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vendredi 9 septembre 2011

Superbe chanson de Keny Arkana, rapeuse marseillaise

Keny Arkana

Paroles Victoria

Moi c'est Victoria, née il y a 14 printemps
Dans un village près de Salta dans lequel je vivais avant
Cela fait maintenant, plus de 10 ans,
Qu'avec papa et maman
Mes frères et mes soeurs
On a quitté nos champs.
On est venu s'entasser dans une de ces cabanes, à l'entrée de la ville
C'est papa qui l'a construite, mais elle n'est pas finie
Je n'ai que des vagues souvenirs du village
Maman pleure quand elle m'en parle car elle n'aime pas la vie ici
Des étrangers ont brûlé nos maisons pour nous voler nos terres
Papa s'énerve moi je comprends pas, il parle d'agro-alimentaire
Il dit que les politiques sont des prédateurs qui sèment la peur
Et qu'ils ont un estomac à la place du cœur
Ici pas de travail, aucune prière ne s'exauce
Après les cours avec ma sœur on va vendre des bracelets deux pesos
Et malgré tous ces efforts, demeurent ces jours sans repas
La nuit maman pleure, la nuit maman ne dort pas


Refrain :

No llores hija mia (ne pleure pas, ma fille)
Yo, no perdì las esperansas (moi, je n'ai pas perdu l'espoir)
Des los bandidos dictadores (des bandits dictateurs)
Jamàs podràn destruir la lucha de los peublos (jamais ils ne pouront detruire la lute des peuples)
que no pueden olvidar a sus desaparecidos.(qui ne peuvent pas oublier leurs disparus)


Mon voisin m'a dit pendant la dictature c'était plus dur
Alors j'vais pas me plaindre même si ici y a pas de futur
Moi j'aime bien les études, on m'a dit c'est bien mais inutile
Ici beaucoup ont arrêté avant même de savoir écrire
Dans mon jardin secret, j'cultive le rêve d'être médecin,
Soigner tous ces enfants malades, qui ne mangent pas à leur faim.
J'comprends pas dans la ville j'vois bien tous ces petits faire la manche,
Devant le mépris de ceux qu'on appelle les gens bien.
J'm'interroge, ne voient-ils pas la misère ?
Il nous écrasent pour bénir l'homme venu de l'autre hémisphère.
Papa dit qu'on est traités comme des chiens
Dieu merci j'ai ma famille, plus loin y a des orphelins qui vivent dans les décharges.
Des fois je pleure en cachette,
Mais pas longtemps car j'pense à mes aînées qui ont connu le chant des mitraillettes.
Et puis grand-mère disait toujours, la vie c'est l'espoir,
Si t'en as plus, t'es comme mort, et vivre relève de l'exploit

(Refrain)

Papa est à bout, il a frôlé la folie,
Quand un matin il a appris
Que la banque lui avait volé ses économies
Impuissant, tout le monde était affolé
Il était pas le seul, c'est la nation entière qui s'était fait voler.
Depuis ce jour, avec beaucoup de gens de la ville
Ils bloquent les routes, pour bloquer l'économie du pays
C'est leur façon de se faire entendre
Mais moi j'ai peur quand il s'en va, y'en a qui revienne pas, la police est violente,
Ils les appellent Piqueteros
Et les journaux sont des menteurs
Ils disent que c'est des bandits après il y a des gens qui ont peur
Papa dit, ils peuvent tuer des hommes, mais ils ne tueront pas la mémoire
Les mères des disparus chantent toujours contre l'oubli
On vit le fruit d'une démocratie ratée,
Dans un pays si riche tant d'enfants ont dans le ventre qu'une tasse de Mate.
Parce qu'on est dirigés par la mafia du crime,
Moi j'comprends pas et quand j'demande pourquoi
on m'répond toujours « parce qu'on est en Argentine »

mardi 13 janvier 2009

Droit dans les yeux : Le prix de vente du riz local, Un enjeu de société au Burkina

Droit dans les yeux :

Le prix de vente du riz local,
Un enjeu de société au Burkina



Il a beaucoup été question ces derniers temps du prix du riz local au Burkina. Et beaucoup de voix se sont élevées pour dire qu’il est trop cher, pour demander qu’il soit encadré, ou pour proposer des prix non rémunérateurs pour les producteurs.


Il y a d’abord un enjeu d’information ; et on a laissé parfois dire des choses horribles sur la qualité des différents riz. L’ensemble des médias et des services d’état n’a pas su montrer la différence qu’il y a entre du « vieux riz » (destiné même parfois à la consommation animale en Thaïlande) et du « bon riz » de nos plaines irriguées. On ne nous dit même pas qu’au niveau de l’état, il y a un débat pour savoir si oui ou non il faut interdire d’importation le riz de plus de 10 ans d’âge. Des voix s’y refusent en disant : « mais cela va fâcher nos donateurs ! ». Il faudrait éviter de se moquer de nos populations et des consommateurs. Quelle qualité propose t on au consommateur ?

« Le bon riz » de Thaïlande récemment récolté se vend à Ouaga à 700 F le kg, le « mauvais riz » à 400 F le kilo. Le riz étuvé du Sourou de cette récolte 2008 commence à se vendre à 340/360 F le kilo. Il faut comparer ce qui est comparable : Qui osera dire qu’il est « trop cher » aujourd’hui ?

Il y a un enjeu de cohésion sociale. Il serait trop facile d’opposer les producteurs (des champs) et les consommateurs (des villes). Et de s’accuser les uns les autres. C’est inutile et mauvais de créer de telles divisions. L’Etat a toujours rêvé de nourrir les villes « pas cher » à n’importe quel prix, même en sacrifiant ses agriculteurs. L’augmentation très forte des prix de la nourriture dans le monde doit aujourd’hui lui faire revoir ses stratégies. Si hier, les importateurs de riz ont cassé notre agriculture avec la complicité des politiques pour satisfaire les consommateurs peu regardants des villes, c’est sur notre agriculture qu’il faut désormais compter pour nourrir les villes ; mais cela n’est pas expliqué aux consommateurs que l’on cherche très malhonnêtement à opposer aux producteurs. Ne pas augmenter les salaires et vouloir faire baisser tous les prix n’est pas la solution.


NE PAS FAVORISER UN EXODE DE LA MISERE


Un troisième enjeu est celui d’une agriculture familiale viable. Voulons nous un vrai revenu pour les paysans ? Qu’au-delà des coûts de production, ils puissent trouver dans leur travail un revenu décent pour leurs familles (scolarité, santé,…) En un mot, qu’ils puissent vivre bien à la campagne et que cela puisse freiner l’exode rural. Le revenu paysan doit aussi leur permettre d’investir dans leur terre, leur outil de travail et les outils dont ils ont besoin. En l’absence de crédit pour les agriculteurs de notre pays, que leurs revenus au moins leur permettent d’investir. Les producteurs, à cause de tout cela et après de nombreuses années de souffrance, proposent 170/175 F le kg de riz paddy, sachant que dans les grandes plaines, les coûts de production s’élèvent à 95/110 F par kilo. Ils savent qu’à ce prix, ils pourront continuer à travailler. Ils peuvent le céder à leurs femmes pour étuvage à 150 F le kg, mais ça reste alors une affaire familiale.


Aujourd’hui, les commerçants proposent 140F le kilo ; seuls les producteurs mal organisés et ne disposant pas de crédits (Il y en a hélas trop) sont contraints de le vendre à ce prix ; mais « ce n’est pas arrivé ! ». La SONAGESS, sans doute pas pressée d’acheter le riz local proposait encore récemment 115 F le kg ! (Le riz pluvial peut à la rigueur s’acheter à ce prix, pas le riz des plaines).


Dans une récente déclaration, le chef de l’Etat a manifesté son choix que les villes se développent à un rythme plus rapide. Qu’il fallait même favoriser l’exode rural. Mais ce serait une grave erreur que d’encourager un exode de la misère qui n’amènerait dans les villes appauvries par les crises que des jeunes vendant des cartes de téléphone aux carrefours pendant que des femmes, parfois bien vieilles, concassent des cailloux aux portes de ces mêmes villes. A des villes qui ne peuvent encore loger leurs enfants ni leur fournir de travail et encore moins peut être demain les nourrir, il faut préférer aujourd’hui des campagnes qui, par une surproduction agricole bien gérée, créeraient de la richesse et pourraient fournir à tous la nourriture qui convient. Un prix de vente du riz local bien rémunérateur pour le producteur donnera peut être au Burkina une clé pour son décollage économique.


Deux bonnes nouvelles :


1) Le prix du sac de maïs qui était de 6.000 F à la récolte (un prix lamentable pour le producteur) serait passé à un prix plus « raisonnable » : 10.000/11.000 F : C’est bien, les paysans seront encouragés à produire.


2) Je viens de lire un appel d’offres pour l’électrification de la vallée du Sourou. Enfin ! Bon, de l’appel d’offres à la réalisation, il y a encore un long chemin, mais c’est le bon chemin. A quand un médecin ?



Koudougou, le 8 janvier 2008
Père Jacques Lacour
jacqueslacourbf@yahoo.fr


article paru le mardi 13 janvier 2009 dans la rubrique "Droit dans les yeux" du Journal "Le pays"