tout nouveau choc, tels que la hausse des prix alimentaires, les mauvaises récoltes ou la perte de leurs animaux. Ces populations ont besoin d'aide maintenant pour renforcer leur résilience avant l'année prochaine ». Oxfam prépare des actions pour répondre immédiatement aux besoins des personnes les plus vulnérables. L’organisation travaille dans certaines zones affectées pour aider les populations à accroitre leur résilience face à la crise actuelle, et s’apprête aussi à fournir de l’assistance alimentaire. Par exemple en Mauritanie, dans la région de Gorgol, 1 300 femmes organisées en coopératives ont bénéficié de systèmes d’irrigation qui, grâce à une pompe, tire de l’eau d’une rivière jusqu’aux jardins potagers. Au Burkina Faso, Oxfam a déjà démarré une réponse humanitaire, avec le soutien de ECHO, pour aider prés de 50 000 personnes à accéder à la nourriture.

Alors qu’une réponse rapide à la prochaine crise est importante pour la protection des populations en 2012, Oxfam rappelle également que prévenir les prochaines crises nécessitera une action pour répondre aux causes profondes de ces crises et un soutien à long terme aux populations les plus pauvres dans une région où 300 000 enfants meurent de maladies liées à la malnutrition, même en temps dit « normal ».

Distribué par l’Organisation de la Presse Africaine pour Oxfam. »

vendredi 22 avril 2011

Fait de chez nous : Un père de famille qui se suicide à cause de la faim

Le corps de Tounko en putréfaction est découvert trois jours après son départ du domicile conjugal. De bouche à oreille, les villages environnants ont appris la triste nouvelle. Chaque village a ainsi délégué des émissaires pour l’enterrement de Tounko qui laisse derrière lui une veuve infortunée et 5 orphelins. Jeune cultivateur, la campagne agricole 2010-2011 n’a pas été du tout bonne pour Tounko. L’installation tardive de l’hivernage et les abondantes pluies très mal reparties dans le temps ont donc eu raison des superficies emblavées de Tounko.

Résultat, il n’a rien récolté du tout à la fin de la saison. Pour continuer de nourrir sa famille, Tounko descend dans le bas-fond du village comme plusieurs autres jeunes. Objectif, faire le maraîchage pour assurer la survie de ses enfants. Très courageux et avec l’aide de son épouse et deux de leurs enfants, Tounko a aménagé une grande surface. Il y plante de la tomate et quelques pieds d’oignon. L’entretien du jardin est sans faille.

Et la variété de tomate plantée a bien fructifié. Malheureusement pour Tounko, le panier de la tomate a été payé à un vil prix. Si les années antérieures des jardiniers ont vendu le panier de tomates à 5 000 FCFA voire 6 000 FCFA, cette année, le même panier a été vendu en deçà de 1000 FCFA. La raison est simple. La tomate ne pouvait pas être vendue hors de nos frontières. La crise postélectorale du côté de la Côte-d’Ivoire en est la cause. Tounko ne pouvait donc plus compter sur la vente de sa tomate pour nourrir sa famille. Il paye donc un filet et des hameçons et se convertit en pêcheur. Chaque matin de bonheur, Tounko était dans le marigot. Il retournait au village peu après midi. Le poisson pêché était ensuite remis à sa femme qui le vendait et payait des céréales pour le repas.

Tounko n’était pas seul à descendre au marigot. Ainsi donc, le poisson a fini par être rare dans l’eau. Alors que faire pour nourrir la famille ? Tounko à force de chercher la solution, ne dormait plus les nuits. Il a même dépéri comme s’il était malade. Malgré son courage, il n’a pas pu tenir. Un jeudi, rentré du marigot, il remet le peu de poisson qu’il avait eu à sa femme. Il lui dit de tout faire le vendre. Au lieu de rester dans la concession comme d’habitude, il dit à sa femme qu’il partait rendre visite à un ami. Il sort donc à pieds. Il a marché longtemps pour se retrouver dans la brousse d’un autre village. C’est là-bas qu’il s’est passé la corde au coup pour mettre fin à ses jours.

Ce n’est que trois jours après que son corps a été découvert. Et les siens l’ont enterré sur place. C’est après que certains proches à lui ont témoigné qu’il avait toujours soutenu qu’il ne va jamais assister à la mort de ses enfants par la faim. Pauvre Tounko, il fallait t’inspirer de l’idée de Gabriel Celaya dans Paix et Harmonie, « tant que sur terre il restera un homme pour chanter, il nous sera encore permis d’espérer. »

Souro DAO /daosouro@yahoo.fr

L’Express du Faso

lundi 24 mai 2010

Niger : Exode de la faim

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Niger : Exode de la faim


Depuis quelque un mois, des cohortes de Nigériens affluent, corps famélique et yeux hagards, vers le Nigeria voisin. A la recherche incertaine de quoi dégourdir des mâchoires grippées par la faim.

Car, malgré les efforts de la Communauté internationale et des nouvelles autorités du pays, près de huit millions de personnes, soit plus de la moitié de la population du Niger, sont touchées par la crise alimentaire. Le bétail se meurt par inanition. La catastrophe est aux portes, si elle n’y est pas encore entrée, au pays du Ténéré.

A l’origine de cette pénurie alimentaire dont on découvre chaque jour l’ampleur grandissante, la conjonction fâcheuse d’une cause naturelle et d’une bêtise humaine. L’une précisément liée à l’irrégularité et à l’arrêt précoce des pluies et l’autre, et c’est là le plus affligeant, à l’incurie criminelle de l’ex-président Mamadou Tandja et de tout son régime.

Aveuglé par sa vile prétention de régner à vie, obnubilé par la peur d’une menace contre la stabilité de son pouvoir, l’ancien homme fort de Niamey a choisi bêtement de faire l’autruche face à la crise alimentaire qui se profilait à l’horizon : refuser de voir la réalité.

Comme s’il suffisait de nier une chose pour qu’elle ne fusse pas. Alors qu’après les mauvaises récoltes, les ONG et autres chancelleries envoyaient des signaux de détresse, Tandja et sa Cour s’évertuaient, eux, à cœur joie, à lancer des feux d’artifice.

En 2009, le gouvernement déchu annonçait, sans sourciller, un excédent céréalier de 18 000 tonnes. Mensonge criminel. La réalité était tout autre : un déficit de 400 000 tonnes.

Pour la préservation de la soupière d’une seule personne, des millions de personnes, surtout des enfants, ont été abandonnés aux affres de la faim. Pourtant, il aurait suffi de donner l’alerte à temps, pour que les partenaires bilatéraux et multilatéraux préviennent la crise, sinon au moins en circonscrivent l’ampleur. Tandja est parti, la laideur de son passage au pouvoir nous pend au visage.

L’Observateur Paalga (lundi 24 mai 2010)


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jeudi 4 septembre 2008

La pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité

Message des Evêques du Burkina Faso : La pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité

lundi 16 juin 2008.

Du 2 au 6 juin 2008 s’est tenue au Centre National Cardinal Paul Zoungrana (CNCPZ), la troisième Assemblée Plénière de l’année pastorale 2007-2008 de la Conférence Episcopale du Burkina-Niger. A cette occasion les Evêques du Burkina Faso, après avoir examiné la situation nationale, ont tenu à livrer le message suivant aux fils et filles de l’Eglise-Famille de Dieu et aux hommes de bonne volonté au Burkina Faso.

1. Depuis le début de l’année 2008, le peuple Burkinabè vit des moments difficiles du fait de la hausse généralisée des prix des produits de grande consommation. Ce phénomène appelé « vie chère » a provoqué dans notre pays, des manifestations de protestations, des marches et des grèves qui ont quelquefois dégénéré en destruction de biens publics et privés. Tout en comprenant la légitime colère et le désarroi des populations qui souffrent de la faim, les évêques désapprouvent tous les actes de violences et de destruction de biens publics et privés qui ne font que saper les efforts individuels et collectifs pour construire ce Bien Commun qui nous est cher à tous.

2. S’agissant de la vie chère ou de la crise alimentaire, nous constatons que le phénomène touche tous les pays du monde, mais avec beaucoup plus d’acuité les pays en développement du fait du déséquilibre dans les règles du commerce international, de la flambée des prix des produits pétroliers, de la spéculation sur le marché international des céréales, de la dégradation de l’environnement sans occulter les limites des politiques agricoles à l’échelon national et international.

3. S’il est vrai que les populations des pays en développement dont le Burkina souffrent de cette crise économique et alimentaire, il faut reconnaître que beaucoup de facteurs qui en sont à la base, échappent à la maîtrise des gouvernants et exigent de tous un changement radical de mentalité et de comportement. Autrement il est à craindre que cet état de choses ne perdure et n’aboutisse à une situation encore plus catastrophique. Dans le contexte actuel de notre pays, nous ne pouvons pas invoquer seulement les aléas climatiques et la rudesse de la nature pour justifier notre pauvreté et l’insécurité alimentaire qui nous frappent. Nous pensons que certains facteurs humains contribuent à aggraver cette situation. Nous sommes tous interpellés par :
la corruption qui gagne du terrain ;
le manque de conscience professionnelle ;
la mainmise d’une minorité sur les richesses nationales ;
l’intérêt individuel ou de groupe au détriment du Bien Commun
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4. A la suite du Pape Benoît XVI dans son message au sommet de la FAO à Rome, le 3 juin 2008, nous affirmons que « la faim et la malnutrition ne sont pas une fatalité… » pour les populations du Burkina Faso. C’est pourquoi, nous saluons les mesures qui ont été prises par le gouvernement dans l’urgence pour atténuer la souffrance des populations, et les efforts de dialogue et de concertation déjà visibles entre les acteurs publics et privés afin de trouver des solutions durables à cette crise. Nous apprécions l’effort de l’Organisation Catholique pour le Développement et la Solidarité (OCADES Caritas Burkina) pour venir en aide aux plus démunis. Nous encourageons le Consortium CRS – OCADES CARITAS Burkina pour leur action concertée. Avec l’aide de partenaires (La Nonciature Apostolique au Burkina Faso, les Conférences Episcopales de pays amis, l’USAID, le PAM, l’UNICEF, etc….), ils ont pu contribuer un tant soit peu à secourir les populations les plus vulnérables. N’oublions pas les paroles du Seigneur : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

5. Nous, vos Evêques, réprouvons et condamnons tout comportement, individuel ou collectif, de commerçants, d’opérateurs économiques et de toute administration publique ou privée tendant à tirer partie de cette crise et à exploiter la misère des plus pauvres à des fins d’enrichissements illicites. Nous exprimons notre solidarité à l’égard de toutes les victimes de la faim et de la malnutrition et nous nous engageons à leur côté pour défendre le droit fondamental de toute personne humaine à une alimentation saine et suffisante, condition indispensable pour la reconnaissance de sa dignité.

6. Face aux Phénomènes de la vie chère, nous n’avons pas de solution miracle à proposer. Toutefois, le Burkina Faso étant essentiellement un pays agricole, nous invitons les pouvoirs publics à rester à l’écoute des organisations de producteurs et d’être attentifs à leurs préoccupations, en vue de prendre les mesures courageuses et appropriées pour l’atteinte de l’autosuffisance et de la souveraineté alimentaires. En outre, nous convions tous les fils et filles de l’Eglise-Famille de Dieu, d’une part à redoubler d’effort au travail et à faire prévaloir l’esprit de solidarité et d’entraide mutuelle en toutes circonstances et particulièrement dans ces moments difficiles, et d’autre part, à revoir leurs habitudes alimentaires afin d’accorder plus d’importance à la consommation de ce que nous produisons. Tous, nous sommes appelés à développer des comportements responsables face aux multiples sollicitations de la société de consommation. Le vrai développement d’une société ou d’un individu ne consiste pas à tout posséder, ni à consommer tout ce qu’on lui propose sur la place du marché. Chacun de nous devra développer davantage en ces moments difficiles, des comportements responsables d’économie et de retenue, et faire la promotion des systèmes sociaux justes et solidaires.

7. Enfin, en ce début de saison hivernale, les évêques saluent tous les paysans qui sont au champ et invoquent l’abondance des bénédictions divines sur eux, sur leur travail et sur la saison pluvieuse elle-même, afin que leur dur labeur porte beaucoup de fruits pour le bien de tous.

Fait à Ouagadougou, le 06 juin 2008

Vos pasteurs, les pères évêques de l’église-famille du Burkina Faso

(j’ai volontairement simplifié la signature; et c'est moi qui ai souligné certaines phrases du texte)


mardi, 17 juin 2008