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vendredi 30 janvier 2009

Forum social du Burkina: ciné débat

Le Forum Social du Burkina

vous invite à un

Ciné-débat :

Le film du forum 2008 à Ouahigouya

« Intégration régionale et souveraineté alimentaire »


Un autre monde est possible

Venez en débattre avec nous


le 7 février 2009 à Ouagadougou


le 21 février à Fada N Gourma


le 20 mars 2009 à Ouahigouya


le 28 mars 2009 à Bobo Dioulasso

le 4 avril 2009 à Koudougou


et à Gaoua …….



Contacts : téléphone : 70 24 87 66 ; Site internet : www.forumsocialburkina.info

jeudi 4 décembre 2008

Quand on me demande ce que je fais

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Des chemins pour Justice et Paix


En venant à Koudougou en 2005, je savais que la forme de mon apostolat allait changer. Je quittais le cadre paroissial où j’avais donné le meilleur de moi-même depuis 1978.
Arrivant au SEDELAN, il s’agissait d’abord de mieux comprendre les contraintes qui pèsent sur le monde paysan (80% des Burkinabè sont des ruraux) et les possibilités qui leur sont offertes… Vaste chantier qui touche beaucoup de domaines dans lesquels j’ai dû m’informer et me former.

Les « forums sociaux » furent ma deuxième préoccupation, surtout avec la « naissance » parfois laborieuse du « forum social du Burkina » qui a réussi deux « éditions » en 2007 et en 2008 avec une bonne participation.
« Accompagner » une multitude d’associations très différentes, être attentif aux « enjeux de pouvoir », mais aussi goûter la joie d’un rassemblement réussi. « Un autre monde est possible » : Quand la parole est donnée aux gens ordinaires, ils savent très bien dire leurs préoccupations et proposer des solutions alternatives. Pourquoi les puissants (économiques et politiques) ne les écoutent-ils jamais ?

Il m’a été aussi demandé d’animer le « Réseau Justice et Paix des Instituts religieux au Burkina ». Si Justice et Paix est devenue une priorité pour beaucoup d’instituts, bien peu parviennent à y consacrer le temps qu’il y faudrait. Axé sur la formation (2 week ends par an) et l’information (deux lettres par an), ce réseau essaie de garder vive la flamme prophétique de notre consécration. Tout cela m’a donné de bons contacts avec l’Union des Supérieur(e)s majeur(e)s, avec la Commission Nationale Justice et Paix et avec les Semaines Sociales du Burkina où il m’a été donné d’être le « rapporteur général » pour la troisième édition consacrée au thème : « corruption et lutte contre la pauvreté au Burkina : contribution de l’Eglise Catholique » (novembre 2008).

Quand le Père Frans Balemans quitta le Burkina Faso en 2006, la rubrique « Droit dans les yeux » qu’il tenait dans le quotidien « Le Pays » m’a été confiée. Chaque mardi, il s’agit d’aborder un problème de société ou d’actualité de manière critique et de formuler des alternatives. Cela permet de proposer une analyse porteuse des valeurs de Justice et de Paix. Prêtre missionnaire et étranger, je peux avoir dans cette rubrique une certaine liberté de parole que beaucoup de Burkinabè m’envient.

Aujourd’hui, des thématiques fortes m’habitent et me poussent à formuler des analyses et des propositions hors de la pensée unique libérale si réductrice et appauvrissante ; il m’est parfois demandé des interventions sur certains de ces thèmes (conférences, participation à des ateliers) : Commerce international (OMC, APE, TEC…) ; crises financière, alimentaire, économique et environnementale ; problématiques paysannes (foncier, OGM, agrobusiness, place des femmes,…) lutte contre la pauvreté, corruption. Le souci des migrations et des migrant(e)s me préoccupe depuis mes années de formation à Strasbourg et ne m’a jamais lâché. Merci à la Province qui m’a permis de participer récemment au forum de Rivas (Espagne) sur ce thème.

Et pour que rien de tout cela ne se perde, je pose mes textes (et d’autres) sur un blog. A la maison j’assure aussi l’économat local. Et je trouve encore un peu de temps pour la philatélie et la généalogie !

Nous le croyons : Un autre monde est possible, où chaque personne pourra trouver sa place et sa dignité, où chaque paysan pourra vivre de la terre, où chacun pourra vivre et travailler en paix, où l'homme sera remis au centre des préoccupations politiques et économiques, cet homme que Dieu n'a jamais cessé d'aimer...

Jacques LACOUR ( jacqueslacourbf@yahoo.fr )

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lundi 29 septembre 2008

Album photos du forum social mondial des migrations (Rivas sept. 2008)

A l'ouverture avec le panel de tous les invités
(le 2° à partir de la droite est un évêque brésilien)


Et l'auditorium rempli à craquer
(et la photo ne montre qu'une partie!)


Un professeur de RDC (Congo) nous explique les causes de la migration dans son pays avec des tableaux peints



Si le capital peut passer les frontières, alors nous le pouvons aussi!


Sur le stand de la fondation Sur, avec, au centre, le Père Jacques venu du Burkina et le Père Julio, directeur de la Fondation consacrée essentiellement à faire connaître et aimer l'Afrique (elle gère l'une des plus grandes bibliothèques sur l'Afrique de l'Espagne).



A la clôture, avec les "délégués", pour parachever la déclaration finale,
mais dans une salle trop petite, archi comble, avec des gens assis partout.






La banderole de la fin qui servira pour la manifestation du dimanche 14 dans les rues de Madrid
Nous migrons pour vivre! Europe, assez de la xenophobie et des expulsions! Nous disons non à la directive du retour. Les migrants du monde.


les pauvres assignés à résidence

Droit dans les yeux

Migrations : les pauvres assignés à résidence


Pendant trois jours pleins, les 11,12 et 13 septembre, j’ai participé au Troisième Forum Social Mondial des Migrations, à Rivas, dans la banlieue de Madrid, en Espagne. Ce Forum a réuni près de 3 000 participants appartenant à plus de 2 000 organisations et venant de 90 pays différents. 40 personnes pourtant, essentiellement originaires d’Afrique, n’ont pas obtenu leur visa pour participer à cette manifestation.



Pendant trois jours, nous avons entendu le cri des migrants qui, sur toutes les routes du monde, sont aujourd’hui menacés.


Les migrations ont toujours existé, elles existeront toujours ; elles sont inscrites dans la nature profonde de l’humanité. Mais aujourd’hui, elles sont amplifiées par l’immense écart de richesses qui se creuse entre les pays et dans les pays.

« Dans les conditions actuelles du capitalisme mondial, les personnes migrantes sont un exemple évident de l'inégalité économique et sociale entre les pays et au sein des pays. Cette situation est aggravée par une crise mondiale et multidimensionnelle: économique, environnementale, alimentaire, et de l'énergie. »

Les migrations Sud-Sud sont les plus importantes, mais ce sont les migrations Sud-Nord qui font le plus parler d’elles :


De l’Amérique du Sud vers l’Amérique du Nord, il y a tant d’horreurs sur les routes de l’exil et aux frontières. La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est le principal couloir migratoire du monde, et le Mexique s'affirme comme le pays qui a le plus d'émigrés économiques au monde. En cinq ans, plus de 10 millions de personnes ont franchi cette frontière longue de 3.000 km qui est pourtant dotée d’un des systèmes de surveillance le plus développé du monde.

Mais c’est souvent parce qu’ils ont été chassés de leurs terres qu’ils partent vers le pays de l’oncle Sam !
« Non à la migration forcée des peuples autochtones en raison de l’expropriation et de l'exploitation de leurs terres et à l'augmentation des projets agro-industriels qui ont pour conséquence la perte de leurs racines et la destruction de leur culture. »

Je me suis retrouvé dans un groupe de travail où des femmes colombiennes ont témoigné de leur calvaire et de leur engagement jusqu’à raconter les assassinatsdes militants des droits de l’homme : c’était poignant.


De l’Afrique vers l’Europe. Du Sahel à la Côte : C’est il y a 20 ans que furent recensés les premiers morts dans le détroit de Gibraltar… A Rivas, nous nous en sommes souvenus longuement…
S’ils partent ainsi, si nombreux et acceptant les risques effrayants du désert ou de la mer, c’est pour survivre, pour aider leurs familles restées au pays à ne pas mourir, pour tenter leur chance dans l’espoir d’un avenir meilleur.

C’est invraisemblable que les autorités européennes soient totalement sourdes à ces cris qui montent vers elles.
Mais leur départ, c’est aussi la faillite de 50 ans d’ « indépendance » (ou de néo-colonialisme). C’est la faillite de projets et de politiques de développement qui n’ont fait qu’enrichir leurs promoteurs. C’est la faillite d’une classe politique incompétente préoccupée de sa seule promotion sans avoir jamais été capable de promouvoir une vision du pays où tous trouveraient leur place.

C’est la faillite de l’élite qui a abandonné l’agriculture, se livre aux multinationales, signe les accords de libre-échange…

Plus de 4 millions de Burkinabè hors du pays pour 14 au pays, n’est ce pas un aveu d’échec ?

Un professeur d’Université de RDC (Congo) nous a montré comment dans son pays, il faut fuir la guerre, il faut fuir les multinationales, il faut fuir les rébellions, il faut fuir la débâcle économique.



Des Philippines au Moyen Orient : une migration féminine, souvent très proche de l’esclavage.
« Non à la reproduction et au renforcement d'un système patriarcal qui, dans le contexte de la féminisation de la migration, a conduit à une profonde disparité dans ce qui était déjà une grande inégalité entre les sexes, en raison notamment du fait que les femmes sont principalement employées dans des conditions proches de l'esclavage, en accomplissant les travaux domestiques et les soins à la personne. »


Pendant trois jours, nous avons réclamé pour tous les migrants les mêmes droits que pour tous les hommes, là où ils sont.


Et de nombreux instruments existent déjà, au niveau international, qui pourraient être les bases de l’égalité des droits entre « migrants » et « nationaux ».

L’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme qui fonde le droit fondamental de la libre circulation des personnes. Tant de pays ont signé et ratifié cette déclaration, mais sans qu’elle n’entre vraiment dans les législations. Une affiche m’a beaucoup touché qui disait : « Si les capitaux peuvent franchir les frontières sans aucun contrôle ni passeport, pourquoi pas nous ? »



Les conventions 97 et 143 de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) qui suppriment toutes les discriminations entre travailleurs nationaux et étrangers. Alors, que veut dire, par exemple, le système français qui accueille de nombreux médecins étrangers qui ne lui ont rien coûté en formation et qui sont moins payés en travaillant plus sous le seul prétexte de leur nationalité ? Hors la loi, tout simplement !

Il existe aussi une convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Mais ni les Etats-Unis, ni les Etats de l’Union Européenne ne l’ont ratifiée. Signatures et ratifications sélectives au détriment toujours des droits des plus pauvres.

Si au moins, ces trois instruments étaient intégralement mis en œuvre, déjà il existerait un cadre juridique plus favorable qui rendraient impossibles les énormes atteintes aux droits de l’homme qui balisent la route et la vie des migrants.


Ainsi, de la « directive européenne du retour » ou « directive de la honte » qui prévoit l’arrestation et la détention jusqu’à 18 mois, des migrants, hommes, femmes, enfants ! Mettre des enfants en prison parce qu’ils n’ont pas de papiers, on est où, là ?

Nul ne sait non plus tout ce qui se passe aux frontières, dans les commissariats les centres de transit et de rétention ; mais les « bavures » et les atteintes aux droits y sont innombrables, sans toujours parvenir aux oreilles du grand public. L’ « étranger » est si vulnérable !


Les politiques actuelles favorisent de fait les migrations clandestines puisque les autres formes de migration légale sont interdites pour le plus grand nombre ; sauf l’immigration choisie de Sarkozy qui s’apparente à la traite des cerveaux). Les migrations clandestines multiplient les zones et les situations de non droit, les situations d’exploitation ou les situations absurdes (employés réguliers sans papiers, personnes non régularisables, mais non expulsables, etc.…)


Pendant trois jours, nous avons imaginé le monde autrement, et proposé des alternatives pour un monde sans barrières, sans frontières et sans murs.


Un premier travail essentiel consiste à montrer que ce qu’on nous raconte habituellement sur les migrations est faux ; l’essentiel des migrations se fait de pays du Sud à pays du Sud ; Les migrants qui viennent au Nord ne sont pas les plus nombreux. Le migrant est un homme dynamique dont la formation n’a rien coûté et qui participe activement à la création de richesse pour le pays qui accueille.

Grâce aux migrants qui ont existé depuis les débuts de l’humanité, les brassages et les métissages créent cette humanité nouvelle ouverte aux nouveautés, aux mouvements, aux cultures, à la diversité.

Tout homme, toute femme a le droit pour des raisons personnelles ou autres de chercher ailleurs une vie meilleure. Et ce droit fondamental ne doit jamais lui être refusé si aucun délit n’a été commis.

Une analyse géographique, historique et économique montrerait vite que sans les migrations, notre monde n’en serait pas là où il est aujourd’hui.

Aujourd’hui, les nations riches et puissantes voudraient assigner à résidence les nations les plus pauvres, tout en continuant à piller leurs richesses, à les exproprier de leurs terres et à les écraser par des accords de libre échange injustes.


Il a été souvent rappelé que les nations riches, surtout européennes, ont une mémoire historique très courte, elles qui ont envoyé tant de migrants en Amérique quand les temps étaient plus difficiles !

Mais malgré toutes les restrictions, malgré toutes les répressions, malgré tous les emprisonnements, des hommes et des femmes continueront à chercher un peu de mieux être là où la richesse s’est accumulée. Aucune barrière ne les en empêchera. Il faudrait être stupide pour croire qu’il peut en être autrement.

Un premier et immense défi est d’abord, pour les peuples d’origine de la migration, de se réapproprier leurs richesses, le pouvoir politique et économique pour rendre possible une autre organisation sociale, un autre partage des richesses qui permette à chacun de pouvoir rester dans son pays s’il le désire.

Il serait temps aussi de prévoir et de mettre petit à petit en place un monde où les nationalités et les frontières, sources perpétuelles de conflits, s’estomperaient pour une citoyenneté universelle, où chacun deviendra un habitant de la terre, où chacun pourra résider là où il veut.

A resurgit ainsi l’idée d’ « un passeport universel » basé sur le principe que toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence dans un pays. (N’a-t-on pas déjà inventé le « permis de conduire international » ?)



Une « charte universelle des migrants » est aujourd’hui en cours de rédaction avec la participation de correspondants dans le monde entier, qui rétablit la vérité sur les mouvements de population dans le monde et propose une vision plus humaine et plus respectueuse des droits de tous, à commencer par celui de la libre circulation.

Que Dieu nous aide à faire aboutir toutes ces idées et projets pour un monde plus fraternel, plus convivial, plus libre, où les pauvres ne seront plus assignés à résidence.


A Koudougou, le 25-9-2008

Père Jacques LACOUR. BP 332 Koudougou

jacqueslacourbf@yahoo.fr


Note : Une déclaration a été adoptée à la fin de ce forum, que vous pouvez trouver à l’adresse suivante : http://jacques-lacour.blogspot.com/2008/09/deuxime-dclaration-de-rivas-13-9-2008.html le site même du forum est ici : http://www.fsmm2008.org/



publié dans l'édition électronique du journal "Le pays" du 29-9-08, rubrique "droit dans les yeux"
publié à nouveau dans l'édition papier et électronique du Quotidien Le Pays, rubrique "droit dans les yeux" N°4217 du 07/10/2008

mercredi 24 septembre 2008

Deuxième déclaration de Rivas (13-9-2008)

L'Espagne, qui est l'une des principales portes d'entrée pour les migrants africains en Europe, vient d'accueillir pendant 3 jours à Rivas le IIIe Forum social mondial des migrations. Un Forum qui s'est conclu par une manifestation, ce dimanche 14 septembre, dans les rues de Madrid, pour demander plus de droits pour les populations immigrées. Le IIIe Forum social mondial des Migrations a réuni près de 3 000 participants de 2 000 organisations et 90 pays à Rivas une commune de la banlieue de Madrid. J'y étais comme délégué de la province d'Afrique de l'Ouest des Missionnaires d'Afrique

Voici la déclaration publiée à la fin des trois jours de travaux des 11, 12 et 13 septembre 2008


Deuxième Déclaration de Rivas
Assemblée des mouvements sociaux
Tenue au cours du III Forum Social Mondial des Migrations

Aujourd'hui,
alors que nous commémorons le soixantième anniversaire de la Nakba palestinienne, les vingt ans depuis les premiers morts du détroit de Gibraltar, les 35 ans de l’agression militaire contre le président démocratique Salvador Allende,
au moment où cette même légitimité est gravement menacée en Bolivie et demande prise de conscience et solidarité,
alors que nous célébrons la 60ème année de la Déclaration universelle des droits de l'homme,
nous, hommes et femmes, qui faisonse partie de plus de deux mille mouvements sociaux et organismes de 90 pays autour de la planète, nous nous sommes réunis à Rivas Vaciamadrid (Espagne), du 11 au 14 Septembre 2008,
unis autour du slogan :
nos voix, nos droits, pour un monde sans murs

Nos voix

Nous sommes des migrants et des organisations de migrants, des personnes déplacées et des réfugiés, des victimes de la traite des êtres humains et de la traite des esclaves. Nous sommes également membres de mouvements sociaux et d’organismes travaillant de concert avec ces personnes. Nous sommes des individus et des collectifs qui, en raison de notre souci de la migration dans toutes ses dimensions, ont développé des actions pour la transformation radicale des conditions de vie des humains qui ont été forcés de migrer, de se déplacer, ou de chercher refuge.

Nous, les migrants, les personnes déplacées et les réfugiés, et nos organismes, nous nous affirmons comme un nouveau sujet politique et une force sociale mondiale renforcée dans ce III Forum social mondial des migrations. Pour toutes les raisons mentionnées ci-dessus et avec un droit légitime, nous élevons notre voix pour dire:

Non à la détérioration progressive des conditions de vie qui touche aujourd’hui la majorité de la population dans le monde, dans le nord comme dans les pays du Sud, qui touche spécialement les migrants, les réfugiés et les personnes déplacées en provenance de tous les continents, en particulier ceux qui viennent de Palestine, d’Afrique subsaharienne, de Colombie, du Soudan, et de l’Irak.
Nous disons non à la complaisance des politiques des États-Unis, de l’Europe, et de l'Espagne en particulier.

Non à la migration forcée des peuples autochtones en raison de l'exploitation de leurs terres et à l'importance des projets agro-industriels qui ont pour conséquence la perte de leurs racines et la destruction de leur culture

Non aux différentes manifestations racistes contre les migrants et leurs communautés sur tous les continents et spécialement celles qui frappent plus particulièrement les Africains et la communauté latino aux États-Unis

Non à la reproduction et au renforcement d'un système patriarcal qui, dans le contexte de la féminisation de la migration, a conduit à une profonde disparité dans ce qui était déjà une grande inégalité entre les sexes, en raison notamment du fait que les femmes sont principalement employées dans des conditions proches de l'esclavage, en accomplissant les travaux domestiques et les soins à la personne.

Non aux projets qui stigmatisent, catégorisent et excluent les migrants et leurs familles et qui détériorent ainsi le tissu social, communal et organisationnel.
Nous rejetons la tentative de transformer les envois de fonds privés par des politiques de développement dans les pays d'origine renforçant le circuit financier du capital et élargissant encore davantage les inégalités, historiques, sociales, politiques, économiques, culturelles.

Non au discours médiatique conventionnel qui véhicule les stéréotypes, renforce la criminalisation et la victimisation des personnes migrantes dans un discours hégémonique. Non à la xénophobie, à la discrimination et au racisme propagés par ce discours qui tend à faire augmenter ces pratiques et ces conduites dans les sociétés et dans les pays de transit et de destination des migrants.

Non à une mondialisation capitaliste néo libérale, centralisatrice et excluante, prédatrice de l'être humain et des ressources naturelles dans son ensemble, et qui est la cause fondamentale des migrations contemporaines.

Nos droits

Nous sommes des individus engagés à regarder le cours des évènements. Nous analysons et interprétons la réalité complexe des migrations, la place des êtres humains, leur dignité et l’intégrité de leurs droits humains. Nous concevons et à mettons en œuvre des initiatives multiples et diverses, qui nous permettent de continuer à jouer notre rôle de chef de file historique dans la construction d’une autre une réalité.

Dans les conditions actuelles du capitalisme mondial, les personnes migrantes sont un exemple évident de l'inégalité économique et sociale entre les pays et au sein des pays. Cette situation est aggravée par une crise mondiale et multidimensionnelle: économique, environnementale, alimentaire, et de l'énergie.

La construction de murs géographiques, politiques, juridiques, culturels, tels la « directive européenne de la honte » et d'autres lois publiques et dispositions officielles similaires, est une stratégie criminalisante, qui cherche une plus grande rentabilité pour les capitaux internationaux en éliminant tous les droits de l'homme. Pour cette raison, ils ont recours à l'externalisation des frontières (leur sous-traitance), et à l'internalisation des persécutions, du harcèlement, des déportations et des détentions arbitraires ; l'impunité de la police des frontières et des centres de détention en fait des lieux où la violation des droits de l'homme est monnaie courante.

Nous insistons sur le fait que les accords bilatéraux et régionaux inspirés par le modèle philippin de « programmes temporaires pour les travailleurs », empêchent non seulement l’enracinement du travailleur migrant, mais annulent toute possibilité de faire valoir ses droits portant sur l'exploitation excessive et la déshumanisation des travailleurs. Ils ne sont pas conformes aux obligations des conventions 97 et 143 de l'OIT (Organisation Internationale du Travail). Sans le respect desquelles la détérioration des droits de l'homme au travail va augmenter : perte de salaire, perte de l’environnement social et juridique du travailleur migrant et, au final, transformation des migrants en marchandises.

Face au travail forcé, à l'esclavage et à la précarité, nous affirmons la nécessité de défendre, de revendiquer, et d'étendre la possibilité pour tous d’un travail digne pour une vie digne, qui intègre la liberté, l'égalité de traitement, et de manière adéquate la situation financière de tous les travailleurs.

Nous soutenons les initiatives d’économie solidaire qui rendent plus fort le réseau associatif en mettant en place des processus d’économie sociale et de développement intégral des personnes. Nous refusons que ce soit un instrument pour nier les droits des migrants. (L’économie solidaire doit être une voie alternative aux migrations mais ne peut pas être un mécanisme pour les restreindre).

Nous faisons la promotion de la citoyenneté universelle et réaffirmons le droit universel des individus à la liberté de circulation comme établi dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Pour un monde sans murs

Un monde sans murs est une condition essentielle et nécessaire pour construire un autre monde possible; honorer en totalité les articles 13 et 14 de la Déclaration universelle des droits de l'homme est une exigence et nous sommes déterminés à poursuivre notre lutte pour les droits de tous les migrants.

Pour cela, nous exigeons:

La signature, la ratification et la mise en œuvre de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille par les pays qui ne l'ont pas encore fait. Nous saluons les pays qui ont ratifié la déclaration et ont adapté leur législation nationale aux exigences de cette convention. Nous nous félicitons de l'engagement de chaque autorité locale à soutenir la campagne en faveur de sa ratification, campagne qui a été lancée par les autorités locales de Rivas Vaciamadrid.

L'établissement d'un mandat ou d'une procédure spécifique au sein du système des Nations Unies pour combler les lacunes dans les instruments existants pour la protection des migrants, le CMW (Comité sur les travailleurs migrants), le rapporteur spécial, l’ACNUR, et le Représentant spécial pour les personnes déplacées (intérieures).

L’abrogation immédiate de la directive européenne de retour, ainsi que la suppression de tous les instruments juridiques qui permettent l'arrestation et la détention des migrants dans le monde entier;
le démantèlement de l'agence Frontex et de tous les dispositifs politiques et militaires qui verrouillent les politiques migratoires,
le contrôle des lieux de détention des migrants par des organismes sociaux, et ce, jusqu'à leur clôture définitive.

Que les frontières du monde cessent d'être des lieux d'impunité où les personnes migrantes ne soient plus soumises à toutes sortes de violations, de crimes, et forcées à prendre des risques qui mettent leur vie en danger. Nous exigeons que les pays d'origine, de transit et de destination, assument leur responsabilité pour inverser cette situation.

La régularisation de tous les migrants sans papiers dans toutes les régions du monde.

La reconnaissance d’autres formes de persécution ainsi qu’une plus grande prise en charge juridique des causes déjà reconnues comme l’asile, les réfugiés, la traite des êtres humains ; en garantissant que les demandes et les procédures soient en conformité avec tout ce que la loi prévoit et en se concentrant sur les droits de l'homme de ces groupes. De plus, nous demandons le respect des conditions que le droit international exige pour le retour des réfugiés.

La dénonciation de toutes les conventions d'expulsion, qui sont généralement imposées aux pays d'origine ou de transit et qui, souvent, entraînent de graves violations des droits, des séparations familiales, des représailles par les autorités dans le pays d'origine et une grave perturbation des migrants.

L'annulation des accords et des clauses de réadmission et l'arrêt de toutes les affaires de ce type entre l'Union européenne et les pays tiers et entre les pays tiers.

L'encouragement des personnes et des communautés de migrants à s'organiser, s'exprimer, et dénoncer toutes les formes de domination et d'exploitation et à faire ainsi valoir leurs droits.
Le renforcement de leurs organismes et réseaux de soutien mutuel.

Le respect de la législation internationale qui garantit la protection adéquate des enfants qui sont une partie importante des flux migratoires internationaux.

L'intégration dans notre lutte de la revendication d’une justice environnementale ainsi que la reconnaissance et la protection juridique des réfugiés que provoquent les changements climatiques et la destruction de l'environnement,
préconisant un nouvel ordre mondial qui favorise la dignité humaine pour tous les peuples, à l’écoute du potentiel de notre planète Terre.

Mise en œuvre de politiques visant à garantir l'égalité des chances, le développement de mesures d'insertion qui ne dépendent pas de la situation administrative des personnes migrantes ;
de politiques qui intègrent dans les services publics la diversité culturelle des migrants;
de politiques à long terme pour l’intégration de la jeunesse et pour la promotion de la réalisation de l'égalité des droits des LGBT groupes de migrants et de leurs familles.

Le droit de vote au niveau municipal et la participation active dans la définition des plans locaux de développement, dans le respect de l'autonomie des organismes et des mouvements sociaux, de manière à ce que s'exerce pleinement et efficacement la citoyenneté des personnes migrantes.

La participation politique des migrants dans le but d'influencer les politiques internes et les politiques externes du pays d’accueil en faveur de leur pays d'origine, de rendre visibles les avantages que les migrants apportent à leur pays d'accueil, de devenir des citoyens actifs eux-mêmes.

La poursuite du processus de rédaction collective de la Charte des immigrés, ainsi que tous les processus et initiatives susceptibles de renforcer la défense des droits des migrants.

La multiplication et le renforcement des medias démocratiques qui prend en compte le point de vue des migrants et de leurs communautés et reflète de manière adéquate la complexité de la migration.

Nous voulons réaffirmer la dimension profonde et la dignité de l’être humain, en évitant que la logique commerciale ne vienne affecter nos mouvements sociaux. Nous rappelons également que notre identité de migrants, réfugiés ou personnes déplacées ne nous prive pas de nos autres identités multiples et de nos autres luttes.

A cause de tout cela, nous vous invitons à Quito, en Equateur, en Octobre 2010, pour le IV Forum social mondial sur les migrations.

La migration n'est pas un crime. Les crimes sont les causes des migrations. Nous élevons nos voix, nous défendons nos droits, nous nous battons ensemble pour construire un monde sans murs.

Rivas Vaciamadrid, le 13 septembre 2008

(Traduction provisoire du père Jacques Lacour en attendant la version officielle

Faite à partir des deux versions déjà existantes :

En espagnol http://www.fsmm2008.org/declaracionrivas2.php

En anglais http://www.fsmm2008.org/eng/declaracionrivas2.php )

samedi 6 septembre 2008

Je pars au Forum Social Mondial des Migrations

Je pars au Forum Social Mondial des Migrations
où nous nous retrouverons à 3.000 délégués...


Ce lundi 8 septembre, je pars pour l'Espagne jusqu'au dimanche 14.
comme délégué de la Province d'Afrique de l'Ouest des
Missionnaires d'Afrique.


Voici le mot d'accueil du maire de la ville espagnole
de Rivas (dans la banlieue de Madrid)


Pour la deuxième fois de son histoire, la ville
espagnole de Rivas Vaciamadrid donne le plus
chaleureux et fraternel accueil aux plus de 3.000
délégués venus des cinq continents, qui pendant
trois jours participeront au plus grand débat mon-
dial sur les migrations. Le troisième Forum social
mondial sur les migrations (FSMM), dont l’origine
remonte à Porto Alegre en 2005, retourne à notre
ville, rempli de réflexions et de propositions qui
visent à forger un monde meilleur, plus juste et
plus uni. Rivas envisage ce rassemblement massif
comme un événement extraordinaire pour lequel
nous nous sommes préparés méticuleusement
depuis plusieurs mois.
Le déplacement et le voyage de personnes à la
recherche d’une vie meilleure sont aujourd’hui un
des plus grands défis auxquels s’affronte
l’Humanité. Il est vrai que, dans de nombreux
cas, ces voyages sont une tragédie insupportable.
Insoutenable est le mur d’eau que l’Europe blin-
dée lève dans la mer Méditerranée en face de
l’Afrique; Insupportable est la frontière de désert
qui avale des milliers des gens de l’Amérique
centrale dont le rêve est d’atteindre le paradis
promis qui se trouve au nord du Rio Grande;
Insupportable est le mur de ciment qui condamne
les palestiniens à vivre en dehors de leur propre
terre. Ce ne sont là que quelques exemples.
D’innombrables tragédies, qui souvent, il est vrai,
se poursuivent et s’accentuent dans les pays
d’accueil. Mais face à cette situation de calami-
tés et de catastrophes, la migration peut égale-
ment représenter d’énormes possibilités pour
nous aider à aller de l’avant dans la construction
de sociétés et de pays plus diversifiés, plus
riches culturellement et plus solidaires. Ce forum
représente une excellente occasion de le prouver.
Ne manquez pas cette occasion.
Les habitants de Rivas Vaciamadrid tiennent à
vous dire que, durant votre séjour dans notre
ville, vous devez vous sentir comme des voisins
de plein droit, car c’est ainsi que nous vous con-
sidérons: les invités les plus respectables que
nous pourrions jamais avoir. Nous voulons que
nos rues soient vos rues. Et que vos préoccupa-
tions soient nos préoccupations. Nous voulons
partager les questions, même si nous n’obtenons
pas toujours les réponses. Et nous voulons avant
tout, vous accompagner dans une certitude:
la conviction qu’un autre monde est possible
et nous devons lutter jusqu’à la fin pour
l’obtenir.

Vous pouvez jeter un coup d'oeil sur leur site

.

jeudi 4 septembre 2008

« Nos vies valent mieux que vos profits »


Droit dans les yeux

« Nos vies valent mieux que vos profits »

Cette phrase dit bien ce que sont les forums sociaux. Elle dit bien ce que nous venons de vivre, nous les 32 Burkinabè venus à Koulikoro, au Mali, pour le 7° forum des peuples.

Cette phrase était inscrite sur une banderole des licenciés de l’huilerie locale après sa liquidation. Les laissés pour compte de la mondialisation ne veulent pas mourir…

Chaque fois que je participe à une telle rencontre, je m’émerveille d’abord de voir, au Mali comme au Burkina, que lorsque la parole est donnée aux gens, à ceux qu’on n’écoute jamais, les analyses, les suggestions, les témoignages, les expériences sont là pour dire que les peuples savent ce qui est bon pour eux. Au fil de ces rencontres, l’expression se précise, l’espoir se lève : un autre monde est vraiment possible.

= un monde où l’Afrique s’affranchira totalement d’une dette injuste et insupportable ; et avec la « Banque du Sud » ouvrira des horizons d’investissement moins prédateurs et directifs que les actuelles institutions financières internationales dominées par les seuls intérêts des puissances occidentales.

= un monde où l’Afrique s’affranchira de la famine et de la dépendance alimentaire en préservant sa « souveraineté alimentaire » par une agriculture soutenue et protégée à la fois d’un commerce injuste, mais aussi des multinationales semencières qui menacent la biodiversité et créent de nouvelles dépendances.

= un monde où l’Afrique s’affranchira de ses leaders corrompus plus solidaires des profits du Nord que de leurs populations, plus soucieux de la construction de leur patrimoine personnel que du bonheur de leurs peuples

= un monde où l’Afrique s’affranchira de toute violence envers les femmes qui pourront enfin prendre pleinement leurs responsabilités là où elles assument déjà largement plus que leur part dans la production et la vie des peuples.

= un monde où l’Afrique, comme aujourd’hui l’Amérique Latine, s’affranchira des multinationales, en se réappropriant ses propres richesses, en renationalisant ses industries bénéficiaires, ses services publics et ses secteurs stratégiques, pour ne plus être une mendiante assise sur un diamant.

= un monde où l’Afrique s’affranchira des vieilles tutelles inadmissibles pour trouver sa place, dire enfin son mot et être écoutée dans les institutions internationales.

Et voici quelques paroles fortes glanées au fil des conférences, discussions, débats auxquels j’ai participé : elles peuvent nourrir nos réflexions et nous aider aussi à analyser notre situation au Burkina:

+ « Nous ne pourrons réussir notre développement agricole que par la réussite cumulée de toutes les micro-exploitations réussies ». L’agriculture familiale reste le fondement de notre production agricole en Afrique de l’Ouest. La soutenir est une priorité incontournable pour sortir de la misère et du sous-développement.

+ « Je suis colon, fils de l’Office du Niger ; que le Mali souffre de la faim est inadmissible ; travaillons pour avoir à manger ». Les plaines aménagées ont besoin d’être accompagnées pour largement nourrir nos populations. C’est la volonté politique qui manque. Un meilleur prix rémunérateur pour le paysan devrait permettre une immédiate augmentation de la production.

+ « Les terres sont vendues. L’agro-bussiness est favorisé. Les paysans sont spoliés … Le principe ‘La terre aux paysans’ n’est pas acquis ; les femmes n’y ont pas accès, ni les jeunes…». Les réformes agraires, les lois foncières, la sécurisation des paysans sur la terre qu’ils travaillent sont une urgence. Mal résolues, ces questions essentielles pourraient devenir une source de violents conflits entre ceux qui veulent accaparer les terres les plus fertiles et … les autres, laissés pour compte.

+ « Le CSLP (Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté), une vision encore imposée de l’extérieur qui reprend à son compte la version néo-libérale et qui ne résout en rien la pauvreté : elle l’augmente. » Constat amer qui s’applique tellement bien aussi chez nous. Les CSLP, commandités de l’extérieur, sont vraiment à revisiter de fond en comble : Comment lutter efficacement contre la pauvreté si l’on refuse de s’attaquer à ses causes ?

+ « La dépendance du Franc CFA nous enchaîne, enchaîne nos économies. » Est-ce d’une monnaie « forte » dont nous avons besoin, ou d’une monnaie qui nous permette d’exporter nos productions. Nos importantes réserves monétaires ne seraient elles pas plus utiles investies sur place que sur des comptes bloqués à Paris ?

+ « La micro-finance est peu abordable, en tous cas, pas assez. Et souvent à des conditions trop difficiles, à des taux trop élevés. » Sans accès au crédit pour ceux qui veulent entreprendre ; femmes, familles, jeunes attendent souvent désespérément un petit fond pour se lancer dans une activité rémunératrice… mais ils n’en trouvent pas.

+ « Le monde est malade et les médecins à son chevet sont incompétents… notre cerveau est lavé par la publicité… A quoi sert d’étaler notre misère à la face du monde sans jamais y trouver une solution…I faut rompre la domination de la langue, de la monnaie, du système libéral… Il est urgent de construire des marchés locaux, de consommer malien… Les peuples doivent discipliner leurs dirigeants » (Aminata TRAORE)

La libéralisation des échanges économiques a été source de misère pour les peuples dans un contexte de mondialisation-domination par les pays occidentaux qui ont concentré les richesses chez eux à un degré jamais atteint dans l’histoire.

« Il faut ouvrir des portes là où d’autres bâtissent des forteresses ».

A Koulikoro, les jeunes ont réclamé de pouvoir passer les frontières – avec pas moins de droits que les capitaux et les marchandises – pour chercher ailleurs un avenir meilleur qu’ils ne trouvent pas au pays.

Pourquoi les dirigeants n’entendent ils plus le cri de leurs peuples, le cri de leurs jeunesses ?

« Nos vies valent mieux que vos profits ».

A Koudougou, le 18-7-2008

Jacques LACOUR ( jacqueslacourbf@yahoo.fr )

paru dans la rubrique "Droit dans les yeux" du Journal "Le Pays" du 22 juillet 2008 (version papier); paru également sur le site abcburkina, lettre n° 289



lundi, 21 juillet 2008

Très bel article du journaliste qui nous a accompagnés. Merci, Paul-Miki!


7e FORUM DES PEUPLES DU MALI

Koulikoro contre Hokkaido

La 7e édition du forum des peuples du Mali s'est tenue du 6 au 9 juillet 2008 à Koulikoro, sous la houlette de la Coalition des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali). Cette rencontre internationale qui s'est voulue le contrepoint africain au sommet du G8 tenu à la même période à Hokkaido, au Japon, a offert un espace populaire de libre expression, de revendication et de construction d'alternatives des mouvements sociaux venus de différents pays d'Afrique et d'Europe. Le Burkina était de la partie, avec la délégation étrangère la plus importante, forte d'une trentaine de membres.


L'Institut polytechnique de Katibougou, dans la banlieue de la ville de Koulikoro à une soixantaine de kilomètres au nord de Bamako a vibré du 6 au 9 juillet dernier, au rythme de plusieurs centaines d'altermondialistes africains, venus de différents pays pour dénoncer les principes et pratiques néolibérales. C'était à l'occasion de la 7e édition du forum des peuples du Mali. Et comme à l'accoutumée, la date de cette rencontre n'a pas été choisie de façon fortuite : elle correspondait à celle du sommet du G8 (les 8 pays les plus industrialisés du monde) tenu cette année au Japon. Koulikoro 2008 fut une véritable grand-messe des mouvements sociaux du Mali, d'Afrique et d'ailleurs. Ce 7e forum des peuples du Mali a fait suite à 6 précédents forums tenus dans les villes de Siby en 2002 et 2003, Kita en 2004, Fana en 2005, Gao en 2006 et Sikasso en 2007. Vu comme l'édition de la maturité, ce 7e forum se devait donc de faire mieux aussi bien sur le plan organisationnel que sur celui du niveau des échanges, comme l'a relevé Mme Barry Aminata Touré, coordonnatrice de la CAD-Mali, à l'ouverture des travaux.

Les 4 jours d'échanges et de débats se sont essentiellement tenus dans le cadre d'ateliers thématiques (il y en a eu 81 au total) et de séances plénières consacrées à des conférences, des symposiums, et aux restitutions des travaux en ateliers. L'occasion était tout indiquée pour ces centaines d'altermondialistes réunis à Katibougou, de passer au crible des sujets aussi divers et préoccupants que l'annulation de la dette, les privatisations, la vie chère, les migrations, les Accords de partenariat économique, l'aide publique au développement, la lutte contre la pauvreté, les crises scolaires et universitaires, etc. Au terme des échanges qui ont été par moment très houleux, les participants ont unanimement conclu au fait que l'endettement massif des pays du sud contraste avec l'état de pauvreté généralisée de ces pays; que l'économie des Etats du sud est mise sous tutelle à travers les privatisations et le contrôle des entreprises privatisées par les multinationales; que l'agriculture des Etats du sud est mise sous contrôle à travers l'imposition des OGM par les firmes multinationales de semences, etc. Pour toutes ces raisons et pour bien d'autres, ils ont, à travers le mémorandum qui a sanctionné le forum, exigé des Etats africains le rejet des Accords de partenariat économique entre l’Union européenne et les pays ACP dans leurs formes actuelles; plus de transparence dans l’utilisation des recettes tirées de l’exploitation des ressources naturelles; la mise en place de stratégies nationales de lutte contre la corruption; des démarches courageuses pour la promotion de l’agriculture paysanne (intrants, redevance d’eau, augmentation du budget de l’agriculture à hauteur de 10% du budget national); la prise de mesures courageuses contre les privatisations et pour l’extension des services publics, au Mali, particulièrement, l’arrêt du processus de privatisation de la CMDT et de l’Office du Niger; l’augmentation significative des budgets alloués à l’éducation et la santé; l’arrêt des politiques de privatisations massives de l’école, etc.


Supprimer la Banque mondiale et le FMI

Sur le plan international, les forumistes de Koulikoro ont exigé la révision des politiques commerciales prônant le libre échange, l’annulation totale et inconditionnelle de la dette extérieure des pays du tiers-monde; la suppression pure et simple de la Banque mondiale et du FMI et leur remplacement par la Banque du sud, instrument privilégié de coopération et de financement du développement sur des bases plus justes et équitables; l’arrêt immédiat et sans condition des ingérences extérieures dans les affaires intérieures des Etats, et le respect strict du principe à l’autodétermination pour tous les peuples du monde; l’arrêt des privatisations dans les pays du sud, du contrôle des entreprises par les multinationales protégées par l’Organisation Mondiale du Commerce; l’annulation de la directive retour dite « directive de la honte » de l’UE et la dénonciation du pacte européen pour l’exil de Nicolas Sarkozy ; la suppression du système FRONTEX, arsenal militaire pour protéger la forteresse européenne et arrêter les politiques répressives et racistes sur les migrations.

Et enfin, à l’endroit des mouvements sociaux et de la société civile, l'appel de Koulikoro prône un engagement sans faille pour lutter contre la forme actuelle des Accords de partenariat économique; la sensibilisation de la population au changement de comportement de consommation par la promotion des produits locaux en remplacement des produits importés; la sensibilisation des populations aux enjeux des APE et la formation d’un front uni contre ces politiques libérales; l’encouragement des populations à s’approprier du contrôle citoyen de l’action publique, etc.

En tant qu'expression d'un mouvement social dynamique, le forum des peuples du Mali, selon ses organisateurs, entend traduire la volonté des peuples à circonscrire leur lutte dans la perspective d'une réaction contre l'ordre néolibéral et pour la libération du développement. La prochaine édition de ce concert des altermondialistes africains est prévue l'année prochaine, à la même période que le prochain sommet du G8, dans une ville malienne qui reste à déterminer.

Par Paul-Miki ROAMBA (envoyé spécial à Koulikoro)
paru dans le Journal "Le Pays" du 17-7-2008

Comme au village

Il y avait une ambiance de familiarité entre les participants des différents pays. Les repas étaient communautaires aussi bien pour le déjeuner, le dîner que pour le petit déjeuner. Mais c'était à la manière du village profond. Pas de fourchette, pas de couteau, pas d'assiettes. On mangeait en groupes de 6 ou 7, dans un plat commun. Africains et Européens ont tous mangé à la main, à Koulikoro. Et on n'avait pas forcément besoin d'une chaise ou d'un tabouret (il n'y en avait d'ailleurs pas pour tous) pour se mettre... à table (c'est l'expression consacrée). Et on s'y est très vite habitué.

On ira en Europe pian!

L'une des innovations du 7e forum des peuples du Mali a été la tenue de l'espace jeunes et de l'espace femmes. L'espace jeunes qui a été co-animé par Mohamed Bathili, un jeune "rastaman" et Yoro Bi Ta Raymond, journaliste ivoirien, a porté sur les migrations. Après avoir longuement épilogué sur les "pillages" dont ont été victimes les Etats d'Afrique de la part de l'Europe, les deux conférenciers sont arrivés à la conclusion que les jeunes Africains ont bel et bien le droit d'aller chercher fortune en Europe, puisque les Européens, selon eux, ont été les premiers à soustraire les richesses de l'Afrique et continuent d'ailleurs de le faire. A la fin de cet exposé sur le droit d'exil, ils ont encouragé les jeunes d'Afrique à tenter l'aventure en Europe, contre vents et marrées.

La bière en clando

Au Mali, on n'a pas l'habitude de siroter la bière en plein air comme cela se fait... ailleurs. La délégation venue de Ouaga en a fait le constat dès les premiers instants de son séjour dans ce pays à forte dominance islamique. Il y avait toutefois de la bière à gogo au maquis du centre d'accueil de Katibougou où la délégation avait élu résidence. On y a quelquefois vu des Maliens venir se faire servir du "tchimitchama" (c'est comme ça qu'ils désignent toute boisson alcoolisée) qu'ils prennent soin d'ingurgiter en quelques minutes avant de quitter les lieux, discrètement. Ni vus, ni connus.

"A té tchi, a té féré!"

Le gouvernement malien veut se débarrasser de la gestion de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), qui est de fait promise à la privatisation. Mais des voix se sont levées au sein de la société civile et des organisations syndicales pour dire non. Et c'est sans surprise que cette question qui défraye la chronique au Mali s'est invitée aux débats à Koulikoro. Et cela s'est passé autour d'un slogan en langue bambara: "A té tchi, a té féré". Ce qui veut dire que la CMDT ne sera ni dissoute, ni liquidée.

voir quelques photos:
http://picasaweb.google.com/jacqueslacourbf/Koulikoro2008ForumDesPeupes
http://www.flickr.com/photos/alexhereandthere/sets/72157606147893280/
http://www.forumdespeuples.org/

jeudi, 17 juillet 2008

Déclaration finale de la 7ème édition du Forum des Peuples

Une délégation de 32 personnes du Burkina Faso
composée de membres du Comité d'organisation du Forum Social du Burkina
et de membres du Cadre de Concertation CSLP
ont participé à cette belle rencontre qui a mobilisé entre 600 et 1000 personnes animées du désir d'un autre monde, d'une mondialisation solidaire

Déclaration de la 7ème édition du Forum des Peuples
à Koulikoro - Mali

Le monde entier traverse depuis plusieurs décennies une crise économique et sociale d'une extrême gravité. Elle se caractérise par une offensive générale du capital financier international laquelle se traduit par la destruction systématique des conquêtes sociales des travailleurs, la militarisation des relations internationales, l'intensification des guerres, de conquête coloniale et de domination impérialiste ( Irak, Afghanistan, Palestine), le chantage nucléaire, la criminalisation de l'immigration, la flambée des prix des hydrocarbures, la crise alimentaire, la poursuite effrénée des reformes meurtrières des Institutions Financières Internationales (FMI- BM-OMC), les privatisations anarchiques des secteurs vitaux de nos économies.

Malgré l'extrême gravité de la situation dans le monde, le G8, ce directoire mondial informel, illégitime et antidémocratique continue à faire des effets d'annonce et des promesses non tenues. En 2005, son engagement en faveur des pays pauvres a permis l'annulation d'un montant dérisoire de 39 milliards de dollars US alors que le Continent africain à lui seul devait 215 milliards de dollar US et l'Amérique Latine 723,6 milliards de dollar US. Pour la même période, le transfert net de capitaux du Sud vers le Nord était de 354 milliards de dollar US pendant que l'aide publique au développement se réduisait comme une peau de chagrin et que le montant de la dette culminait à 2800 milliards de dollars !

La Fao (organisation mondiale pour l'alimentation et l'agriculture) a souligné en 2008 que la part de l'agriculture dans l'aide publique au développement a chuté, passant de 17% en 1980 à 3% en 2006. Les Institutions Financières Internationales et Régionales ont baissé d'une manière drastique les ressources destinées à l'activité agricole qui est le moyen d'existence principal de 70% des pauvres dans le monde. Dans certains cas, le portefeuille de prêts à l'agriculture d'une institution est passé de 33% en 1979 à 1% en 2007 .

Alors que la grande majorité des populations dans le monde souffre de manque de nourriture, quelque 2,3 millions de tonnes de riz sont actuellement stockées par le Gouvernement japonais dans une dizaine d'immenses hangars réfrigérés et risquent d'être livrés aux animaux. En terme de maîtrise de l'eau, de construction d'infrastructure, de capacités de commercialisation, d'accroissement de la production végétale et de la réduction de la faim, la FAO précise qu'il faut un investissement de 25 milliards de dollars us par an.

Alors que le monde ne demande que 30 milliards de dollars par an pour relancer l'agriculture et éradiquer définitivement la faim, 1200 milliards de dollars us sont dépensés pour l'armement pendant que 862 millions de personnes meurent de faim dans le monde ! Quel scandale !

Nous participants de la 7ème édition du Forum des Peuples tenue du 06 au 09 Juillet 2008 à Katibougou –Koulikoro ((Mali), considérant :

  • L'endettement massif des Pays du Sud contrastant avec l'état de pauvreté généralisée des populations de ces pays ;
  • La mise sous tutelle des économies des Etats du Sud par les privatisations et le contrôle des entreprises privatisées par les multinationales ;
  • La volonté manifeste du contrôle de notre agriculture à travers l'imposition des OGM (Organismes génétiquement modifiés) par les firmes multinationales de semence ;
  • L'imposition de la signature des Accords de Partenariat Economique ( A. P.E.) entre l'Union Européenne et les Pays ACP ( Afrique, Caraïbe, Pacifique) par la division et la signature d'accords intérimaires avec certains pays africains ;
  • Le pillage systématique organisé de nos ressources naturelles par les multinationales, propriétés du G8 et des pays émergents comme la Chine, avec la complicité affichée de nos Chefs d'Etat ;
  • L'existence de la crise alimentaire artificiellement créée et entretenue par le système capitaliste néolibéral pour favoriser l'introduction des OGM et recourir permanemment à l'arme alimentaire comme politique de pression et de chantage ;
  • L'absence totale de la société civile par rapport à la déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide ;
  • Le protectionnisme et les phobies de l'Europe qui imposent d'une main des accords de libre commerce et de l'autre s'érigent en forteresse assiégée, s'opposant à la libre circulation des populations du sud.

Nous participants à la 7e édition du forum des peuples de Koulikoro, exigeons ce qui suit :

Auprès des Etats

- Le rejet des Accords de Partenariat Economique entre l'Union Européenne et les Pays ACP dans leurs formes actuelles

- Plus de transparence dans l'utilisation des recettes tirées de l'exploitation des ressources naturelles.

- La Mise en place de stratégies nationales de lutte contre la corruption

- Des démarches courageuses pour la promotion de l'agriculture paysanne (intrants, redevance d'eau, augmentation du budget de l'agriculture à hauteur de 10% du budget national)

- La prise de mesures courageuses contre les privatisations et pour l'extension des services publiques, au Mali, particulièrement, l'arrêt du processus de privatisation de la CMDT et de l'Office du Niger. Rendre justice aux travailleurs licenciés de l'HUICOMA

- L'augmentation significative des budgets alloués à l'éducation et la santé.

- L'arrêt des politiques de privatisation massives de l'école.

Au niveau international

- La Révision des politiques commerciales prônant le libre échange, source d'inégalités et d'injustice et la promotion de politiques commerciales socialement justes et écologiquement durables

- L'annulation totale et inconditionnelle de la dette extérieure des Pays du Tiers-monde

- La suppression pure et simple de la Banque Mondiale et du FMI et leur remplacement par la Banque du Sud instrument privilégié de coopération et de financement du développement sur des bases plus justes et équitables

- L'arrêt immédiat et sans condition des ingérences extérieures dans les affaires intérieures des Etats, et le respect strict du principe à l'autodétermination pour tous les peuples du monde

- L'arrêt des privatisations dans les pays du Sud, du contrôle des Entreprises par les multinationales protégées par l'Organisation mondiale du Commerce..

- L'Annulation de la directive retour dite « directive de la honte » de l'UE et la dénonciation le pacte européen pour l'exil de Nicolas Sarkozy ;

- La suppression du système FRONTEX, arsenal militaire pour protéger la forteresse européenne et arrêter les politiques répressives et racistes sur les migrations

A l'endroit des mouvements sociaux

- L'engagement sans faille des mouvements sociaux pour lutter contre la forme actuelle des Accords de Partenariat Economique

- La Sensibilisation de la population au changement de comportement de consommation en promouvant les produits locaux au profit des produits importés.

- La sensibilisation des populations aux enjeux des APE et la formation d'un front uni contre ces politiques libérales

- L'Encouragement des populations à s'approprier du contrôle citoyen de l'action publique

.Fait à Koulikoro, le 09 Juillet 2008

LE FORUM


Vous pouvez retrouver ce texte sur le site du
Forum Social du Burkina à l'adresse suivante:
http://www.forumsocialburkina.info/index.php?option=com_content&task=view&id=...
Forum des peuples du Mali à l'adresse suivante:
http://www.forumdespeuples.org/


vendredi, 11 juillet 2008

mercredi 3 septembre 2008

Forum Social: les réactions du Père Jacques Lacour


Le Père Jacques LACOUR répond à nos questions
suite à la 2° édition du Forum Social du Burkina
tenu à Ouahigouya, les 27,28 et 29 mars 2008

Le Forum social internationalement connu et dont le Père Jacques Lacour est une des chevilles ouvrières, vient de se tenir à Ouahigouya. Le moment, comme on le sait, est dominé par une crise internationale et par une crise nationale à multiples facettes marquée par des émeutes mais aussi par l'éviction de Salif Diallo du gouvernement.

Nous avons approché le Père pour qu'il nous en dise un peu plus

- Quelle était l'ambiance à Ouahigouya et comment se sont déroulés les travaux ?

Et bien, pour la deuxième fois, à Ouahigouya, nous avons réussi notre pari : 600 personnes ont répondu à l’appel du forum social, ont fait le déplacement et se sont approprié les questions de société qui leur ont été proposées et celles qui les préoccupent. La participation a été très intense et le témoignage des participants touchants : Il est bon de voir des paysans se lever pour dire leurs préoccupations ; il est bon de voir des femmes prendre la parole pour dire des convictions et dénoncer ce qui ne va pas. Il y a eu 2 panels (un sur la souveraineté alimentaire ; l’autre sur l’intégration régionale) 30 ateliers et plusieurs espaces de libre expression et de témoignages.

On prend conscience alors que si on leur donnait vraiment la parole, beaucoup plus souvent, si on les associait réellement à des politiques agricoles intelligentes et réfléchies à long terme, prenant en compte leurs soucis et les enjeux de notre avenir économique, alors les choses pourraient aller nettement mieux. Mais qui veut écouter les paysans ? Qui « craint » les paysans pour se mettre à leur école? Nos autorités continuent à leur imposer des politiques qu’ils ne comprennent pas, et pour cause ! Les politiques se réduisent souvent à des successions de programmes mal adaptés et à court terme…

L’ambiance fut bonne aussi car chacun a pu faire des rencontres avec d’autres, discuter d’expériences très diverses, partager des idées ; certains ont échangé des adresses, se retrouveront, continueront à échanger… Les délégations étrangères (Mali, Togo, Bénin, Nigeria) ont été particulièrement heureuses de participer à nos travaux.

Les soirées culturelles (avec de nombreuses troupes locales) furent réussies et la joie partagée était au programme.

- Que retenir de ce forum ?

Il est bien difficile de résumer en quelques mots la richesse de si nombreux échanges. Je vous invite donc à lire la « déclaration finale du deuxième forum » dont la presse quotidienne s’est fait l’écho et qui figure sur le site du forum. ( http://www.forumsocialburkina.info )

Au cours de ce deuxième forum, nous constatons que les mêmes questions reviennent, que les soucis des populations sont les mêmes : Les paysans veulent vivre correctement de leur travail, mais le monde qu’on leur prépare va devenir de plus en plus dur pour eux, parce qu’ils sentent bien qu’il est construit sans eux et même souvent contre eux. Dans le cadre de politiques faites sans eux et obéissant trop souvent à des intérêts extérieurs…

Les APE dans leur forme actuelle ruineront l’agriculture familiale ; les OGM vont nous rendre dépendants d’une seule multinationale prédatrice (Monsanto) ; corruption et mal gouvernance empêchent notre pays de progresser ; nous devons produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons, viser la souveraineté alimentaire en protégeant notre agriculture, favoriser l’intégration régionale trop freinée par nos dirigeants, défendre la dignité humaine partout, au pays et sur les routes de l’exil, permettre aux femmes d’être mieux respectées et entendues.

- Pensez-vous qu'il y ait des chances que vous soyez entendus par les autorités ?

Dès notre arrivée à Ouahigouya, nous avons eu un interlocuteur d’une très grande sagesse en la personne du gouverneur de région qui nous a très bien accueillis et qui nous a semblé vraiment très attentif aux préoccupations des populations reprises par le forum social. Par lui, peut être, la parole des petites gens – que le forum tente de transmettre -- pourra être entendue dans les sphères des décideurs.

Oui, nous souhaiterions que les autorités politiques de Ouaga cessent d’aller vers les populations paysannes avec autre chose que des discours tout faits qui ne laissent aucune place à la parole vraie et directe des paysans. On a l’habitude de dire qu’il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre… C’est l’impression que nous donnent trop souvent les autorités politiques quand on aborde des questions comme les APE, les OGM, les circuits de commercialisation, une politique agricole incluant la souveraineté alimentaire, les nécessaires soutiens à l’agriculture familiale… ou les tracteurs détournés (dont l’affaire, confiée à la justice, traîne comme d’habitude en longueur et pourrait bien se terminer par un non-lieu !)

Oui, nous souhaiterions que les autorités écoutent davantage les populations rurales et leurs préoccupations ! Mais avec les temps de crise qui viennent, elles y seront sans doute contraintes.

- Nous venons de lire dans Le Pays de ce jeudi 3 avril une interview de Mr amos Ticani, Ambassadeur de l'UE au Burkina Faso. Il a dit : "C’est une fausse affirmation que de dire que les APE vont mettre en danger l’agriculture ouest africaine ». Que pensez-vous de cette sortie de l'ambassadeur Ticani ?

Les APE, nous disait l’an passé au premier forum, une dame productrice de lait, c’est pire que le SIDA : Le Sida, on sait comment s’en protéger, les APE, on ne sait pas. La libéralisation des marchés, les importations de sous-produits de l’agriculture européenne (culs de dinde ou autres) ou de produits subventionnés, le refus de soutenir l’agriculture familiale, les impôts sur le monde agricole qui vont être mis en place, tout cela met directement en danger l’agriculture familiale « ouest africaine ». Celui qui dit le contraire ne me semble pas dire la vérité. Ils sont très nombreux ceux qui l’ont déjà dit.

L’ambassadeur Ticani est représentant de l’Europe et il est tenu de dire cela, même s’il n’y croit pas. Ne dit-il pas au début de son interview qu’à part l’Ile Maurice et le Botswana, aucun pays d’Afrique n’a été réellement gagnant dans les accords précédents qui incluaient la dimension « développement » et étaient « asymétriques ». Malgré ces accords, la pauvreté a progressé, l’Afrique n’a pas décollé économiquement. Qu’en sera-t-il d’accords « réciproques », n’incluant pas la dimension « développement » ? Une catastrophe annoncée !

L’agriculture ouest africaine a besoin d’être protégée (et surtout pas libéralisée), pour atteindre la souveraineté alimentaire. C’est parce que l’Europe n’a jamais aidé l’agriculture ouest africaine à devenir forte – avec la conspiration des dirigeants africains – que l’on connaît aujourd’hui aussi fortement le phénomène de la « vie chère » : nous consommons ce que nous ne produisons pas, nous ne consommons pas ce que nous produisons !

San Finna N° 458 du 07 au 13 Avril 2008

"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"


lundi, 7 avril 2008