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vendredi 23 avril 2010

La course aux terres arables devient préoccupante

La course aux terres arables

devient préoccupante


Depuis 2006, près de 20 millions d'hectares de terres arables auraient fait l'objet de négociations dans le monde, selon Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation. Des transactions correspondant presque à la surface arable française.

L'hectare devient un actif à la mode pour des investisseurs comme le financier George Soros ou le fonds Altima, à l'affût d'une hausse durable des prix des denrées ou d'une volatilité accrue des marchés. Tout comme il est devenu un élément stratégique pour les pays soucieux s'assurer leur sécurité alimentaire.........

lire la suite sur Le Monde

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dimanche 4 janvier 2009

Les pays pauvres sont à vendre

Il y a quelques semaines, j'ai écrit un article pour attirer l'attention sur ce phénomène.
Occultée par la crise financière, la crise alimentaire n'est pourtant pas terminée.
Cet article du Nouvel Observateur vous en dit un peu plus: je vous invite à le lire:

Le Nouvel observateur n° 2303 du 23 décembre 2008

20 millions d'hectares sur le marché
A vendre : pays pauvres


Comment nourrir son peuple quand on a trop d'habitants et trop peu de terres cultivables ? Il suffit d'aller les chercher où elles sont. C'est ainsi que la Chine, la Corée du Sud ou les Etats du Golfe se sont lancés dans une véritable course à la terre. Ce ne sont pas seulement des récoltes qu'ils achètent mais des régions entières, dans des pays qui ont déjà du mal à alimenter leur propre population. Doan Bui raconte les premiers épisodes de ce qui sera une des grandes batailles du XXIe siècle : celle de la nourriture.... (Doan Bui. Le Nouvel Observateur)

lire la suite:
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2303/articles/a391458-.html

jeudi 18 décembre 2008

Droit dans les yeux: Burkinabè, attention à vos terres !

Droit dans les yeux
Burkinabè, attention à vos terres !


Depuis longtemps déjà, de nombreuses multinationales ont commencé à acheter des terres dans le monde entier par milliers d’hectares, sinon par millions…
Volkswagen (Allemagne) a acheté des milliers d’hectares au Brésil
Benetton a acquis 900.000 hectares en Patagonie (Argentine)
Soros (milliardaire des Etats-Unis) et Stallone veulent y faire la même chose au détriment du peuple Mapuches.
Les Emirats Arabes Unis ont acquis d’immenses prpriétés au Pakistan, en Indonésie, aux Philippines…


Ces sociétés ont de l’argent, beaucoup d’argent et veulent diversifier leurs investissements.
Avec la « crise alimentaire » qui frappe la planète actuellement, elles veulent se garantir pour elles, et pour les pays riches qui manquent de terres, des bénéfices substantiels sur la nourriture à produire (qui va manquer) ou sur les agro-carbuants si le prix du pétrole remonte (et il va remonter).
Elles veulent garantir aussi leur propre accès à la nourriture (aujourd’hui menacé) en achetant des terres dans les pays pauvres. Qui ne savent pas ou ne peuvent pas se défendre. Et dont les dirigeants ne perçoivent pas l’enjeu à long terme de ces ventes, mais seulement un éventuel petit bénéfice à court terme.
Ce qui se prépare est ceci : « En vendant ainsi leurs terres, les Etats pauvres vont produire de la nourriture pour les pays riches aux dépends de leur propre population affamée. » (Jacques Diouf de la FAO) Cela fait penser à la famine d’Irlande de 1850 : pendant qu’un million d’Irlandais mourraient de faim, les gros fermiers anglais exportaient du blé de ce pays….


A Madagascar, Daewoo Logistics (Corée du Sud) a ce genre de projet : C’est Daewoo même qui apporte les précisions et la nouvelle a été reprise dans la presse anglophone, Financial Times et BBC en tête. Les Coréens du Sud veulent louer pour 99 ans des terrains arables à Madagascar d’une surface de 1.300.000 (un million trois cent mille) hectares pour la culture du maïs et la production d’huile de palme.. La surface louée (13.000 km2) représente l’équivalent de presque la moitié de la Belgique.
Ou encore de la moitié des surfaces cultivables à Madagascar. C’est énorme !
La main d’œuvre spécialisée serait sud-africaine
La production serait destinée avant tout à la Corée du Sud."


Ainsi, la flambée des prix alimentaires à l'échelle mondiale (qui est prévue pour durer) a d'ores et déjà déclenché une deuxième "ruée vers l'Afrique" : Une nouvelle colonisation est en cours en Afrique. Et Madagascar n’est pas seule.
Le Soudan cherche également à attirer des investisseurs pour 900 000 hectares de terres ; le Premier ministre d'Ethiopie cherche des investisseurs saoudiens ; d'immenses terrains en Tanzanie ont également éveillé l'intérêt de sociétés occidentales qui s'intéressent à la production de biocarburants.
« Mais le problème, c'est que, dans cette ruée vers les terres, aucune place n'est accordée aux petits exploitants. » (Oxfam)
Les détails des accords fonciers sont généralement tenus secrets, si bien qu'on ne sait pas s'ils prévoient des garanties pour les populations locales.
De fait, des terres agricoles fertiles sont de plus en plus privatisées et concentrées. Si elle devait rester incontrôlée, cette main basse sur les terres à l’échelle planétaire pourrait sonner le glas des petites exploitations agricoles et des moyens de subsistance ruraux dans bien des régions du monde et particulièrement en Afrique.

Au Burkina Faso aussi, il faut rester extrêmement vigilant. Des contrats pour l’octroi de terres agricoles ont été signés avec la société AgroEd, par exemple, qu’en est il aujourd’hui ? D’autres sociétés privées ont également obtenu des terres.
Des personnalités et des opérateurs économiques riches achètent également les meilleures terres agricoles et en « chassent » de fait les petits paysans pour qui c’était leur seul instrument de subsistance. Ou bien ils les transforment en travailleurs agricoles sous-payés. «Mais, mon père, je les paie 100.000 F par an » (même pas 10.000 F par mois !) me disait récemment, sans honte, dans mon bureau, une personnalité de Yako.
L’association SOS Sahel International s’en est émue lors de sa dernière assemblée générale et son président n’a pas caché qu’il n’est pas souhaitable qu’un ministre rachète des terres… qu’il ne convient pas que ce soit les membres du gouvernement qui rachètent les bonnes terres…

N’y a-t-il rien à faire ? Pas si sûr.
En Ouganda, le gouvernement avait vendu une partie d’une « réserve » à des sociétés indiennes pour y planter de la canne et construire une usine de sucre. Les populations qui avaient été interdites de prélever quoique ce soit dans cette réserve s’y sont opposées… et avec succès.
En Inde, l’industriel TATA n’a pu faire aboutir l’expulsion de dizaines de paysans pour obtenir le terrain industriel où produire sa « voiture pas chère ». Ils s’y sont opposés avec succès.
Priver un paysan de sa terre sans une contrepartie qui lui permette à long terme de faire subsister sa famille, c’est le condamner à la misère, lui et sa famille.

(Pour ces questions, voir aussi : « grain.org », « abcburkina.net » et « fr.news.yahoo.com/13/20081127 »…)
Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou) le 11-12-2008
jacqueslacourbf@yahoo.fr

publié exceptionnellement le mercredi 17 décembre 2008 dans le journal "Le Pays", rubrique "Droit dans les yeux".

mercredi 17 septembre 2008

Question foncière : Certains sont mieux sécurisés que d’autres

Droit dans les yeux :

Question foncière :

Certains sont mieux sécurisés que d’autres


Ceci se passe dans un village au bord du Mouhoun, dans l’Ouest du pays. André y est catéchiste depuis vingt ans. Il y a vingt ans, son logeur lui a « donné » une terre que, depuis, il cultive pour nourrir sa famille et ses nombreux enfants.

Mais il y a quelques jours, les enfants de son logeur (décédé il y a un an – paix à son âme) viennent le trouver pour lui annoncer qu’ils ont décidé de vendre leurs terres aux « gens de Ouagadougou ». Sont ils vraiment libres de le faire ? Y sont ils « contraints » ? Je n’ai pu vraiment le savoir.

« D’ici un an, tu devras quitter la terre… mais tu pourras rester si tu nous donnes deux millions ». Où pourrait il donc trouver cette somme ? Lui qui vit de cette terre d’année en année sans économies ni fortune personnelle. Et quand bien même il la trouverait, les démarches de sécurisation foncière ne seraient pas encore commencées… et elles sont longues ou même impossibles pour un paysan qui ne peut aller à Ouaga « pousser » son dossier…

Je ne connais pas encore la fin de cette histoire, mais elle dit bien le tragique de la situation actuelle pour les petites gens et pour les petits paysans qui vont être complètement dépouillés de leur instrument de travail.



Tous, nous sommes convaincus qu’une « bonne » loi foncière est extrêmement urgente pour le pays.

= Pour sécuriser les paysans sur leurs terres,

= pour réconcilier le droit foncier traditionnel et le droit foncier moderne dont le « procès verbal de palabres » est aujourd’hui le lien bien fragile,

= pour permettre à chacun de connaître ses droits et ses devoirs par rapport à la terre qui nous nourrit,

= pour protéger le patrimoine national des trop grands prédateurs et d’un agro-bussiness attentif au profit mais peu préoccupé d’environnement,

= pour définir les espaces entre éleveurs et agriculteurs et être ainsi source de paix sociale,

= pour gérer la « pression foncière » qui va se faire de plus en plus forte au fil des ans (démographie oblige),

= pour mieux gérer les terroirs qui sont un patrimoine commun…



Quand tous attendent cette loi qu’ils espèrent favorable aux producteurs, à ceux qui cultivent eux-mêmes la terre de leurs mains, les consultations, les forums, les réunions, les cassem, les commissions d’étude, les ateliers continuent sans fin de se tenir sur le sujet et retardent indéfiniment la sortie d’une loi qui risque fort, dans la logique libérale, d’être plutôt favorable aux puissants et à ceux qui détiennent l’argent.



A l’occasion des « visites sur le terrain » que des ministres et des députés ont faites durant cet hivernage, nous sommes surpris d’apprendre que les plus puissants du régime et de nombreux « opérateurs économiques » se sont déjà largement servis, se taillant des dizaines ou des centaines d’hectares à leur seul profit. Ils bornent, ils clôturent, ils accaparent ; ils « achètent » des terres à de pauvres paysans qui ne comprennent pas bien souvent l’enjeu de leurs ventes. Et qui se voient ainsi complètement désappropriés. Ils utilisent l’absence de véritable loi foncière rurale pour accaparer le plus rapidement possible le plus de terres possible sur lesquelles ils font travailler des tracteurs – en espérant que ce ne soit pas du lot « non payé »-- et une foule d’ouvriers agricoles « salariés bien moins que le SMIC et non déclarés »

En attendant cette loi foncière supposée protéger les paysans, des zones entières (Léo, Koubri, Sabou,…pour n’en citer que quelques unes) sont accaparées par des propriétaires fonciers (les nouveaux riches du Burkina) qui ne les mettent d’ailleurs pas autant en valeur qu’on pourrait l’espérer.

Et si un seul accapare 170 hectares dans la vallée du Sourou, c’est 170 familles qu’il prive d’un hectare chacune. Mais surtout, c’est combien d’ « ouvriers agricoles » qu’il met à son service et à quel prix ?

Une étude universitaire a même montré qu’en avril 2005, quand l’eau y était au plus bas par négligence de gestion, d’autres « personnalités » n’étaient même pas à jour de leurs redevances… sur ce périmètre aménagé.

Dans ce pays, question foncier rural, certains sont certainement mieux sécurisés que d’autres ! Et cela augure bien mal de l’avenir.



Père Jacques Lacour (jacqueslacourbf@yahoo.fr)

Koudougou, le 30-08-2008


Publié dans le quotidien Le Pays, rubrique droit dans les yeux du mardi 16-9-2008

et repris sur lefaso.net ce mercredi 17

jeudi 4 septembre 2008

Droit dans les yeux :

Que faisons nous de nos terres ?

Les terres agricoles ne sont pas extensibles à l’infini. Les mises en cultures nouvelles de ces 30 dernières années (voilà juste 30 ans que je suis revenu comme prêtre au Burkina), ont entamé très sérieusement le couvert forestier de tout le pays.

Si des zones spéciales n’avaient pas été protégées (forêts classées, réserves, etc.…) par un code forestier particulièrement répressif pour les populations rurales, je ne sais pas ce qu’il resterait de la savane arbustive et des forêts galeries. Avec une population qui a presque triplé ces 30 dernières années et des rendements agricoles qui ont peu progressé, c’est sans doute ces ouvertures massives de nouveaux champs qui ont permis de juguler les famines et de nourrir en grande partie les populations du pays.

Ce sont ces terres agricoles au Burkina qui produisent d’abord la nourriture des populations et qui doivent continuer à assurer cette production.

Mais voilà qu’aujourd’hui, dans le contexte que nous connaissons, il convient de veiller que le coton et le jatropha n’accaparent pas de nouvelles terres qui nous éloigneraient encore de notre souveraineté alimentaire au profit d’intérêts qui ne sont pas ceux des populations rurales, et sans doute pas ceux du pays à long terme.

Sous couvert de lutte contre la pauvreté, la Société AgroED s’implante au Burkina pour produire du jatropha « sur 500 hectares et du tournesol sur 50 hectares dès 2008…puis ce seront 3000 hectares de jatropha en 2009 et… 200.000 hectares à terme ».

Ces surfaces sont elles des déserts que la société AgroED va réhabiliter pour ces nouvelles cultures ? Sans doute pas. Ces cultures vont-elles se faire au détriment des cultures vivrières ? Très probablement.

Tant qu’il s’agissait de haies, ou de sols à réhabiliter, pas de problèmes ; mais aujourd’hui, dans le contexte mondial de pénurie alimentaire, il me paraît grave de laisser faire de tels projets sans vraiment mesurer tous les impacts de telles cultures d’ « agrocarburants » sur l’ensemble de l’économie du pays. Les paysans burkinabè vont-ils produire du carburant au détriment des cultures vivrières ?

Même si aujourd’hui « beaucoup de bailleurs s’intéressent à la culture du jatropha », qui garantira aux paysans un revenu décent et l’accès à la nourriture en cas de pénurie ?

Et croyez vous vraiment que les bailleurs si intéressés soient des « philanthropes » ? L’un des représentants de la société AgroED, Charles Millon, politicien au passé sulfureux rencontré à une conférence internationale à Ouaga fin 2007 me fait douter d’une telle « générosité ».

C’est la seule recherche du profit qui les motive. Ce serait bien étonnant que pour les paysans, ce soit « gagnant, gagnant » ou alors, il faut que l’on nous explique comment.

Sur ce même thème, je voudrais aussi que le directeur de la SOFITEX m’explique comment le coton ne vient pas en concurrence avec les cultures vivrières pour ce qui concerne les surfaces emblavées. Et que la concurrence cultures vivrières/coton serait un faux problème… Et pourtant cette vraie concurrence fait aujourd’hui problème.

Une culture plus raisonnée du coton que celle qui est faite aujourd’hui permettrait un « développement durable » et éviterait le risque de ruiner les sols. En effet, cultiver le coton sur les mêmes terres plusieurs années de suite appauvrit terriblement les terres, alors que des cultures diversifiées en rotation sur 4 ans permettraient de préserver les sols et garantirait au paysan sa nourriture.

Le problème de l’affectation des terres pour produire de la nourriture et nous permettre d’accéder à la souveraineté alimentaire est un problème extrêmement urgent qu’on ne peut laisser dans les seules mains des sociétés industrielles qui s’en servent pour tout autre chose.

Oui, que faisons nous de nos terres et qui en décide ?

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou) le 3 juillet 2008


jacqueslacourbf@yahoo.fr


(publié dans la version papier du journal "Le Pays", rubrique "Droit dans les yeux" du mardi 15 juillet 2008)


jeudi, 17 juillet 2008