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mercredi 6 mai 2009

Droit dans les yeux: d’autres paroles du Pape…

Droit dans les yeux

D’autres Paroles du Pape… (pas seulement le préservatif !)



A l’occasion de la récente visite du pape en Afrique, les médias se sont focalisés sur les paroles qu’il a prononcées à propos du préservatif… et cela a fait complètement oublier ou passer sous silence les autres grands thèmes qu’il n’a cessé d’aborder et qui sont extrêmement préoccupants pour l’Afrique. Lors de son passage au Cameroun, il a remis un document de travail extrêmement intéressant aux évêques, et par delà, à tous les chrétiens et les hommes de bonne volonté d’Afrique… je vous invite à en lire cinq paragraphes qui pointent quelques injustices criantes sur le continent et nous interpellent aussi dans notre situation :



« 56. La dimension sociopolitique de la justice. Pour réclamer justice, certaines « minorités ethniques » ou régions lésées prennent les armes et déclenchent la guerre. Les émeutes et expulsions de populations allogènes dans un même pays sont des actes graves d’injustice qui passent souvent impunies. Car souvent, les institutions judiciaires et toutes celles qui luttent contre la corruption sont noyautées par les forces politiques. Ceux qui détiennent le pouvoir utilisent les agents de la sécurité pour mater les citoyens qui expriment des opinions contraires aux leurs. D’autres formes d’injustice sont mentionnées : la peine de mort, le traitement inhumain des prisonniers, souvent en surnombre dans les maisons d’arrêt ; des délais excessifs de procès ; la torture des prisonniers ; l’expulsion des réfugiés au mépris de leur dignité.



« 57. La dimension socioéconomique de la justice. Le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP) cherche à identifier les formes et les causes de la corruption qui sévit sur le continent, et qui restent impunies. Les ressources naturelles sont confisquées et dilapidées par quelques groupes d’intérêt. La mauvaise gestion, les détournements de fonds publics, l’exode des capitaux vers les banques étrangères contre lequel l’Église qui est en Afrique avait déjà élevé la voix au dernier Synode, sont là des formes d’injustice qui demeurent impunies et contre lesquels l’Église doit prêter sa voix aux sans-voix.



« 58. Les travailleurs agricoles sur lesquels repose une grande partie de l’économie africaine sont victimes d’injustice dans la commercialisation de leurs productions, souvent payées à des prix très bas, fixés paradoxalement dans certaines régions par les acheteurs eux-mêmes. La population déjà défavorisée ne fait que s’appauvrir davantage. La campagne de semences d’Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), qui prétend assurer la sécurité alimentaire ne doit pas faire ignorer les vrais problèmes des agriculteurs : le manque de terre arable, d’eau, d’énergie, d’accès au crédit, de formation agricole, de marchés locaux, d’infrastructures routières, etc. Cette technique risque de ruiner les petits exploitants, de supprimer leurs semences traditionnelles et les rend dépendants des sociétés productrices des OGM. À cela s’ajoute le problème du changement climatique dont les effets se font sentir dans les zones arides, compromettant les gains modestes des économies africaines. Les Pères synodaux peuvent-ils rester insensibles à ces questions qui pèsent sur les épaules des paysans ?



« 59. La dimension socioculturelle de la justice. La culture est également le lieu d’injustices à examiner et à éradiquer, notamment le népotisme et le tribalisme qui sont des travestissements du devoir d’aide à son « frère ». La femme continue d’être assujettie dans toutes les régions sous diverses formes : les violences domestiques, expression de la domination des hommes sur la femme ; la polygamie qui défigure le visage sacré du mariage et de la famille, aussi par la compétition qu’elle engendre entre coépouses et enfants ; le manque de respect de la dignité et des droits des veuves ; la prostitution ; la mutilation des organes génitaux des femmes. Dans le rapport des nations, la mondialisation est un phénomène qu’il sied de considérer dans sa dimension légale, administrative et pratique. Car l’Afrique est devenue vulnérable face à l’envahissement des modèles des puissances militaires et économiques.



« 60. Le système éducatif demeure inadéquat : des classes d’élèves et étudiants en surnombre et des rapports enseignant/élèves ou professeur/étudiants anormaux. Les programmes éducatifs sont orientés vers la formation de chercheurs d’emplois et non de créateurs d’emplois. Le taux de chômage, par le fait même, galope car tous n’arrivent pas se faire employer. Compte tenu de l’engagement de l’Église dans le système éducatif, les Églises particulières souhaitent que les appels des Pères synodaux orientent et stimulent la recherche de ceux qui en ont la charge. »



Ce texte, s’il venait à tomber dans les mains du ministre de l’agriculture pourrait l’aider à réfléchir, en particulier par rapport aux OGM… Cette parole d’une grande autorité morale ne pourrait elle peser dans le débat en cours aujourd’hui au Burkina ? Le pape n’est inféodé à aucune multinationale semencière et recherche le bien des paysans… Puissions-nous, avec lui, devenir sensibles à toutes les questions qui pèsent sur les épaules des paysans.



Dans ce texte, les questions évoquées sont celles qui nous touchent dans notre quotidien. J’espère qu’un jour nos pères évêques du Burkina sauront actualiser pour nous dans nos situations concrètes ces paroles venues du Vatican. Et cela, pour donner force et courage à tous ceux qui travaillent dans le sens de la justice et de la paix et qui ont souvent l’impression de travailler à contre courant… sans l’encouragement explicite des grandes autorités morales du pays.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



Ce texte a été publié dans le journal "Le Pays", rubrique "droit dans les yeux", le mardi 5 mai 2009. edition papier et édition électronique.


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mardi 24 février 2009

Droit dans les yeux : Petite revue des ministères

Droit dans les yeux :

Petite revue des ministères


Ministère de la culture


A l’occasion de l’ouverture des NAK (Nuits Atypiques de Koudougou), le ministre n’a pu venir ; c’est normal, il y avait des choses plus importantes ; il a donc délégué un remplaçant. Quand ce remplaçant a lu le discours d’ouverture d’une lecture parfois hésitante, nous, les invités, on a tous souri. Mais quand il a essayé de parler sans texte en improvisant une phrase dans un français approximatif, alors là, on a franchement rigolé ! Ca aurait été sympa d’envoyer quelqu’un culturellement au niveau…


Musée National


En juillet dernier, j’ai reçu ma sœur Monique venue me rendre visite ici au Burkina et avec elle, nous avons voulu découvrir le beau musée national. Deux salles étaient accessibles : dans la première y étaient relatées les récentes découvertes archéologiques faites au sahel dans la région de Oursy… Les visiteurs furent abandonnés à la lecture des panneaux, sans accompagnement aucun. La deuxième salle exposait une série de masques… mais hélas avec des guides peu compétents et qui ne supportaient pas les questions. Quand mon frère Bernard est venu me voir en novembre, on n’y est pas retourné.

Par contre à Loanga, félicitations aux jeunes guides qui nous ont entraîné dans le monde merveilleux des sculptures de granit, avec beaucoup d’intelligence et de poésie… comme s’ils les avaient vu naître. Promis, là-bas, j’y retournerai encore.


Ministères des infrastructures.


Vous connaissez Seytenga, vous ?

Ainsi Seytenga, un gros village du Sahel, aura bientôt sa route goudronnée ! Ce gros village frontalier vaut à lui seul plus que toutes les régions du Sourou, de Nouna, de Dedougou et de Solenzo ensemble ! Alors là, l’explication des techniciens ne me suffit plus (trafic induit, trafic réel, etc…). Je veux comprendre pourquoi – au delà des promesses que l’on vient encore de renouveler (mais qui peut croire encore ces promesses ?) – oui, pourquoi on n’a pas encore fait de routes goudronnées vers cette région, peu importe que ce soit Koudougou-Dedougou, que ce soit Yako-Nyassan ou bien encore Koudougou-Toma-Gassan ; oui pourquoi ? Pourquoi rien n’a encore démarré à ce jour ?


(Des amis m’ont fait remarquer récemment qu’un échangeur, c’est pour aller d’une autoroute à une autre autoroute, pas pour aller d’une piste à une autre piste : je pense surtout aux entrées de Ouaga)


Ministère de l’agriculture


Si j’étais ministre de l’agriculture, vous ne pouvez imaginer comme je serais heureux cette année ! Non seulement, les paysans ont produit beaucoup (maïs, mil, riz…), mais en plus, ils parviennent à vendre leurs récoltes à un bon prix qui paye leur peine et qui va – enfin – commencer à faire reculer la pauvreté dans les campagnes. Et pour le riz, ils valorisent encore parfois leur production par l’étuvage quand ils en ont les moyens. Que demander de plus ?


Eh bien non, notre ministre de l’agriculture n’est pas content du tout : les paysans « refusent » de lui remettre une partie de leur récolte brute à vil prix, un prix ridicule décidé sans eux par des techniciens jamais sortis de leurs bureaux climatisés. Comme au temps de la « traite », comme au temps des administrateurs coloniaux, il aurait aimé se faire livrer pas cher son quota de riz paddy… De toutes façons, si c’était pour les écoles ou les hôpitaux, le riz paddy n’est pas très pratique… Mais le ministre a sans doute quelques amis décortiqueurs ou étuveurs qui auraient arrangé ça…


« Mais que vais je dire au premier ministre ? » s’est il exclamé devant ce refus. Et bien, je pense que le premier ministre qui a 170 ha au Sourou dont il paie toutes les charges, sait parfaitement qu’un kilo de riz paddy à la récolte ne vaut pas 115 F/kg, mais 175 F au moins, et probablement beaucoup plus avec la main d’œuvre qu’il y emploie et qui est sans doute déclarée à la caisse. (Lutte contre la pauvreté oblige ; exemplarité oblige)

Non, le premier ministre ne peut que se réjouir de voir la pauvreté reculer dans les rizières parce qu’enfin le travail des paysans est un peu mieux rémunéré et que certains pourront enfin se libérer d’une partie de leurs dettes accumulées ces dernières années.


(Et si une partie des récoltes est partie à l’étranger, que le ministre de l’agriculture s’adresse au ministère du commerce et aux douanes ; et si les commerçants du Burkina n’ont pas fait leur travail, qu’il n’accable pas les paysans ; et s’il est en retard sur le cours des céréales au pays et dans la sous région, qu’il s’informe !)


Ministère de l’enseignement


Est il vraiment nécessaire de frapper un enfant pour qu’il apprenne à l’école ? Je ne le pense pas. Mais quand on a soi même été frappé, on a tendance à reproduire ce qui est arrivé et à frapper aussi et même à trouver cela normal…. Il y a là un cycle de la violence à briser.

Frapper un enfant peut aussi soulager la colère et l’énervement d’un maître… surtout s’il n’est pas venu là par vocation ; mais est ce la meilleure solution ?
N’y a-t-il pas là encore quelques relents d’une mentalité passée qui nous hante encore, selon laquelle « sans la chicote, un noir ne peut apprendre ni faire quelque chose de bon »… Il est grand temps d’en sortir, et définitivement. Le ministère a ouvert la voie…


Mairie de Ouagadougou


Tous les Burkinabè savent que d’ici 2, 5 ou 10 ans, c’est sûr, il y aura à Ouagadougou une « avenue Norbert Zongo »; il est devenu une personnalité incontournable du Burkina, internationalement reconnue… alors pourquoi s’acharner aujourd’hui contre ceux qui ont quelques années d’avance ? C’est uniquement une question de temps. Puisse Simon le comprendre… et l’accepter humblement.



Père Jacques LACOUR (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr





publié dans le journal Le Pays du mardi 24 février 2009, rubrique "Droit dans les yeux":
http://www.lepays.bf/spip.php?article1098

mardi 6 janvier 2009

créer « un grand ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’alimentation »?

Droit dans les yeux :

Ne faudrait il pas créer « un grand ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’alimentation » ?

Lors d’un de mes déplacements récents dans le Sahel, j’ai été vivement interpellé sur la question des deux ministères différents et séparés de l’agriculture et de l’élevage.


Pourquoi, me demandait on, faut il absolument deux ministères alors qu’aujourd’hui, on ne voit plus un seul éleveur qui ne cultive pas, au moins un peu pour ses besoins personnels… et on ne voit plus un seul cultivateur qui n’ait pas aussi son élevage, certains seulement des chèvres et des moutons comme « caisse d’épargne » ou « sécurité sociale », d’autres de façon plus conséquentes en élevant des bœufs pour la culture ou plus…

De plus, ce sont les mêmes terres, les mêmes espaces que cultivateurs et éleveurs partagent depuis des siècles. Ils y vivent ensemble, ils y travaillent ensemble. Autrefois des équilibres s’étaient établis et les bêtes des éleveurs en divagant dans les champs récoltés assuraient une fumure organique non négligeable. Puis elles se retiraient dans les zones non cultivées pour la saison des pluies.



Bien sûr, les tensions existaient parfois, mais les espaces étaient assez grands pour que tous puissent vivre en paix. Aujourd’hui, les choses changent, la population a augmenté ; tous travaillent la terre d’une façon ou d’une autre ; tous pratiquent aussi l’élevage d’une façon ou d’une autre ; la pression sur les terres augmente. Et il ne faudrait pas que les « plans », les « programmes »,les « projets » élaborés en bureaux climatisés et venus de deux ministères différents ne viennent alimenter inutilement des tensions sur le terrain. Mes interlocuteurs m’ont donné plusieurs exemples flagrants où des projets pleins de bonnes intentions au départ ne faisaient qu’alimenter des difficultés de terrain parce qu’ils n’avaient pas été pensés en tenant compte d’une situation qui a beaucoup évolué ces dernières années et où culture et élevage sont maintenant profondément entrelacés et ne peuvent être compris l’un sans l’autre.



La suggestion est donc celle-ci : créer « un grand ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’alimentation » qui pourrait prendre réellement en compte les liens très profonds qui existent entre ces activités. Cultures traditionnelles des céréales, maraîchage, plaines irriguées produisant riz et maïs, riz pluvial, élevage, production de viande et de lait, culture et stockage du fourrage… et toute la chaîne alimentaire qui en découle.

Un tel ministère pourrait aider à trouver les équilibres entre toutes ces activités de production, à faciliter la gestion des terroirs, non plus vus dans une perspective de concurrence, mais dans une perspective de complémentarité pour une production nationale adaptée aux besoins des populations, pour une véritable souveraineté alimentaire dont l’urgence se fait sentir en ces temps de crises.



Se contenter de « borner » des terres pour en exclure les uns et les autres ou les uns ou les autres ne peut être une solution pour succéder à des temps où même la notion de divagation n’existait pas durant toute la saison sèche. Il serait bon qu’au niveau des ministères, les questions soient pensées ensemble pour élaborer des solutions qui intègrent toutes les facettes de ces difficiles questions…
A continuer à chercher chacun dans son coin des « projets » et des « PTF » (avant, on disait des « bailleurs », ça avait le mérite d’être clair), il y a bien un risque d’entrer en concurrence et de multiplier les conflits plutôt que de créer un cercle vertueux pour une agriculture/élevage capable de produire tout ce qu’il faut pour bien nourrir les burkinabè.
Peut-être même avant de produire du coton OGM qui ne fait que nous rendre un peu plus dépendants d’une seule multinationale et fragilise nos filières d’exportation.



Pouvoir manger à sa faim…

N’est ce pas là le premier « droit économique » d’un peuple ?

N’est ce pas le premier devoir d’un état : nourrir son peuple d’abord et veiller pour cela à des solutions durables qui impliquent tous les citoyens.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


publié dans la rubrique "Droit dans les yeux" du Journal "Le Pays" du mardi 6 janvier 2009

jeudi 18 décembre 2008

Droit dans les yeux: Burkinabè, attention à vos terres !

Droit dans les yeux
Burkinabè, attention à vos terres !


Depuis longtemps déjà, de nombreuses multinationales ont commencé à acheter des terres dans le monde entier par milliers d’hectares, sinon par millions…
Volkswagen (Allemagne) a acheté des milliers d’hectares au Brésil
Benetton a acquis 900.000 hectares en Patagonie (Argentine)
Soros (milliardaire des Etats-Unis) et Stallone veulent y faire la même chose au détriment du peuple Mapuches.
Les Emirats Arabes Unis ont acquis d’immenses prpriétés au Pakistan, en Indonésie, aux Philippines…


Ces sociétés ont de l’argent, beaucoup d’argent et veulent diversifier leurs investissements.
Avec la « crise alimentaire » qui frappe la planète actuellement, elles veulent se garantir pour elles, et pour les pays riches qui manquent de terres, des bénéfices substantiels sur la nourriture à produire (qui va manquer) ou sur les agro-carbuants si le prix du pétrole remonte (et il va remonter).
Elles veulent garantir aussi leur propre accès à la nourriture (aujourd’hui menacé) en achetant des terres dans les pays pauvres. Qui ne savent pas ou ne peuvent pas se défendre. Et dont les dirigeants ne perçoivent pas l’enjeu à long terme de ces ventes, mais seulement un éventuel petit bénéfice à court terme.
Ce qui se prépare est ceci : « En vendant ainsi leurs terres, les Etats pauvres vont produire de la nourriture pour les pays riches aux dépends de leur propre population affamée. » (Jacques Diouf de la FAO) Cela fait penser à la famine d’Irlande de 1850 : pendant qu’un million d’Irlandais mourraient de faim, les gros fermiers anglais exportaient du blé de ce pays….


A Madagascar, Daewoo Logistics (Corée du Sud) a ce genre de projet : C’est Daewoo même qui apporte les précisions et la nouvelle a été reprise dans la presse anglophone, Financial Times et BBC en tête. Les Coréens du Sud veulent louer pour 99 ans des terrains arables à Madagascar d’une surface de 1.300.000 (un million trois cent mille) hectares pour la culture du maïs et la production d’huile de palme.. La surface louée (13.000 km2) représente l’équivalent de presque la moitié de la Belgique.
Ou encore de la moitié des surfaces cultivables à Madagascar. C’est énorme !
La main d’œuvre spécialisée serait sud-africaine
La production serait destinée avant tout à la Corée du Sud."


Ainsi, la flambée des prix alimentaires à l'échelle mondiale (qui est prévue pour durer) a d'ores et déjà déclenché une deuxième "ruée vers l'Afrique" : Une nouvelle colonisation est en cours en Afrique. Et Madagascar n’est pas seule.
Le Soudan cherche également à attirer des investisseurs pour 900 000 hectares de terres ; le Premier ministre d'Ethiopie cherche des investisseurs saoudiens ; d'immenses terrains en Tanzanie ont également éveillé l'intérêt de sociétés occidentales qui s'intéressent à la production de biocarburants.
« Mais le problème, c'est que, dans cette ruée vers les terres, aucune place n'est accordée aux petits exploitants. » (Oxfam)
Les détails des accords fonciers sont généralement tenus secrets, si bien qu'on ne sait pas s'ils prévoient des garanties pour les populations locales.
De fait, des terres agricoles fertiles sont de plus en plus privatisées et concentrées. Si elle devait rester incontrôlée, cette main basse sur les terres à l’échelle planétaire pourrait sonner le glas des petites exploitations agricoles et des moyens de subsistance ruraux dans bien des régions du monde et particulièrement en Afrique.

Au Burkina Faso aussi, il faut rester extrêmement vigilant. Des contrats pour l’octroi de terres agricoles ont été signés avec la société AgroEd, par exemple, qu’en est il aujourd’hui ? D’autres sociétés privées ont également obtenu des terres.
Des personnalités et des opérateurs économiques riches achètent également les meilleures terres agricoles et en « chassent » de fait les petits paysans pour qui c’était leur seul instrument de subsistance. Ou bien ils les transforment en travailleurs agricoles sous-payés. «Mais, mon père, je les paie 100.000 F par an » (même pas 10.000 F par mois !) me disait récemment, sans honte, dans mon bureau, une personnalité de Yako.
L’association SOS Sahel International s’en est émue lors de sa dernière assemblée générale et son président n’a pas caché qu’il n’est pas souhaitable qu’un ministre rachète des terres… qu’il ne convient pas que ce soit les membres du gouvernement qui rachètent les bonnes terres…

N’y a-t-il rien à faire ? Pas si sûr.
En Ouganda, le gouvernement avait vendu une partie d’une « réserve » à des sociétés indiennes pour y planter de la canne et construire une usine de sucre. Les populations qui avaient été interdites de prélever quoique ce soit dans cette réserve s’y sont opposées… et avec succès.
En Inde, l’industriel TATA n’a pu faire aboutir l’expulsion de dizaines de paysans pour obtenir le terrain industriel où produire sa « voiture pas chère ». Ils s’y sont opposés avec succès.
Priver un paysan de sa terre sans une contrepartie qui lui permette à long terme de faire subsister sa famille, c’est le condamner à la misère, lui et sa famille.

(Pour ces questions, voir aussi : « grain.org », « abcburkina.net » et « fr.news.yahoo.com/13/20081127 »…)
Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou) le 11-12-2008
jacqueslacourbf@yahoo.fr

publié exceptionnellement le mercredi 17 décembre 2008 dans le journal "Le Pays", rubrique "Droit dans les yeux".

vendredi 7 novembre 2008

Réaction au précédent "Droit dans les yeux"

A la rédaction du journal "Le Pays",

Voici une réaction reçue à la suite de la dernière publication de « droit dans les yeux »
Demandons à Dieu que cela nous donne du courage pour être toujours fidèles à l’information juste.
Avec mes salutations respectueuses
Jacques Lacour


Bonjour mon Père !

Je viens juste m’associer à votre constante action faite toute de courage et de foi, menée depuis aux côtés des sans voix. Je vous lis régulièrement et j’apprécie hautement vos écrits dénonciateurs simples de lecture et de compréhension mais tranchants comme une épée. Dans un contexte comme celui de notre pays, c’est peut dire que de dire que vous êtes un de ces guerriers dont le peuple a besoin.

Je vous ai lu aujourd’hui dans le « PAYS » sur la problématique des champs de nos dignitaires. Je vous tire mon chapeau et j’adhère pleinement à tout ce vous y évoquez. Indépendamment même de ce que vous dites il y a le mode d’acquisition de ces superficies, la taille démesurées des champs, la qualité des terrains occupés et surtout l’inévitable guerre interpersonnelles que ces expropriations vont susciter dans le futur ;

Mon père je viens vous relater des faits que je vis dans mon service et que j’ai déjà relatés au RENLAC. J’affirme que c’est ce qui se passe dans mon service ; Sans preuve par contre, je sais aussi que c’est ce qui se passe dans beaucoup d’autres services de l’administration publique notamment du secteur de la santé d’où je suis ; Ce sont des pratiques qui participent de la corruption et qu’il faut dénoncer avec fermeté.

En effet dans le service où je sers qui est une direction régionale de santé, tous les jours que Dieu fait, mon directeur est dans toutes les missions pour les PERDIEMS. Sur tous les ordres de missions il faut qu’il y’ait son nom. C’est devenu systématique ; Conséquence, il emmargera pour toutes les activités, même celles auxquelles il n’a pas participé. Un exemple pratique : prenons un jour quelconque ouvrable comme un lundi : ce jour le Service Administratif et Financier doit sortir dans les districts pour des contrôles, le directeur y est chef de mission sur l’ordre de mission; le Service de Lutte contre la Maladie doit former des agents le même jour, sur la liste des formateurs, le directeur est parmi ; le programme de vaccination doit aller en supervision toujours le même jour, monsieur est chef de mission. Lui-même pendant ce temps est à OUAGA pour autre chose. Ce que je dis c’est dans le même temps. Or justement il y a des agents compétents pour les mêmes activités qui sont assis dans les bureaux à ne rien faire sinon à se tourner les pouces.

L’autre stratégie est les doubles budgétisations : la même activité est financer par deux bailleurs différents qui l’ignorent, les mêmes pièces servent de justificatifs. Les réhabilitations de bâtiments, les réparations d’engin à deux, quatre roues sont les deals de monsieur et ses gestionnaires. Le carburant de fonctionnement, l’achat de fournitures sont autant de créneaux pour s’enrichir impunément. Le comble c’est qu’il y a des prétendus contrôleurs qui viennent et qui trouvent que tout est parfait.

Mon père, interpellez monsieur le premier ministre pour qu’il redouble d’efforts dans sa mission et ouvre l’œil urgemment sur certains services ; Interpellez le, sur l’absence chronique des responsables de santé (directeurs régionaux de santé, et médecins chefs de districts) qui passent 85% de leur temps dans des ateliers et autres rencontres sans véritable impact sur les indicateurs positifs. Vous alliez vomir si vous connaissiez la réalité dans ces structures de l’état, du moins dans la majorité des cas.

Je m’adresserais directement et personnellement à l’opinion nationale si je n’avais pas peur des représailles liées à mon statut de fonctionnaire subalterne.

Mon père ce sont des informations que je vous donne, faites en bon usage, quelque part vous rendrez service encore une fois de plus à des citoyens brimés dans le silence et l’ignorance sans défense aucune

Faites bien attention à vous ! Mais que DIEU vous garde. Un de vos lecteurs qui manque de courage !!!


Cette réaction a paru dans la rubrique "droit dans les yeux" du journal "Le Pays" du mardi 28 octobre 2008

jeudi 4 septembre 2008

Droit dans les yeux :

Que faisons nous de nos terres ?

Les terres agricoles ne sont pas extensibles à l’infini. Les mises en cultures nouvelles de ces 30 dernières années (voilà juste 30 ans que je suis revenu comme prêtre au Burkina), ont entamé très sérieusement le couvert forestier de tout le pays.

Si des zones spéciales n’avaient pas été protégées (forêts classées, réserves, etc.…) par un code forestier particulièrement répressif pour les populations rurales, je ne sais pas ce qu’il resterait de la savane arbustive et des forêts galeries. Avec une population qui a presque triplé ces 30 dernières années et des rendements agricoles qui ont peu progressé, c’est sans doute ces ouvertures massives de nouveaux champs qui ont permis de juguler les famines et de nourrir en grande partie les populations du pays.

Ce sont ces terres agricoles au Burkina qui produisent d’abord la nourriture des populations et qui doivent continuer à assurer cette production.

Mais voilà qu’aujourd’hui, dans le contexte que nous connaissons, il convient de veiller que le coton et le jatropha n’accaparent pas de nouvelles terres qui nous éloigneraient encore de notre souveraineté alimentaire au profit d’intérêts qui ne sont pas ceux des populations rurales, et sans doute pas ceux du pays à long terme.

Sous couvert de lutte contre la pauvreté, la Société AgroED s’implante au Burkina pour produire du jatropha « sur 500 hectares et du tournesol sur 50 hectares dès 2008…puis ce seront 3000 hectares de jatropha en 2009 et… 200.000 hectares à terme ».

Ces surfaces sont elles des déserts que la société AgroED va réhabiliter pour ces nouvelles cultures ? Sans doute pas. Ces cultures vont-elles se faire au détriment des cultures vivrières ? Très probablement.

Tant qu’il s’agissait de haies, ou de sols à réhabiliter, pas de problèmes ; mais aujourd’hui, dans le contexte mondial de pénurie alimentaire, il me paraît grave de laisser faire de tels projets sans vraiment mesurer tous les impacts de telles cultures d’ « agrocarburants » sur l’ensemble de l’économie du pays. Les paysans burkinabè vont-ils produire du carburant au détriment des cultures vivrières ?

Même si aujourd’hui « beaucoup de bailleurs s’intéressent à la culture du jatropha », qui garantira aux paysans un revenu décent et l’accès à la nourriture en cas de pénurie ?

Et croyez vous vraiment que les bailleurs si intéressés soient des « philanthropes » ? L’un des représentants de la société AgroED, Charles Millon, politicien au passé sulfureux rencontré à une conférence internationale à Ouaga fin 2007 me fait douter d’une telle « générosité ».

C’est la seule recherche du profit qui les motive. Ce serait bien étonnant que pour les paysans, ce soit « gagnant, gagnant » ou alors, il faut que l’on nous explique comment.

Sur ce même thème, je voudrais aussi que le directeur de la SOFITEX m’explique comment le coton ne vient pas en concurrence avec les cultures vivrières pour ce qui concerne les surfaces emblavées. Et que la concurrence cultures vivrières/coton serait un faux problème… Et pourtant cette vraie concurrence fait aujourd’hui problème.

Une culture plus raisonnée du coton que celle qui est faite aujourd’hui permettrait un « développement durable » et éviterait le risque de ruiner les sols. En effet, cultiver le coton sur les mêmes terres plusieurs années de suite appauvrit terriblement les terres, alors que des cultures diversifiées en rotation sur 4 ans permettraient de préserver les sols et garantirait au paysan sa nourriture.

Le problème de l’affectation des terres pour produire de la nourriture et nous permettre d’accéder à la souveraineté alimentaire est un problème extrêmement urgent qu’on ne peut laisser dans les seules mains des sociétés industrielles qui s’en servent pour tout autre chose.

Oui, que faisons nous de nos terres et qui en décide ?

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou) le 3 juillet 2008


jacqueslacourbf@yahoo.fr


(publié dans la version papier du journal "Le Pays", rubrique "Droit dans les yeux" du mardi 15 juillet 2008)


jeudi, 17 juillet 2008

Sans un secteur agricole fort, nous courrons à la ruine

Quotidien Le Pays n°4155 du 8/07/2008

DROIT DANS LES YEUX

Sans un secteur agricole fort, nous courrons à la ruine




Quand je lis la presse, ces jours ci, je me sens un peu découragé devant les mises en garde du Fonds monétaire international : dans les mois qui viennent, de très nombreux pays pauvres ne vont pas pouvoir faire face à leurs factures de nourriture et de pétrole et risquent de sombrer dans la violence s’ils ne parviennent pas à satisfaire les besoins en nourriture de leurs populations. Sur un fond de crise économique internationale grave, certains déjà sont nommés ou montrés du doigt : Somalie, Ethiopie, Pakistan, Zimbabwe…

Certains même parlent aujourd’hui de centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants menacés à court terme par la sous alimentation et la famine.

On oublie souvent en effet que toute crise grave et violente s’enracine d’abord (mais pas seulement) dans une crise économique, la chute des cours d’un produit essentiel des augmentations de prix insupportables,… Quand les populations craignent pour leur avenir immédiat, elles sont tentées par la violence. Et aujourd’hui, plus que jamais, les conditions économiques générales très précaires qui se dégradent de jour en jour peuvent engendrer des manifestations de violence qui nous étonnent parfois. La violence qui a surgi en Afrique du Sud n’est sans doute pas d’abord de la xénophobie, mais la violence des pauvres qui se sentent menacés dans leur survie.



En désorganisant la production agricole, Robert Mugabe a précipité son pays dans la violence et poussé les populations à l’exode. Autrefois grenier à blé de l’Afrique australe, le Zimbabwe ne nourrit plus ses enfants qui s’enfuient à l’étranger; plus de 3 millions de personnes ont quitté le pays ces dix dernières années.

Et ces réfugiés économiques sont évidemment perçus comme une menace pour les plus pauvres chez qui ils arrivent.

Mais ce qu’il est important de voir aussi, c’est que la ruine du secteur agricole a entraîné pour le Zimbabwe la ruine de toute son économie, je dis bien "toute" ! y compris les services et la monnaie…

Sans un secteur agricole fort dans le monde d’aujourd’hui un pays court à la ruine. En subventionnant leurs agriculteurs et leur production agricole, les Etats-Unis, l’Europe et le Japon ont garanti leur souveraineté alimentaire. Ils ont favorisé une agriculture productiviste très protégée qui a porté préjudice à beaucoup d’autres nations qui n’ont pas protégé et développé leur secteur agricole.

Du coup, le choc actuel des prix, effectif là bas aussi n’affecte pas leurs économies au même point que dans les pays pauvres qui n’ont pas mobilisé les moyens de soutenir leur agriculture parce qu’ils ont suivi les conseils de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international qui reconnaissent aujourd’hui leur avoir fait perdre 20 ans sur le chemin du développement en les encourageant à abandonner leurs agricultures.



Au Burkina aujourd’hui, les dirigeants semblent commencer à prendre la mesure du retard que nous avons accumulé en ne soutenant pas l’agriculture. Production céréalière de maïs, de mil et de sorgho production des plaines de riz production maraîchère de contre saison et commercialisation transformation de tous ces produits, voilà ce qu’il faut encourager autant et plus que le coton ou le jatropha. Production du haricot et sa conservation en bidons hermétiques de 20 litres voilà qui nous protègera de la famine. En réhabilitant et subventionnant éventuellement la réserve familiale, on pourra reconstituer des stocks nationaux qui nous tiendrons à l’abri de la disette et de l’aide alimentaire internationale qui vient souvent à contre temps. Achat à la production et stockage… Voilà ce qui sortira le Burkina du sous développement.

Si les greniers sont pleins, si les récoltes sont bonnes, le spectre de la violence s’éloignera. C’est l’un des éléments essentiels du prix de la paix.

Sans oublier bien sûr la formation et l’éducation pour chasser l’ignorance et le fatalisme: un pays où il y a 70% d’analphabètes dans les campagnes ne peut pas décoller économiquement jamais !

J’ai été émerveillé d’entendre que, pour la première fois dans son histoire, le Burkina permet aux paysans d’acquérir de l’engrais pour les cultures vivrières au même prix que pour la culture du coton. C’est un premier pas…

"Pourvu que ça dure !"



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou) 3 juillet 2008
jacqueslacourbf@yahoo.fr


vendredi, 11 juillet 2008

mercredi 3 septembre 2008

Dix questions pour les parlementaires européens

Droit dans les yeux :

Dix questions pour les parlementaires et membres de la Commission Européenne

Bonjour Père Jacques!

Je… vais rencontrer quelques parlementaires et des membres de la Commission Européenne (Développement- Gestion durable des ressources naturelles) les 7 et 8 mai prochains. Vous avez peut-être des questions ou interpellations que nous pourrions apporter dans ces entretiens : au sujet de l’agriculture, de l’eau ou des minerais, des agrocarburants, du marché du carbone, du transfert de technologie. Que pensez-vous du soutien de l’UE aux projets de ‘développement’ en Afrique de l’ouest ? Est-ce que les choix de l’UE répondent aux priorités des habitants ? Quelles sont les urgences des prochaines années, au Burkina, et dans les autres pays d’Afrique de l’ouest ?



Si vous avez des exemples concrets pour illustrer vos propos, ils sont bienvenus.



Mes questions sont volontairement un peu vastes pour ouvrir le champ des réflexions. Vos questions peuvent être pointues/précises.

Merci pour votre contribution. Je sais que votre charge est importante. Je sais aussi que ces entretiens sont importants car ils peuvent être les premiers d’une série si nous réussissons un bon contact ; et qu’à terme, cela pourra porter du fruit pour le quotidien des africains. C’est l’objectif.
A bientôt

(Les noms ont été supprimés)

Question 1 : l’aide détournée

Comment, quelles procédures envisagez vous pour qu’une aide arrive à celles et ceux à qui elle est destinée ?
Qu’elle ne se transforme pas en 4x4, séminaires avec per diem, bâtiments inutiles, fonctionnaires désoeuvrés, détournements par les autorités et administrations (déguisés ou pas) ?
En particulier l’aide destinée aux paysans et agriculteurs.
(Au Burkina, même les tracteurs donnés par l’Inde sont détournés au profit des barons du régime, puis le dossier est confié à la justice et enterré.)

Question 2 : l’agriculture familiale

Pourquoi avez-vous si longtemps méprisé l’agriculture familiale – avec la complicité des dirigeants africains --
Qui pourtant seule peut freiner l’exode rural, le grossissement des villes sous-équipées et l’émigration vers l’Europe
Qui seule peut permettre la souveraineté alimentaire (et l’auto suffisance alimentaire) ?
Qui seule peut permettre un réel décollage économique (transformation, distribution, mécanisation progressive, etc…)
Dans la crise alimentaire qui se prépare, renforcée par la spéculation – partie intégrante du système économique que vous prônez – que comptez vous faire pour l’aider à se développer ?

Question 3 : les produits africains d’exportation

Pourquoi avez-vous toujours encouragé de la part de l’Afrique les seules exportations de produits bruts sans valeur ajoutée, sans lui donner aucune chance réelle pour des produits transformés (sauf quand ils passent par les multinationales du Nord) ?

Question 4 : la libéralisation des services (et les privatisations)

Pourquoi, dans le cadre des APE, vouliez vous libéraliser les services ? Quels intérêts l’Europe défend elle dans ce contexte : le seul enrichissement des multinationales du Nord avec asservissement des services de l’eau, de l’énergie…, ou bien le « développement durable » de l’Afrique (qui puisse enfin décoller) ?

Question 5 : La « politique africaine » de l’Europe

L’Europe a-t-elle une préférence pour les « dirigeants durables et enrichis » ou pour les peuples d’Afrique ? La Françafrique et les réseaux (Bolloré, Roussin, Total, Bongo…) quels rôles jouent ils (leur capacité de lobbying et de corruption) pour déterminer les politiques européennes en matière de développement ?

Question 6 : A propos des APE

Dans le cadre des APE, les dirigeants européens eux-mêmes reconnaissent que les précédents accords (Lomé, Cotonou) ont failli ; des accords commerciaux asymétriques et la dimension développement en faisaient pourtant partie… Qu’en sera-t-il d’accords réciproques et sans définition d’une quelconque dimension développement ?
Souhaitez vous vraiment une catastrophe pour l’Afrique ?

Question 7 : à propos des OMD

Les OMD deviennent chaque jour de plus en plus un phantasme, une illusion, un effet d’annonce. Que comptez vous faire pour que la santé (prévention… paludisme, tuberculose et autres…) l’éducation (scolarisation massive…pour définitivement faire reculer l’ignorance) l’accès à l’eau et à la nourriture, les droits économiques et sociaux soient réellement mis en œuvre (sachant que ces questions n’intéressent les dirigeants locaux que dans la mesure où leur pouvoir s’en trouve menacé) ?

Question 8 : les agrocarburants

L’Europe voulait développer les agrocarburants et visait des terres en Afrique par l’intermédiaire de sociétés pas toujours « claires ». Où en est elle a présent ? Mesure t elle l’enjeu des conséquences de cette politique ?

Question 9 : les OGM

De grandes sociétés multinationales ont convaincu (comment ?) les dirigeants du Burkina d’hypothéquer le pays par le coton Bt (OGM). Etes vous prêts à faire le même effort pour nous aider à développer le « coton bio » ?

Question 10 : politique l’eau pour la « bande sahélienne »

Pour « sauver le Sahel », il s’agit d’abord d’y sauver les bas-fonds par de multiples retenues d’eau ? (fixer les populations, cultures de contre saison et promotion de l’élevage) Etes vous prêts à faire un effort en ce sens ?

Question subsidiaire (pas d’obligation d’y répondre) : motivations politiques

Aimez vous assez l’Afrique pour vouloir son développement propre ; ou est ce la peur de l’arrivée de la Chine et des US qui vous motive éventuellement aujourd’hui ?

Demande de pardon : Il m’a toujours été dit que j’aurais pu faire à peu près tous les métiers sauf diplomate ! Merci de pardonner mon langage trop direct mais d’y lire les questions de fond que j’essaie de soulever.

Koudougou, le 25-4-2008
Père Jacques LACOUR
jacqueslacourbf@yahoo.fr

article paru le 13 mai 2008
dans le Journal "Le Pays" (édition papier)
rubrique: droit dans les yeux
et repris sur lefaso.net, le même jour




mardi, 13 mai 2008

La pomme de terre se vend mal


Quotidien Le Pays n°4101 du 22/04/2008

Droit dans les yeux

La pomme de terre se vend mal

Une fois encore, on peut constater la carence incroyable de tout le système de distribution au Burkina Faso.

Le gouvernement qui ne fait rien pour la commercialisation des produits agricoles, sauf à inaugurer des petites foires à grand renfort de 4x4 qui seraient bien utilement remplacés dans ce cas par des camions.

Qui fait si peu pour désenclaver les zones de production par des pistes correctement entretenues et qui fait tant pour désenclaver Ouaga 2000 par un échangeur aussi coûteux qu’inutile dans un pays où les gens ont faim.

Qui ne fait rien pour stopper le racket des hommes en uniforme sur les transporteurs (sauf des réunions internationales qui coûtent fort cher et n’aboutissent à rien qu’à quelques résolutions que personne ne veut appliquer)

Qui ne fait rien pour encourager les transports et les échanges internes de produits agricoles : détaxation du gas oil, subventions aux récoltes, marchés accessibles et connus où les produits seraient disponibles auprès des consommateurs… (Il a toujours été très difficile au Burkina de savoir où se procurer du riz du Sourou ou de Bagré !)

Qui croit qu’il n’a rien à faire dans ce domaine parce que le FMI et la Banque mondiale lui ont dit stupidement de se désengager du secteur (ils commencent d’ailleurs à le regretter). Quand il n’y a rien, il est évident que l’Etat doit suppléer, encourager, inciter, montrer l’exemple : à quoi sert une administration bien climatisée qui n’a plus rien à faire ?

A quoi sert un ministre qui dit sans cesse : "Ce n’est pas le travail de l’Etat" ? Il faudrait en choisir un autre qui ait au moins envie de "faire" quelque chose !

Une autre difficulté vient également des commerçants et des transporteurs du Faso, et pas seulement de ceux de Ouahigouya, comme certaines voix auraient stupidement tendance à le faire croire. A Koudougou, la pomme de terre manque et se vend 400 F le kilo! J'aimerais qu'on m'explique.... Si la filière transport n’est pas rentable, si les charges sont trop lourdes, si les taxes sont trop élevées, il faut s’asseoir et inventer des solutions. Si les transporteurs ont trop de tracasseries, qu’on le dise et qu’on cherche des solutions. Mais qu’on cesse de s‘accuser sans fin : la faute n’est pas toujours à l’autre.

Une des solutions serait évidemment que l'Etat, au lieu de se désengager de l'agriculture (comme le lui ont demandé FMI et Banque mondiale), s'y réengage, mais pas comme prédateur des filières, comme il est souvent tenté de le faire à travers des fonctionnaires payés pour leur emploi et qui se font payer une deuxième fois pour le même temps de travail pour accompagner les paysans dans le cadre de projets non étatiques.

Une des solutions serait que l’Etat prenne des initiatives pour créer dans les grandes villes du pays, des marchés, de vrais marchés, non pour y racketter les commerçants, mais pour y permettre l’approvisionnement des villes (genre Rungis à Paris). Où en effet peut-on être sûr de trouver un lieu à Ouaga où se trouvent en vente les produits de l’agriculture du pays : mil et maïs, puis tomates et haricots verts, puis pommes de terre… ? Où ?

Mais tout le monde a peur de ces lieux efficaces et transparents, car ce sont trop souvent aussi des lieux perçus comme des traquenards par les commerçants. Comment changer cela ?

Une des solutions serait que l’Etat soutienne très fort son agriculture, la production et la commercialisation -- comme n'ont cessé d'ailleurs de le faire les Etats-Unis et l’Union Européenne – Ce sont eux qui sont aux commandes du FMI et de la Banque mondiale qui n’ont jamais visé que la destruction des agricultures du Sud. Ils commencent aujourd’hui à le regretter avec la famine qui se profile car ils en sont directement responsables – avec la complicité des dirigeants africains, qui, au passage, s’en sont mis plein les poches, fêtant, à intervalles réguliers, leurs ixièmes milliards, dans un pays avant-dernier de l’Indice de développement humain.

Faites comme je vous dis, ne faites pas comme je fais… et nos dirigeants ont aveuglément suivi ces consignes qui nous conduisent aujourd’hui directement à la famine. Il faudrait chercher à savoir quels intérêts ils y ont trouvés pour eux-mêmes, car l’intérêt pour le pays aura été nul. Il est temps de se ressaisir, de tout concentrer aujourd’hui sur la politique agricole : de demander aux Japonais de surseoir à la construction du 2e échangeur de Ouagadougou, pour faire des investissements agricoles (Ils comprendront qu’on est dans l’urgence); de détaxer et même subventionner massivement les engrais pour relancer notre production nationale de céréales (et vite, pour les semailles qui viennent); de rendre les tracteurs détournés aux groupements paysans à qui ils étaient destinés; de rendre aux paysans les terres que les opérateurs économiques ont réservées dans les plaines aménagées et dont ils n’ont rien fait, sinon asservir leurs frères en esclaves agricoles.

De changer les directeurs de grands projets qui ont déjà notoirement montré leur incapacité à rendre viables et compétitives les immenses plaines aménagées comme celle du Sourou;

De définir une loi foncière qui attribue la terre à ceux qui la travaillent, sans aliénation possible.

Alors, oui, si l’Etat s’implique vraiment très fort -- et c’est son travail – peut- être la pomme de terre sera bien distribuée et chacun au Burkina pourra en manger, peut-être notre agriculture nourrira entièrement notre peuple pour le bien de tous,

peut-être notre agriculture sera le socle économique sur lequel d’autres activités enfin pourront s’épanouir, encouragées et non étouffées par un Etat qui aurait enfin pris la mesure de sa mission.


Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)
jacqueslacourbf@yahoo.fr


mercredi, 23 avril 2008

Monsanto démasqué

Le Pays n° 4091 du 08/04/2008

Droit dans les yeux

Monsanto démasqué

C’est grâce à une journaliste d’investigation très courageuse que nous avons maintenant un dossier sérieux sur la firme Monsanto, leader mondial des OGM.

Elle s’appelle Marie Monique Robin.

Grâce à elle, une enquête portée à l’écran sur la chaîne de télévision européenne Arte le mardi 11 mars 2008 (21h), et un livre : "Le monde selon Monsanto ; de la dioxine aux OGM : une multinationale qui vous veut du bien" (Editions de la découverte) nous dessinent le portrait de ce géant de l’agrochimie, inventeur de quelques-uns des pires polluants de la planète.

Avec 17.500 salariés, un chiffre d’affaire de 7,5 milliards de dollars en 2006, un bénéfice de 1 milliard de dollars, une implantation dans 46 pays, Monsanto représente le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle.

Que lui reproche-t-on ?

On lui reproche de cacher la toxicité de ses produits

Dès 1935, Monsanto fabrique un liquide réfrigérant pour transformateurs électriques (les PCB ou pyralène, en français). Dès 1937, Monsanto savait que ce produit présentait un grave danger pour ses clients et pour ses ouvriers, mais il n’a rien dit et n’a rien fait pour protéger utilisateurs et ouvriers jusqu'en 1977 où ce produit fut définitivement interdit.

Le roundup, désherbant très utilisé par beaucoup de jardiniers dans le monde se révèle être cancérigène ("Nous nous sommes rendu compte que le roundup affectait un point clé de la division des cellules ; c’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer" professeur Bellé)

L’Aspartame, utilisé à la place du sucre (en cas de diabète ou pour d’autres raisons), est une molécule potentiellement cancérigène qui donnerait notamment des tumeurs au cerveau.

Monsanto a produit les pires produits qui ont empoisonné notre planète et ruiné notre santé. Outre le pyralène dont nous venons de parler, il a produit l’"agent orange" utilisé pendant la guerre du Vietnam comme défoliant et qui a provoqué quantité de malformations congénitales sur la génération suivante. Il produit la "dioxine" à l’origine, par exemple, de la catastrophe de Soveso en 1976 en Italie.

On lui reproche une publicité mensongère particulièrement agressive :

Le roundup a été longtemps vanté comme "biodégradable et bon pour l’environnement" ; quand il s’est révélé cancérigène et dangereux pour l’environnement, la firme fut condamnée aux Etats-Unis et en France pour publicité mensongère, mais le mal était déjà fait ! Et pourtant, dit la justice française, l’industriel savait "préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique" (= dangereux pour l’environnement).

Pour obtenir les résultats d’une étude sur le maïs Mon863 qui a servi de nourriture à des rats, le gouvernement allemand a dû aller en justice, car Monsanto ne voulait pas fournir de documents, au motif qu’ils relevaient du secret commercial.

Or nous savons que Monsanto a l’habitude de cacher délibérément au public l’éventuelle toxicité de ses produits.

Aujourd’hui, leader mondial des OGM, Monsanto refuse de faire des études de toxicité sur ses semences OGM, car dit-il, "en vertu du principe d’équivalence en substance" (= un plant transgénique est "à peu près" identique à un plant non modifié), ces expériences et études sont inutiles !

Cette réglementation, adoptée aux Etats-Unis sous la pression de Monsanto ne fait pas l’unanimité : "Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon de très nombreux experts de l’agence de sécurité américaine pour la nourriture et les médicaments (FDA), ils conduisent à des risques différents."

Mais Monsanto, l’administration américaine et le gouvernement américain ont partie tellement liée que toute contestation devient impossible.

En effet, il s’avère que depuis plus de vingt ans, de nombreux cadres passent de la Maison blanche, du Congrès, des agences environnementales, de l’OMC, vers Monsanto et vice-versa. Du coup Monsanto a de solides alliances ! (Même chose avec les revues scientifiques, les laboratoires et les universités…)

On reproche aussi à Monsanto d’avoir tout fait pour faire taire les critiques à son égard :

Et Marie Monique Robin donne de multiples exemples : le Dr Burroughs fut licencié de la FDA pour avoir alerté sur les risques de l’hormone de croissance bovine (encore une invention de Monsanto !) "C’était pourtant ma mission", dit le docteur.

Le biochimiste Pusztai a vu sa carrière ruinée pour avoir dit à la BBC après une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé : "Il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes", et pourtant, dit-il, "moi le premier, j’étais un ardent supporter de la biotechnologie".

Enfin, le biologiste Ignacio Chapela a été victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir révélé la dissémination de maïs transgénique dans le maïs traditionnel mexicain, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

Tous les OGM qui sont aujourd’hui cultivés n’ont jamais été testés de manière rigoureuse. Tous les scientifiques indépendants qui ont essayé de la faire, ont finalement perdu leur travail, ou ont été salis.

On reproche à Monsanto d’avoir "breveté le vivant", d’avoir fait changer la loi aux Etats-Unis pour protéger "sa" propriété intellectuelle sur les gènes du vivant, ce qui n’était pas possible il y a 15 ans.

En Argentine, par exemple, la loi n’autorise toujours pas les brevets sur le vivant, la compagnie avait donc dû renoncer à des "royalties" (= des revenus à ne rien faire, une rente) sur les OGM… Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins !

Aux Etats-Unis même, et au Canada, Monsanto poursuit devant les tribunaux les agriculteurs qui utilisent les semences Monsanto ou les réutilisent sans payer. Monsanto a mis en place pour cela de nombreux systèmes de délation et de détectives et un numéro de téléphone gratuit. "Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. C’est impossible de se défendre contre cette firme."

On reproche à Monsanto de faire perdre aux paysans leur indépendance par rapport aux semences. En effet, les paysans qui cultivent des OGM sont obligés de signer un contrat qui leur interdit de garder une partie de leur récolte pour la re-semer, comme c’est pourtant l’usage depuis l’avènement de l’agriculture, il y a 10 000 ans. Il devient également illégal pour des paysans d’échanger des semences entre eux.

On reproche à Monsanto de pratiquer la corruption pour conquérir de nouveaux marchés. C’est évidemment toujours très difficile à vérifier, mais pourtant, récemment, Monsanto a été condamné pour corruption en Indonésie : l’un de ses représentants sur place avait acheté une centaine d’officiels indonésiens pour mettre sur leur marché le coton BT, un coton transgénique. (Celui-là même que nous adoptons au Burkina).

J’essaie de résumer tant bien que mal ce livre, fruit d’une enquête exceptionnelle de trois ans sur trois continents : en le lisant vous-même, vous découvrirez vous aussi la genèse d’un empire industriel qui, à grands renforts de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et de tentatives de corruption, est devenu l’un des premiers semenciers de la planète.

Avec Monsanto, c’est la programmation de la mort, à court terme, de la diversité biologique et de l’agriculture biologique à cause du problème de la contamination par pollennisation : un document secret de la Communauté européenne souligne que les cultures de maïs transgéniques entraîneront la disparition du maïs biologique.

Cette émission et ce livre arrivent un peu tard pour nous les Burkinabè, même si ces documents ont ouvert nos yeux sur les méthodes, le cynisme et les objectifs de cette multinationale.

En effet, "le 19 février 2008, M. Maxime Somé, ministre délégué chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a annoncé le démarrage de la culture industrielle du coton BT cette année suite au consensus trouvé entre la firme Monsanto et la "partie burkinabè" sur la fixation des prix de la semence et le partage des royalties" (Observateur paalga du 21/2/2008)

Les détails de ce « consensus » n’ont évidemment pas été publiés. Mieux vaut sans doute que les paysans et les générations à venir ignorent à quel prix et au profit de qui ont été vendus leur dépendance et leur malheur prochain.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



lundi, 7 avril 2008

Les paysans africains cultiveront ils le carburant ?


Droit dans les yeux :

Les paysans africains cultiveront ils le carburant ?

Venus de 35 pays, ils étaient 370 experts, savants, investisseurs, grandes entreprises, décideurs, politiques, ONG… à se poser cette question. Réunis dans la grande salle de Ouaga 2000 du 27 au 29 novembre 2007, ils avaient tout prévu, sauf l’essentiel : inviter les paysans qui, forcément, seront les premiers concernés par ces nouvelles cultures.

Bien sûr, ont-ils dit, il ne faut pas que l’Afrique manque le rendez vous des « bio carburants », on devrait plutôt dire des « agro carburants » puisque c’est l’agriculture qui va les produire. Et d’ailleurs, de nombreuses expériences sont déjà en route depuis que le prix du pétrole a monté, depuis que l’on a compris qu’un jour, le pétrole va finir, surtout à la vitesse qu’on le consomme et qu’on le gaspille dans les pays riches… Et si l’Inde et la Chine s’y mettent, alors, ça va durer encore moins longtemps !

Le Burkina Faso pense déjà sérieusement à transformer les graines de coton en huile-carburant ou en éthanol pour ajouter à l’essence. Cela allègerait la facture pétrolière et éviterait d’exporter des graines brutes, sans plus value.

De petits projets (Boni, Kombissiri) s’intéressent au Jatropha (la pourghère) qui fournit, par pressage, une huile qu’on peut mettre (presque) directement dans les moteurs diesel anciens… et ça marche !

Le Sénégal pense à remplacer la culture de l’arachide par celle du tournesol, dont l’huile est très bonne pour faire tourner les moteurs.

Beaucoup de pays ont ainsi beaucoup de projets, poussés en cela par des investisseurs extérieurs qui espèrent faire de grands profits sur cette production nouvelle.

Mais voilà, il ne faudrait pas que ces projets viennent détruire nos agricultures et menacer notre souveraineté alimentaire.

Il pourrait être dangereux de se lancer dans l’aventure de produire le carburant des riches en oubliant de produire la nourriture des pauvres.

Surtout que les terres ne sont pas « élastiques ». Depuis 30 ans, à cause de l’augmentation de la population, les terres mises en cultures pour la nourriture ont été multipliées par 2,5, d’après une étude faite au Mali. D’ici 10-15 ans, il faudra encore les multiplier par 2, si toutefois les agricultures africaines n’arrivent pas à augmenter les rendements.

Alors « restons vigilants » !

Il faudrait bien veiller aussi à ce que, pour cette production, les terres restent la propriété des paysans, même si ce sont de grandes sociétés qui viennent avec leurs projets, un peu comme on fait aujourd’hui avec le coton au Burkina. La Sofitex ne possède pas les terres et ne peut les saisir… Ce système évite de voler les terres des paysans, évite l’exode rural massif, évite les conflits sociaux.

Il faut veiller aussi à ce que cette production nouvelle profite d’abord à ceux qui produisent et ne soit pas destinée à l’exportation. Qu’elle permette d’alléger la facture du pétrole à nos états, qu’elle permette l’accès pour tous à l’énergie. En particulier par des projets de plateformes multifonctionnelles alimentées par des groupes électrogènes tournant avec de l’huile produite sur place comme cela se fait déjà au Mali avec un certain succès… mais pas sans problèmes.

Et les problèmes sont quand même assez nombreux dans cette filière nouvelle de production d’agrocarburants. Certains disent : « C’est en faisant qu’on apprendra », mais il faut faire attention de ne pas faire porter les risques aux seuls paysans... Pour le Jatropha, par exemple, les termites peuvent le terrasser facilement…on sait comment il pousse en haies, mais pas comment il se comporte en plantation… quelle presse faut il utiliser pour avoir un bon rendement… etc.

Sur le continent africain, le soleil est généreux et la terre produit abondamment plantes, herbes et arbres : tout cela pourra produire un jour du carburant ; souhaitons que ce don du ciel puisse être mis en valeur, et le plus vite possible… D’abord avec les plantes qui donnent de l’huile, carburant direct des moteurs, puis avec les plantes qui donnent du sucre, pour fabriquer de l’éthanol qu’on ajoute à l’essence, enfin avec tout le reste qui, un jour, sera transformé en énergie. Et tout cela pourra se faire, si et seulement si, en plus de tous les acteurs présents à la conférence internationale, les paysans sont vraiment mis dans le coup et qu’ils y trouvent un intérêt légitime…et si cela ne les empêche pas de produire d’abord de quoi manger !

Père Jacques Lacour

jacqueslacourbf@yahoo.fr

Rédigé à Koudougou, le 4 décembre 2007

Publié par « Le Pays » (Droit dans les yeux) le 22 janvier 2007



mardi, 22 janvier 2008

Reprise d'un article publié au début de la saison des pluies

Droit dans les yeux

Quand revient la saison des pluies….

Lorsque revient la saison des pluies, lorsque revient la saison des cultures, je ne peux m’empêcher de penser à toutes celles et tous ceux qui vont travailler très fort pendant quatre mois ou plus dans les champs, peinant sous la chaleur lourde et humide du soleil, écrasés parfois par la lourdeur de la tâche disproportionnée pour leur âge ou pour leur force. Je pense à toutes ces femmes qui vont travailler seize (16) heures par jour, alliant travaux des champs et travaux de la maison. Bienheureuses les familles où, rompant avec certaines traditions, le travail y est mieux partagé.

Je pense à tous ces pauvres qui, malgré leur appartenance à une société de cultures, ne bénéficieront pas de l’entraide de leur société, car, quand vient leur tour, ils n’ont pas les moyens de nourrir leur société de cultures et faire les cadeaux coutumiers… Pour une poignée de mil, ils sont condamnés à laisser leur tour à un plus riche qui lui, pourra assumer cette charge. Je pense à tous les "garibous" qui travaillent du lever au coucher du soleil dans le champ de leurs maîtres pour juste un peu de nourriture et une satiété de fatigue. Je pense à tous ces ouvriers agricoles qui n’appartiennent pas au "Burkina légal", mais au Burkina informel et qui vont travailler dur pour 300 F par jour, parce qu’ils n’ont pas d’alternatives et doivent gagner leur nourriture au jour le jour.

Je pense à tous les gens de condition servile de qui il va être tant exigé en cette saison… sans contrepartie. Je pense aussi à toutes les familles unies qui savent partager le travail, chacune selon sa force et son talent pour le bonheur de tous. Je pense à tous ceux-là, parce que j’habite en ville et que, sans eux, demain, je ne pourrais pas manger.

Seigneur, donne-nous la pluie !

Père Jacques LACOUR
jacqueslacourbf@yahoo.fr
(Dieulouard, le 16/6/2007)

Le Pays du 26 juin 2007

lundi, 19 novembre 2007

Campagne agricole 2007


La campagne agricole 2007-2008 serait excédentaire http://ramses1.blog4ever.com/blog/lirarticle-66434-514006.html

Ce 7 novembre 2007, lors d’une conférence de presse, le ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques a affirmé que la campagne agricole 2007-2008 serait excédentaire de plus de 700 mille tonnes.

Pour lui, la saison pluvieuse a été équilibrée sur l’ensemble du territoire alors il n’y a pas de quoi s’inquiéter d’une probable famine. Pourtant nombreux sont les paysans qui témoignent de la mauvaise saison pluviométrique et agricole. Ils ont à peine récolté de quoi nourrir leur famille pendant deux bonnes semaines.

Il y a quelques années de cela, le gouvernement avait assuré les Burkinabé et la communauté internationale que les récoltes avaient été excédentaires et qu’il n’y aurait pas de famine au Burkina. Puis la réalité a été tout autre. La ''famine'' a bien ravagé les populations, pire, des indélicats ont détourné les aides destinées à cette population.

Ramata SORE



Article ajouté le 8-11-2007

Commentaires

Père Jacques LACOUR site : http://fr.360.yahoo.com/jacqueslacourbf | le 2007-11-08 à 12:08:01
Depuis des années (depuis que l'Etat refuse d'intervenir), l'indicateur le plus fiable au Burkina pour savoir si la récolte est bonne ou non, c'est le prix du sac de maïs sur les marchés (dans la mesure où il n'existe aucun facteur de régulation): s'il s'effondre en octobre/novembre, c'est que la récolte est excédentaire; s'il se maintient, ou pire, augmente, cela signifie que la récolte est déficitaire... et qu'il continuera à monter. Je suis étonné que l'on attende le résultat de toutes ces nombreuses études pour réagir et prévenir éventuellement les drames qui se profilent... Tous nos dirigeants qui ont fait le choix du "néo-libéralisme" économique et qui laissent faire les marchés... devraient être plus attentifs aux indicateurs de ces marchés pour anticiper leur politique et cette année, le prix du sac de maïs a tendance à monter!

(Mon collègue, Maurice Oudet, me corrige en me disant que, si l’écart de production entre les régions est grand, et si on y ajoute les besoins des villes de Ouaga et Bobo, c’est une opportunité excellente pour les commerçants qui peuvent spéculer sans frein, puisque l’Etat n’intervient plus… mais cela ne confirme pas forcément un tel excédent)


dimanche, 11 novembre 2007

Les Eglises s'engagent contre les A.P.E... en Afrique de l'Est

Dar es Salaam, Tanzanie, 23 - 25 avril 2007

Nous, les chefs, représentants et membres des sept Conseils des églises de l'Afrique méridionale et orientale et de l'église catholique à travers l'Association de Membres des Conférences épiscopales d'Afrique orientale (AMECEA), se réunissant à Dar es Salaam, Tanzanie, du 23 au 25 avril 2007, pour délibérer et discuter sur les accords de partenariat économique (APE) entre l'union européenne et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique:

Affirmons et soutenons la protection des vies, le respect des droits humains et la dignité humaine des personnes dans nos pays. Toute politique économique, y compris politique de commerce international devrait être en premier lieu orientée vers un développement durable et une croissance équitable, qui profitent au peuple (ou bénéfiques pour le peuple).

Nous souscrivons aux principes suivants :

le commerce international doit être au service du peuple et non du seul profit
le commerce international doit être juste et équitable
le commerce international ne doit pas être accablant

La bible demande à toutes les personnes et aux institutions d'agir avec justice. Michée : 6:8. Nous croyons donc, que le système multilatéral de commerce et les institutions impliquées dans les négociations actuelles des APE devraient adhérer à la justice, tenant compte de son impact sur les citoyens, en particulier sur les pauvres.

Après avoir étudié et analysé les négociations actuelles des APE nous en venons à la conclusion qu'elles ne sont pas conformes à nos principes. Au contraire, les APE sont une menace pour le bien-être de nos peuples et pour notre développement économique.Alors que nous apprécions les objectifs de développement de l'accord de partenariat de Cotonou, nous sommes conscients que dans les actuelles négociations l'union européenne et nos gouvernements ont perdu de vue ces objectifs.

Au lieu de cela, les APE se sont avérés être des accords de libre-échange, qui auront un impact nuisible sur notre agriculture et notre sécurité alimentaire, sur les industries naissantes ainsi que sur les ressources naturelles. En outre, ils mèneront à une perte des recettes fiscales qui sont actuellement obtenues sur les marchandises importées.

Les APE ignorent les initiatives régionales d'intégration de l'union africaine et à terme elles les fragiliseront.

Finalement, les APE contredisent dans beaucoup de cas les objectifs et les politiques de développement national.

Alors que l'accord de Cotonou avait préservé la participation de tous les intéressés, les négociations des APE n'ont pas pris en considération les voix et les intérêts des personnes affectées.

Nous invitons nos gouvernements et l'union européenne à considérer les options suivantes :

L'espace politique et la souveraineté nationale :
Si les APE sont mis en application dans leur état actuel, ils limiteront la capacité de nos gouvernements de poursuivre leurs propres stratégies de développement. Les négociations des APE devraient donc s'aligner sur des processus démocratiques nationaux tels que la ratification parlementaire.

Alternatives :
Nous invitons nos gouvernements et l'union européenne à considérer des solutions de rechange aux APE telles qu'indiquées dans l'accord de Cotonou. Ces alternatives ne devraient pas être accablantes, mais au contraire elles devraient être justes et servir le peuple.

Inclusion:
Les négociations actuelles ont inclus surtout les négociateurs des gouvernements et la Commission européenne excluant d'autres intéressés cruciaux tels que les citoyens et leurs représentants aux parlements. Pour que les APE soient légitimes, nous lançons un appel à l'inclusion de tous les intéressés dans le processus de négociation.

Plus de temps :
La date-limite pour conclure les négociations des APE est le 31 décembre 2007. Cependant, le peuple de nos pays n'a pas l'information ni la compréhension suffisantes pour entériner cette décision. Nous consignons, donc, que plus de temps est nécessaire et nous demandons un report de la date-limite des négociations. Ceci donnerait à nos gouvernements l'occasion de lancer une évaluation participative d'impact et d'inclure le développement et des jalons dans les négociations.

En affirmant notre rôle pour nous assurer que nos gouvernements adhèrent aux engagements et aux responsabilités pour le bien-être de leurs citoyens, nous nous engageons nous-mêmes et nous sommes prêts à soutenir nos gouvernements dans la recherche d'options appropriées qui seront centrées sur les valeurs humaines et qui stimuleront le développement durable.

Nous invitons les ministres et les parlementaires des ACP et de l'UE, lorsqu'ils se rencontreront, à tenir compte de nos soucis et de nos principes .

Nous, églises et conjointement à d'autres organisations de la société civile, nous nous engageons à travailler plus activement sur cette question au niveau régional et africain.

Dar es Salaam, 25 avril 2007

Les organismes suivants ont participé à la réunion :
Conférence des églises d'Afrique (AACC)
Association des membres des conférences épiscopales d'Afrique orientale (AMECEA)
Construction du Réseau de la Communauté d'Afrique orientale (BEACON)
Justice économique catholique (CEJ)
Le Conseil chrétien du Mozambique (CCM)
Le Conseil chrétien de la Tanzanie (le TDC)
Le Conseil chrétien de la Zambie (CCZ)
Professionnels chrétiens de la Tanzanie (CPT)
Le Réseau pour la Justice Economique (EJN) de Fellowship of Christian Councils of Churches in Southern Africa (FOCCISA)
Le service oecuménique pour la transformation socio-économique (ESSET)
Fellowship of Christian Councils and Churches in the Great Lakes and the Horn of Africa (FECCLAHA)
Kenya Episcopal Conference (KEC)
Malawi Council of Churches (MCC)
Missionaries of Africa (MAFR)
National Council of Churches of Kenya (NCCK)
Tanzania Ecumenical Dialogue Group (TEDG)
The Journey
Uganda Episcopal Conference (UEC)
Uganda Joint Christian Council (UJCC)
Ecumenical partners: Bread for the World Church Development Service (EED)
Christian Aid
CCO Norwegian Church Aid



dimanche, 27 mai 2007 -