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jeudi 15 décembre 2011

FERMETURE DE L’AMBASSADE DES PAYS-BAS : Le Burkina perdra plus de 2,6 milliards par an

FERMETURE DE L’AMBASSADE DES PAYS-BAS : Le Burkina perdra plus de 2,6 milliards par an

jeudi 15 décembre 2011


Dans bientôt un an, le Royaume des Pays-Bas fermera son ambassade et sa coopération au Burkina Faso. Pourtant, ce pays est l’un des gros soutiens financiers du Burkina Faso. Chaque année, plus de 2,6 milliards de francs CF sont injectés au Burkina. La moitié va à l’appui budgétaire direct ; l’autre moitié est destinée au financement de programmes de développement et aux organisations de la société civile. C’est donc une manne importante que le Burkina Faso perdra du fait de la mal gouvernance. Le nouveau gouvernement d’extrême droite a décidé d’inscrire le Burkina parmi les pays où il n’estime plus opportun de continuer à gaspiller l’argent du contribuable néerlandais.

Du coup, en plus de l’Etat burkinabè, les organisations de la société civile risquent d’en pâtir. Les efforts tant promis par le gouvernement ne semblent pas s’être traduits dans les faits par des actes concrets suffisants pour convaincre les Pays-Bas de la bonne foi du gouvernement burkinabè. Mais les gouvernants et les citoyens ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes. On ne peut pas en vouloir à un pays sérieux de ne pas vouloir financer les détournements et la corruption. Les diplomates et les citoyens néerlandais qui vivent au Burkina voient chaque année comment certains bonzes de la République s’enrichissent illicitement et impunément.

R. G

Le Reporter


lu sur le faso.net: http://www.lefaso.net/spip.php?article45399

samedi 22 novembre 2008

Synthèse des travaux de la troisième semaine sociale du Burkina


J'ai eu beaucoup de bonheur à être le rapporteur général de ce temps fort de la vie de l'église du Burkina.Un formidable espace d'expression et si tout ne peut figurer dans ces quelques lignes, elles disent un peu quelque chose de cette rencontre.


Synthèse des travaux
De la troisième semaine sociale du Burkina


Au terme de cette rencontre de quatre jours, les 170 personnes venues participer à la 3° semaine sociale du Burkina rendent grâces à Dieu pour le nouvel élan que cette rencontre va leur donner.

Les participants représentaient les 13 diocèses du Burkina, de nombreuses congrégations et institutions religieuses ainsi que d’autres confessions religieuses et de nombreux services d’Etat. Deux évêques du Niger nous ont honorés de leur présence.

Musulmans et Evangéliques ont participé aux travaux et ont apporté leurs contributions à ce thème qui réunit tous les croyants : Lutter contre la corruption. Lutter contre la pauvreté.
« Ne cédez pas à la corruption sur la terre ; Dieu n’accueille pas l’illicite… » nous a dit notre frère musulman.
« Vous êtes le sel de la terre… », la réception de l’Evangile transforme les cœurs. Nous a témoigné notre frère évangélique.

Ce temps fort a permis en effet à tous les participants d’étudier, de travailler et de faire des propositions sur le thème de :
« Corruption et lutte contre la pauvreté au Burkina Faso
Contribution de l’Eglise Catholique ».

La corruption est un phénomène généralisé qui participe à l’appauvrissement économique et moral de nombreuses nations dans le monde, le Burkina n’est pas épargné et il était important d’en faire l’état des lieux et de proposer des pistes d’action pour ce sujet délicat, mais pas tabou.

Tous les pays du monde sont aux prises avec la pauvreté, d’une manière ou d’une autre et à des degrés divers, mais le Burkina l’est de façon toute spéciale et son récent classement 176°/177 par le PNUD interpelle fortement.

Sept conférences, deux panels et trois ateliers ont permis à tous les participants de mieux comprendre ces deux phénomènes, de poser les questions qui les préoccupent, de proposer des pistes de travail et de formuler des recommandations.
La visite d’un chantier de concassage de cailloux par des femmes à Pissy leur a révélé la précarité sanitaire et la dureté de ce métier qui rapporte peu. Les travailleurs pauvres sont légion au pays et mériteraient une réglementation protectrice.

A la séance d’ouverture, Monseigneur Thomas KABORE les a invités à « se laisser guider dans leurs travaux par l’Evangile… Ce monde de justice et de Paix que nous appelons de tous nos vœux, c’est un don de Dieu à demander, et pour lequel il nous faut aussi nous engager »




La corruption :

Les définitions de la corruption n’ont pas manqué, mais on retiendra ici surtout ses effets dévastateurs :

Elle crée des problèmes économiques et financiers, détruit le tissu social et solidaire, pervertit le système éducatif, discrédite l’autorité publique, sape les fondements de la société et peut mener jusqu’aux guerres civiles,
Elle engendre partout le soupçon,
Elle nie les droits de l’Homme et écrase les plus faibles
Elle affaiblit les institutions et fragilise la démocratie, elle confond bien public et bien privé
Elle fait croire que le succès vient des pots de vin et du favoritisme plus que de l’effort et du travail, elle décourage les meilleurs, elle inverse l’échelle des valeurs
Elle invente les paradis fiscaux, la fraude en tous genres. Elle recycle l’argent du crime.
Elle fait perdre 148 milliards de dollars à l’Afrique chaque année.

Dans une société qui exacerbe les désirs à des fins mercantiles,
Où la recherche de l’argent devient la seule valeur et le seul but
Dans une civilisation du clinquant et des apparences

Au Burkina, elle atteint tous les domaines : santé, éducation, transports et circulation routière, marchés publics, domaine foncier, justice, pièces administratives, douanes, impôts, détournements des moyens et matériels de l’Etat… On la trouve partout, même dans l’église…

Les témoignages d’un petit commerçant affronté à un contrôle fiscal disproportionné, d’un entrepreneur à qui on tarde à remettre son avis de réception des travaux, d’un religieux donnant une ramette de papier dans un bureau, d’un marché perdu pour refus de fausses factures, les sollicitations à un avocat… Tous ces témoignages ont interpellés très fort.

Ses causes sont nombreuses :
bas salaires, valeurs perdues (honnêteté, justice, tolérance, respect de la vie…), ignorance et « déficit d’éducation », disfonctionnements administratifs, impunité, coût social de l’intégrité, frustrations nées de l’écart riches/pauvres, « âpreté au gain » et recherche du profit à tout prix, gros risques à « dénoncer », les modèles importés d’ailleurs, l’influence des mass médias …


Du côté de l’Etat burkinabè, une récente étude montre l’étendue de la corruption et formule des recommandations validées à Ouahigouya en février 2008.
De très nombreuses structures sont mises en place, dont la dernière est l’Autorité Supérieure du Contrôle de l’Etat. Elles suscitent espérance, indifférence ou scepticisme…
La justice semble immobile (trop liée aux instructions ministérielles, aux soucis de carrière et aux collusions avec le milieu d’affaires… trop politisée…trop inefficace…) Elle ne se saisit pas, elle ne fait pas d’enquêtes.

Pourtant une stratégie peut être mise en place pour combattre la corruption
que seul peut mener un « peuple debout »:
= Etre persuadé que la corruption n’est pas une « fatalité ». (D’autres – comme le RENLAC – sont depuis longtemps dans cette lutte) ;
= Mobiliser à tous les niveaux, se regrouper pour être forts et vaincre la peur ;
= Nommer des hommes intègres aux postes importants (pour la « bonne gouvernance ») ;
= Refuser les gestes de corruption les plus simples (« qui vole un œuf vole un bœuf ») ;
= Instaurer partout la transparence financière et la culture du compte rendu et du contrôle. La culture du « secret » est à convertir ;
= Faire toute leur place aux femmes (« Il est internationalement reconnu que les femmes sont moins corrompues et tolèrent moins la corruption que les hommes ») ;
= Initier à l’éthique économique et politique ;
= Retrouver les valeurs africaines : partage, joie, solidarité…la solidarité n’est pas corruptible ;
= Promouvoir les « valeurs citoyennes ». Redevenir fiers d’être honnêtes ;
= Former des êtres spirituels, habités de convictions fortes, capables de ce combat ;
= Donner une formation morale et civique, l’apprentissage du service gratuit,… (Ecole, Familles, Paroisses) ;


La pauvreté

Comment la définir ?
Longtemps perçue comme le seul manque d’argent, on comprend mieux aujourd’hui la fragilité et la précarité du pauvre dans tous les domaines : accès à l’éducation, à la santé, à la justice ; incapacité à agir sur les conditions qui les écrasent, exclusion et ségrégation sociale de fait par l’argent (quartiers bourgeois)…
Le pauvre vit au jour le jour, il lui est impossible de se relever sans l’aide d’autrui.
Pour lutter contre la pauvreté, c’est tout cela qu’il faut « guérir ».

Dans un monde dominé par le libéralisme, la concurrence, la bagarre pour les choses devenues rares, l’appropriation, l’accumulation et l’augmentation des profits, il n’y a pas de place pour le pauvre.
La domination de l’argent dans les relations fait naître les violences.

Au Burkina, en 2003, 46% de la population vit avec moins de 80.000 Fcfa par an.
Mais le pauvre n’a pas perdu sa dignité dans les communautés villageoises ou urbaines.
Rechercher avec lui le bien être humain plus que l’accumulation seule des biens

Attention à ne pas considérer que toute activité contribue à la « lutte contre la pauvreté »,
comme on l’entend dire si souvent aujourd’hui.

Eradiquer la pauvreté exige :
= Un développement endogène.
= Le développement des activités génératrices de revenus.
= Des emplois pour les jeunes.
= La bonne gouvernance. Une volonté et un engagement de l’Etat. (Que l’Etat cesse de se désengager de tout).
= La lutte contre la corruption.
= Une école de qualité pour tous, pour chasser l’ignorance (éviter de « faire du chiffre » avec des maîtres mal formés et peu motivés)
= Des politiques agricoles qui assurent aux paysans un revenu digne et des productions qui assurent au pays la souveraineté alimentaire.
= L’implication des pauvres dans les programmes à eux destinés.
= Une plus grande ardeur au travail, une plus grande créativité et moins de parasitisme
= d’éviter les aides qui rendent dépendants.
= des revenus décents, une éducation à la bonne gestion et l’apprentissage de la prévoyance.


Conclusion

Toute cette semaine a été pour tous les participants une interpellation, un engagement citoyen, un engagement de foi. Ils ont cherché ensemble le regard du Christ sur les réalités du monde et particulièrement du Burkina d’aujourd’hui.



Ils ont reçu pour mission d’annoncer une vision du monde, de dénoncer les mécanismes injustes, de rappeler sans cesse la dimension spirituelle de l’Homme, d’évangéliser l’économie et la politique, de féconder la société par la solidarité.

Il s’agit aussi de proposer des alternatives :
Quitter la seule accumulation des richesses pour « être plus »,
Résister à la seule valeur de l’argent qui s’impose partout,
Combattre les structures oppressives,
Donner place à Dieu au cœur de nos actions humaines.

En retournant dans leurs milieux, dans toutes les structures où ils vont travailler,
ils construiront un réseau de gens qui pourront projeter la lumière sur toutes les formes de corruption.
Dans les paroisses et les familles, à travers la pastorale familiale, ils enseigneront, vivront et feront vivre les valeurs chrétiennes.
Dans l’enseignement, ils éduqueront au civisme.

Chacun, habité par l’Esprit de l’Evangile s’engagera là où il est par une multitude de petits actes quotidiens à construire un monde de droiture, d’honnêteté et de confiance.

Et, comme nous y invitait au début de cette session le mot reçu du pape :
« Corruption et pauvreté sont des drames dans le contexte actuel des crises alimentaires et économiques. Travaillons pour une société plus juste et plus solidaire où chacun pourra vivre dans la dignité »

merci

Ouagadougou, le 20-11-2008
Les participants à la Semaine Sociale du Burkina



Et n’oubliez pas que : (paroles du Père Maugenest, sj.)

« Nous baignons tous dans la corruption » ;
Un progrès moral est il possible ? Peut on faire disparaître la corruption ? Non.
Etre des semeurs de bon grain plus que des arracheurs d’ivraie.
Essayer de penser spirituellement la corruption
Plutôt que lutter moralement contre la corruption.
Nous sommes précaires, corruptibles, voués à la mort.
Mais habités du désir d’incorruptibilité.
Ce qui est voué à la mort disparaîtra.
Vivre alors plus fort la quête de l’Esprit qui fait vivre
Qui conduira le vivant à l’incorruptibilité.
Il s’agit d’un combat spirituel, pas seulement un combat moral.
Nous sommes capables d’incorruptibilité : c’est l’œuvre de Dieu en nous.
Qui passe par la Croix.

La vie sociale est risquée ; chacun sera jugé sur ses actes.
Que chacun y fasse sa vie selon l’Esprit (conversion), selon l’appel de Dieu.
Qu’est ce que l’Esprit m’inspire de faire aujourd’hui ? ou d’éviter ?


.

mardi 14 octobre 2008

Droit dans les yeux: Et si l’on reparlait de la peur.

Droit dans les yeux

(Corruption au Burkina)

Et si l’on reparlait de la peur.

Elle surgit dans l’actualité de nos rencontres, elle surgit dans l’actualité de la presse. Elle est présente partout, j’en ai déjà parlé dans cette rubrique il y a un an et demi. Je voudrais y revenir aujourd’hui à propos d’une rencontre et à propos d’un article de journal.



Je voudrais d’abord rendre hommage à cette dame de l’Action Sociale qui m’a confié, en sortant d’une réunion où on avait évoqué les prétendues « mangeuses d’âmes » : « Mon Père, moi aussi, j’ai peur ; pourtant je sais que ce que vous dites est vrai, mais j’ai peur. » Alors, j’ai essayé de lui expliquer tranquillement, posément : Ne craignez pas, madame, cette peur qui monte en vous. C’est une peur qui vient de plus loin que vous, c’est une peur que vous a enseignée votre culture, c’est une peur que vous ont enseignée les anciens… mais, CE N’EST PAS VOTRE PEUR. Apprenez à prendre de la distance avec cette peur, à bien voir que ce n’est pas la vôtre, mais celle de votre milieu. Votre foi, votre confiance en Dieu vous y aidera aussi – Dieu ne nous veut pas du côté de la peur. Sans doute il en restera toujours un peu quelque chose, mais petit à petit, elle s’atténuera et ne vous empêchera plus d’agir ; elle ne vous paralysera plus.

Et j’ai partagé avec elle ma petite expérience : j’ai moi-même mis longtemps à comprendre que la « peur des chiens » et la « peur d’entrer dans l’eau » n’étaient pas mes peurs à moi, mais les peurs de ma mère liées à son expérience et qu’elle m’a transmises inconsciemment. Ainsi peu à peu, j’ai pu me libérer de ces peurs là… et même s’il en reste quelque chose, cela ne m’empêche plus de vivre, même quand je passe à côté d’un chien, ou que je suis entouré d’eau.



Autre aspect de la peur évoqué cette fois dans la presse : Un récent « droit de réponse » du directeur de la communication du ministère de la Justice (L’Observateur 7232 du lundi 6-10-2008 p.11) m’a interpellé, je cite : « Le ministère de la Justice était jusque là convaincu que les enquêteurs du RENLAC n’étaient pas des citoyens « lambda » ayant PEUR DES EVENTUELLES REPRESAILLES, mais des activistes résolument engagés pour la lutte contre la corruption… ».

Ce directeur, dont je ne connais pas le nom, aborde là une vraie question du militantisme dans notre pays (mais pas seulement dans notre pays), que ce militantisme relève des domaines politiques, syndicaux, associatifs, journalistiques ou autres… Et tout particulièrement dans la lutte contre la corruption qui, si elle ne se limite pas à dénoncer les petits rackets dans lesquels ne sont pas impliquées les hiérarchies, est extrêmement dangereuse et souvent assortie de menaces de mort ou de vives représailles : en effet, quelque soit le domaine touché, les intérêts en jeu deviennent souvent très importants, bien plus même que ce que peuvent imaginer les citoyens « lambda ». Sans devenir paranoïaque (maladie des gens qui ont peur de tout), il faut user d’une grande prudence pour aborder ces sujets et je tiens à rendre hommage aux gens du RENLAC qui osent évoquer ces questions à temps et à contre-temps, en espérant que toutes ces choses connues seront sanctionnées, quand interviendra le bon vouloir des autorités ou que seront imposées les exigences du millenium challenge (la lutte contre la corruption conditionne le versement des fonds ; c’est sans doute pour cela qu’on en parle beaucoup aujourd’hui : mais en parler n’est pas encore lutter)

Pour ce qui est de la justice, les « preuves de corruption » n’existent pas : seules peuvent exister les dénonciations qui se retournent habituellement contre leurs auteurs (dénonciation calomnieuse, diffamation : vous connaissez tous l’arsenal répressif mieux que moi). Mais comme le dit Maître Guy Hervé Kam, avec la naïve simplicité du citoyen lambda, « il est constant qu’en regardant bien dans le sens de nos tribunaux, l’on peut être sûr de voir des décisions qui heurtent tellement le simple bon sens, que seule la corruption peut les avoir inspirées. » Parole d’un homme de loi !

Dans les autres domaines, ils sont nombreux ceux qui ont jeté l’éponge dans la lutte contre la corruption, tant la pression et les menaces de représailles sont fortes : distribution des médicaments de rues, attribution des marchés, exécution des travaux, détournements, faux en écriture, abus de biens sociaux, prise d’intérêts illégaux, commissions indues à tous les niveaux. A ce propos, il serait bon que les services des impôts viennent nous dire que le terme « villas de l’impunité » est inapproprié lorsque les contrôles fiscaux auront montré clairement que tout cet argent a bien été gagné par les propriétaires à la sueur de leurs fronts… et cela ferait taire les rumeurs. Mais l’inspecteur des impôts qui se lancerait dans cette opération risquerait gros !

Oui, c’est un domaine où l’on peut avoir peur.

Elles sont déjà très nombreuses les affaires « connues », « sorties dans le domaine public », étalées devant les citoyens lambda », comme l’affaire des tracteurs indiens dénoncée à Dori lors de la journée du paysan, l’affaire du dédouanement des grosses cylindrées, l’affaire du DG de la douane… Tant que la justice ne s’affairera pas à les faire aboutir autrement qu’à travers des non-lieu ou des sanctions bidon, il sera difficile de nous faire croire que l’on peut apporter de nouveaux plats à digérer !
Et puis, question de vie ou de mort pour ceux qui ont le courage de dénoncer, de s’attaquer aux vraies affaires, à la vraie corruption d’en haut (pas la petite d’en bas) les journalistes du Burkina ont déjà payé leur part !
Et rien ne dit qu’il ne faudrait plus avoir peur.

Père Jacques LACOUR
jacqueslacourbf@yahoo.fr
(Koudougou, le 9-10-2008)

Paru dans le Quotidien Le Pays n°4222 du mardi 14 octobre 2008 (rubrique « Droit dans les yeux ») http://www.lepays.bf/quotidien/spip.php?article27

jeudi 4 septembre 2008

"Y’en a marre des fausses factures !"

Quotidien Le Pays n°4179 du 12/08/2008

Droit dans les yeux

CORRUPTION

"Y’en a marre des fausses factures !"




Hier encore, quand j’ai demandé un reçu au pompiste, il m’a dit : "Combien, quelle somme dois-je écrire ?" Ce qui est indiqué à la pompe, lui ai-je répondu. Il répliqua alors : "Ah bon, ce n’est pas tout le monde comme vous ! "

Ainsi donc, les fausses factures (donc les "faux en écriture" selon le droit) semblent s’être infiltrées partout.

Comment aujourd’hui peut on croire quelqu’un qui vient avec une facture pour un remboursement ? A moins de bien connaître le fournisseur, ce n’est pratiquement plus possible aujourd’hui.

Des fausses factures sont délivrées pour intégrer de nombreux frais autres que la marchandise ou le service fournis : transports, annexes, commissions, ristournes, pourboires, etc. D’autres sont délivrées pour carrément tromper un service ou une ONG et pratiquer ainsi un véritable détournement. Enfin, certaines sont complètement fictives (mais plus risquées) et celles là peuvent contribuer à constituer des patrimoines; parmi celles-ci, il y a les projets financés deux fois auprès de deux partenaires ou services différents qui ne se connaissent pas.

Les fausses factures se pratiquent à petite et à grande échelle, mais on peut dire qu’elles ont tendance à se multiplier dangereusement, et à envahir un peu tous les domaines de l’activité économique. Y compris les faux devis ou les devis surfacturés dans les travaux publics.

Il faut savoir que le « faux en écriture » est punissable par la loi, même s’il s’agit d’un simple changement de date. Un autre pompiste m’a dit : « Nous, on laisse la date libre ; quand notre client a besoin de sa facture, il la date lui-même »

Mais surtout, la généralisation des fausses factures est une banalisation du vol, du mensonge et de la tricherie. Comment alors conseiller nos enfants dans ces domaines si nous-mêmes nous acceptons d’être "faux" dans la vie courante ?

Un ami postier à qui je confiais ce souci m’a répondu : « Mais tu sais, mon père, ceux qui ne le font pas sont rares, car alors, on ne peut pas devenir riche. » Je lui ai répondu : "Mais est ce que le but de la vie, c’est de devenir riche ? N’est ce pas plutôt fonder une famille heureuse, avoir un métier qu’on aime, vivre dans la paix ?"

Pour terminer cet article, je voudrais vous proposer une histoire fictive, juste pour réfléchir:

Un fonctionnaire a pris un jour en flagrant délit un commerçant qui avait commis une grave infraction. Le fonctionnaire établit la contravention qui s’élevait –selon les textes en vigueur – à 600 millions de francs CFA. Quelques heures plus tard, ce fonctionnaire reçut de son ministre un appel téléphonique : "Veuillez réduire la contravention à 300 millions." Le fonctionnaire essaya de se défendre et osa dire au ministre : "Mais comment allez vous faire pour nous payer ?" Le ministre lui répondit : "Ce n’est pas ton problème". Le fonctionnaire établit donc une contravention de 300 millions.

Qu’auriez vous fait à sa place ?

Je rappelle que cette histoire est fictive, même si certains peuvent se reconnaître dans une autre histoire qui pourrait y ressembler.

Je souhaite beaucoup de courage à Monsieur Tertius Zongo dans le combat qu’il a commencé pour assainir la vie publique au Burkina (félicitations, entre autres, pour l’affaire du non dédouanement des voitures de grosses cylindrées). Mais j’aimerais bien qu’il nous donne des conseils pratiques, à nous humbles citoyens témoins de tant de choses. Car dans les cas dont nous sommes témoins, comme dans la plupart des cas de "faux" en écriture, une dénonciation risque fort de se retourner contre celui qui a dénoncé : "diffamation, dénonciations calomnieuses, et autres…" Parfois les faits –avérés-- sont difficiles à prouver car ils relèvent souvent de l’oralité, mais surtout, les truands et les puissants ont, en général, de meilleurs avocats que les braves gens.

Père Jacques LACOUR
BP 332 Koudougou

jacqueslacourbf@yahoo.fr

La pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité

Message des Evêques du Burkina Faso : La pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité

lundi 16 juin 2008.

Du 2 au 6 juin 2008 s’est tenue au Centre National Cardinal Paul Zoungrana (CNCPZ), la troisième Assemblée Plénière de l’année pastorale 2007-2008 de la Conférence Episcopale du Burkina-Niger. A cette occasion les Evêques du Burkina Faso, après avoir examiné la situation nationale, ont tenu à livrer le message suivant aux fils et filles de l’Eglise-Famille de Dieu et aux hommes de bonne volonté au Burkina Faso.

1. Depuis le début de l’année 2008, le peuple Burkinabè vit des moments difficiles du fait de la hausse généralisée des prix des produits de grande consommation. Ce phénomène appelé « vie chère » a provoqué dans notre pays, des manifestations de protestations, des marches et des grèves qui ont quelquefois dégénéré en destruction de biens publics et privés. Tout en comprenant la légitime colère et le désarroi des populations qui souffrent de la faim, les évêques désapprouvent tous les actes de violences et de destruction de biens publics et privés qui ne font que saper les efforts individuels et collectifs pour construire ce Bien Commun qui nous est cher à tous.

2. S’agissant de la vie chère ou de la crise alimentaire, nous constatons que le phénomène touche tous les pays du monde, mais avec beaucoup plus d’acuité les pays en développement du fait du déséquilibre dans les règles du commerce international, de la flambée des prix des produits pétroliers, de la spéculation sur le marché international des céréales, de la dégradation de l’environnement sans occulter les limites des politiques agricoles à l’échelon national et international.

3. S’il est vrai que les populations des pays en développement dont le Burkina souffrent de cette crise économique et alimentaire, il faut reconnaître que beaucoup de facteurs qui en sont à la base, échappent à la maîtrise des gouvernants et exigent de tous un changement radical de mentalité et de comportement. Autrement il est à craindre que cet état de choses ne perdure et n’aboutisse à une situation encore plus catastrophique. Dans le contexte actuel de notre pays, nous ne pouvons pas invoquer seulement les aléas climatiques et la rudesse de la nature pour justifier notre pauvreté et l’insécurité alimentaire qui nous frappent. Nous pensons que certains facteurs humains contribuent à aggraver cette situation. Nous sommes tous interpellés par :
la corruption qui gagne du terrain ;
le manque de conscience professionnelle ;
la mainmise d’une minorité sur les richesses nationales ;
l’intérêt individuel ou de groupe au détriment du Bien Commun
.

4. A la suite du Pape Benoît XVI dans son message au sommet de la FAO à Rome, le 3 juin 2008, nous affirmons que « la faim et la malnutrition ne sont pas une fatalité… » pour les populations du Burkina Faso. C’est pourquoi, nous saluons les mesures qui ont été prises par le gouvernement dans l’urgence pour atténuer la souffrance des populations, et les efforts de dialogue et de concertation déjà visibles entre les acteurs publics et privés afin de trouver des solutions durables à cette crise. Nous apprécions l’effort de l’Organisation Catholique pour le Développement et la Solidarité (OCADES Caritas Burkina) pour venir en aide aux plus démunis. Nous encourageons le Consortium CRS – OCADES CARITAS Burkina pour leur action concertée. Avec l’aide de partenaires (La Nonciature Apostolique au Burkina Faso, les Conférences Episcopales de pays amis, l’USAID, le PAM, l’UNICEF, etc….), ils ont pu contribuer un tant soit peu à secourir les populations les plus vulnérables. N’oublions pas les paroles du Seigneur : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

5. Nous, vos Evêques, réprouvons et condamnons tout comportement, individuel ou collectif, de commerçants, d’opérateurs économiques et de toute administration publique ou privée tendant à tirer partie de cette crise et à exploiter la misère des plus pauvres à des fins d’enrichissements illicites. Nous exprimons notre solidarité à l’égard de toutes les victimes de la faim et de la malnutrition et nous nous engageons à leur côté pour défendre le droit fondamental de toute personne humaine à une alimentation saine et suffisante, condition indispensable pour la reconnaissance de sa dignité.

6. Face aux Phénomènes de la vie chère, nous n’avons pas de solution miracle à proposer. Toutefois, le Burkina Faso étant essentiellement un pays agricole, nous invitons les pouvoirs publics à rester à l’écoute des organisations de producteurs et d’être attentifs à leurs préoccupations, en vue de prendre les mesures courageuses et appropriées pour l’atteinte de l’autosuffisance et de la souveraineté alimentaires. En outre, nous convions tous les fils et filles de l’Eglise-Famille de Dieu, d’une part à redoubler d’effort au travail et à faire prévaloir l’esprit de solidarité et d’entraide mutuelle en toutes circonstances et particulièrement dans ces moments difficiles, et d’autre part, à revoir leurs habitudes alimentaires afin d’accorder plus d’importance à la consommation de ce que nous produisons. Tous, nous sommes appelés à développer des comportements responsables face aux multiples sollicitations de la société de consommation. Le vrai développement d’une société ou d’un individu ne consiste pas à tout posséder, ni à consommer tout ce qu’on lui propose sur la place du marché. Chacun de nous devra développer davantage en ces moments difficiles, des comportements responsables d’économie et de retenue, et faire la promotion des systèmes sociaux justes et solidaires.

7. Enfin, en ce début de saison hivernale, les évêques saluent tous les paysans qui sont au champ et invoquent l’abondance des bénédictions divines sur eux, sur leur travail et sur la saison pluvieuse elle-même, afin que leur dur labeur porte beaucoup de fruits pour le bien de tous.

Fait à Ouagadougou, le 06 juin 2008

Vos pasteurs, les pères évêques de l’église-famille du Burkina Faso

(j’ai volontairement simplifié la signature; et c'est moi qui ai souligné certaines phrases du texte)


mardi, 17 juin 2008