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mercredi 3 septembre 2008

Pourquoi accuser seulement les filles ?


Quotidien le Pays N°4048 du 05/02/2008

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Droit dans les yeux


IMAGES PORNOGRAPHIQUES AU LTO ET A BANGR-WEOGO

Pitié pour nos soeurs !


Un article récent, paru dans Sidwaya n° 6098 du 25-27 janvier 2008 (p.23), nous apprend que circulent à Ouagadougou deux "vidéos pornographiques" dont les acteurs seraient, entre autres, des élèves d’établissements secondaires de la ville. Nous ne savons pas encore s’il s’agit d’un simple "dérapage" de jeunes qu’il ne faudrait pas dramatiser outre mesure, ou de quelque chose de plus important sur lequel il est bon de réfléchir.

L’article épingle longuement les deux jeunes femmes X et Y qui se seraient prêtées à ce tournage amateur. Elles auraient déjà été sanctionnées et seraient exclues ou tout du moins suspendues dans leurs lycées respectifs.

Mais où sont donc les garçons ou les hommes qui sont sur ces mêmes images, dont on ne parle pas, que l’on n’épingle pas, que l’on ne sanctionne pas et que l’on n’exclut pas ?

Dans un cas, il nous est dit que la vidéo aurait dû rester un souvenir intime et secret. Quelle trahison ! Coupable non seulement de pornographie, mais aussi de trahison. Non-respect de "droit à l’image", divulgation de "vie privée". Vouloir salir.

Deux autres garçons figureraient dans la seconde vidéo amateur : comment ont-ils pu se prêter à ce jeu, eux aussi ? Ont-ils été sanctionnés ? Le journal n’en dit rien.

Je ne voudrais pas oublier ici ceux qui ont tourné ces images. Qui sont-ils, où sont-ils ? Ce sont les hommes, en général, qui en sont demandeurs pour leurs fantasmes. Leur responsabilité est bien grande dans cette affaire. Une vocation d’industriel du sexe n’est-elle pas déjà née en eux ? Mais le journal n’en dit mot. Alors qu’il me semble qu’ils sont eux aussi bien coupables dans cette affaire.

Depuis quelques temps, chacun d’entre nous peut ainsi "voler" des images avec un appareil photo numérique ou un bon téléphone portable qui sont aujourd’hui tous capables de faire de petites vidéos. Des images qui peuvent témoigner (la police française les récuse.). Des images qui peuvent violer l’intimité des personnes… mais aussi des images qui nous permettent de garder de merveilleux souvenirs. Que faisons-nous de ces instruments ?

Je voudrais dire un mot de toutes celles et tous ceux qui ont regardé ces "images pornographiques" et qui ont participé d’une manière ou d’une autre à leur diffusion. Ne s’est-il trouvé personne, pour arrêter la "chaîne" ?


Les hommes toujours épargnés


Mais quand on voit la facilité avec laquelle sont distribués et vendus les DVD porno, pas seulement à la sauvette dans la rue, mais même dans les bonnes boutiques (un peu à l’abri des regards, il est vrai), on ne peut que s’interroger sur la diffusion de cette culture dans laquelle ils sont nombreux à être impliqués et qui ne semble plus poser question. Là, ce n’est pas une affaire de jeunes, c’est d’abord une affaire d’adultes… "Faites comme je dis, ne faites pas comme je fais" est un principe éducatif qui ne marche pas ! Et pas seulement de la part des parents.

On peut se demander aussi si ce genre de situation qui est dénoncé avec vigueur n’a pas été préparé dans les mentalités depuis longtemps.

Ceux qui ne pensent qu’à faire danser et s’amuser la jeunesse sans leur proposer un idéal et des objectifs de vie portent une bien grande part de responsabilité.

L’ambiance pornographique, tous les psychologues vous le diront, étouffe dans le cœur des hommes la capacité à une vraie vie spirituelle, une vraie "vie intérieure"… Elle empêche notre humanisation.

Pour ces deux jeunes femmes impliquées dans cette affaire, accusées et déjà exclues, combien d’hommes (de mâles) sont impliqués directement ou indirectement ? Et pourquoi sont-ils presque toujours épargnés ? L’industrie du sexe, pornographie ou prostitution, vient d’abord avec la demande des hommes… Ce sont eux les principaux responsables. Des pays, comme la Suède, l’ont bien compris qui condamnent d’abord les "clients".

Toutes celles et tous ceux qui ont étudié et cherché à comprendre le parcours des actrices du porno ou des travailleuses du sexe savent que la plupart du temps, celles qui entrent dans ces activités sont des femmes blessées qui ont souvent été abusées dans l’enfance ou la prime adolescence et qui, à cause de cela, perdent le respect d’elles-mêmes. Avant de condamner des personnes, il faut comprendre les malheurs qu’elles ont vécus et l’hypocrisie de la société qui les a portés. Trop de confidences me disent cette "pression" pénible et ce harcèlement si fréquent exercés sur les filles et les femmes célibataires… pitié pour nos sœurs !


Père Jacques Lacour
BP 332 Koudougou
jacqueslacourbf@yahoo.fr

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mardi, 5 février 2008

Vive le tourisme! Mais quel tourisme ?

Droit dans les yeux

Vive le tourisme. Mais quel tourisme ?

Le salon du tourisme et de l’hôtellerie vient de se terminer. Il s’est déroulé à Ouagadougou du 25 au 28 octobre 2007. Il fut une réussite. Plus de 30.000 visiteurs sont venus et on ne peut que s’en réjouir. C’est en effet une activité passionnante qui ouvre aussi des perspectives économiques intéressantes.

Le Burkina Faso est un pays magnifique à découvrir. Et qui conduit d’émerveillement en émerveillement le touriste guidé avec intelligence et sagesse.

Regarder un coucher de soleil sur les étendues sahéliennes du haut des collines de granit d’Aribinda. Boire les trois thés sur la dune d’Oursi pour le passage du nouvel an. S’extasier devant les mosquées de Bani… Le Burkina regorge de sites envoûtants.

Rencontrer les populations d’un village et partager avec elles le to et le dolo. Etre accueillis par des foules d’enfants rieurs. Dormir dans une jolie case, sans électricité et loin des bruits qui parasitent la vie des citadins… Autant de dépaysements qui font le charme d’un voyage.

Visiter le village artisanal de Ouagadougou reste le point d’orgue, le bouquet final : un savoir-faire éblouissant et très bien mis en valeur.

Oui, le Burkina a bien des visages fascinants à offrir aux touristes qui cherchent à découvrir le monde et ses merveilles. Et pour développer toutes ces activités touristiques, il faut bien sûr, investir, inventer, créer, prendre des initiatives… Il y a beaucoup à faire encore.

Mais le tourisme a également, hélas, une autre face, bien plus tragique et difficile à maîtriser… et dont il faut bien parler aussi. Il ne s’agit pas seulement de la question – fort débattue – des agences non officielles, recrutant via Internet, et qui ne présentent que peu de garanties ;

Il s’agit d’une autre question : L’industrie du tourisme doit prendre conscience qu’elle contribue indirectement à une « économie du sexe ». Elle doit prendre ses responsabilités ; au même titre d’ailleurs que les touristes eux-mêmes qui sont les premiers concernés.

Les Caraïbes, l’Asie du Sud-est (Birmanie, Thaïlande…), l’Ile Maurice et bien d’autres destinations sont devenues trop souvent synonymes de « tourisme sexuel ». Faire en sorte que nos pays n’acquièrent pas cette réputation est un grand défi pour tous. Les tentations sont immenses, tant le commerce du sexe est une activité hautement lucrative. Les réseaux mafieux de tous genres (avec souvent des complicités administratives et policières) cherchent à s’emparer de ce « marché » et à le développer à leur profit.

La pauvreté aidant, ou plutôt l’écart si criant de richesse avec le touriste, peut faire tomber les plus fragiles… Il y a 30 ans, il n’y avait que quelques « Ghanéennes » à le faire, mais aujourd’hui…ce sont les filles du pays…

Certaines « coutumes » pourraient aussi nous y entraîner : un chef peut il laisser « dormir seul » un étranger que l’on veut honorer ? Certaines fêtes sont des « invitations »…

Certaines « habitudes » sont déjà trop tolérées, comme ces camionnettes de jeunes filles que l’on amène sur les camps de base de certaines entreprises de travaux publics…

Certains bars, certains hôtels ne cachent même pas cette face hideuse de leur commerce… D’où vient cette tolérance ? Est-ce aussi un des fruits du libéralisme ?
Très vite le tourisme peut « déraper »…

En Asie du Sud-est, on parle de 20 millions (je dis bien 20 millions) de femmes et d’enfants livrés à la prostitution depuis 35 ans. C’est une des conséquences indirectes, c’est un effet pervers du développement à outrance du tourisme et des « loisirs » (une politique vivement encouragée là-bas par le FMI et la Banque Mondiale)

Nous ne voulons pas de ces malheurs chez nous ; mais « mieux vaut prévenir que guérir » et nous interroger dès maintenant sur le tourisme que nous voulons promouvoir et celui dont nous ne voulons pas.

Père Jacques Lacour -- BP 332 Koudougou

jacqueslacourbf@yahoo.fr



mardi, 13 novembre 2007