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jeudi 17 décembre 2009

L'agrobusiness a contribué à la crise du climat et a massacré les paysans du monde

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Discours d’Henry Saragih,
Coordinateur Général de la Via Campesina.
Ouverture du Klimaforum, Copenhague, le 7 Décembre 2009.



Pourquoi nous avons quitté nos fermes pour venir à Copenhague

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Pourquoi est-ce si important pour nous de venir de si loin ? Il y a un certain nombre de raisons à cela. D’abord, nous voulons vous dire que ce changement climatique a déjà de sérieux impacts sur nous. Cela cause des inondations, des sécheresses, et l’éruption de maladies qui toutes causent des gros problèmes à nos récoltes. Je tiens à souligner que les paysans ne sont pas à l’origine de ces problèmes. Au contraire, ce sont les pollueurs à l’origine des émissions qui détruisent les cycles naturels. C’est pourquoi nous, les petits producteurs, nous sommes venus ici pour dire que nous ne payerons pas pour leurs erreurs. Et nous demandons à ceux qui sont à l’origine des émissions de faire face à leurs responsabilités.

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Si nous voulons vraiment nous attaquer à la crise du changement climatique, la seule solution est de stopper l’agriculture industrielle. L’agrobusiness n’a pas seulement contribué largement à la crise du climat, elle a aussi massacré les paysans du monde. Des millions de paysans et paysannes partout dans le monde, ont été expulsés de leurs terres. Des millions d’autres subissent des violences chaque année à causes de conflits fonciers en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Ce sont des paysans et paysannes et des gens sans terre qui composent la majorité des plus d’1 milliard de personnes affamées dans le monde. Et à cause de la libéralisation du commerce, de nombreux petits producteurs se suicident en Asie du Sud. Par conséquent, en finir avec l’agriculture commerciale est notre seule issue.

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lire l'intégralité du discours ici.

mercredi 29 avril 2009

Des "études" ruineuses et inutiles

Droit dans les yeux :

Agriculture, pauvreté et OGM…



Dans un pays où 80% de la population vit en milieu rural et vit directement ou indirectement de l’agriculture, j’ai envie de crier à l’escroquerie quand on parle d’une nouvelle enquête sur la pauvreté qui va, parait-il, coûter 2,5 milliards de francs… Les enquêtes ont été faites : la pauvreté a été analysée, décortiquée, mise en statistiques, décrite, inventoriée dans le « cadre stratégique de lutte contre la pauvreté », belle étude descriptive s’il en est ! Mais toujours, il y a une obstination têtue à refuser l’évidence. Si l’on veut lutter contre la pauvreté, il faut lutter contre ses causes, et surtout ses causes en milieu rural.

Juste après avoir quitté le pouvoir, Jacques Chirac disait : « L'autosuffisance alimentaire est le premier des défis à relever pour les pays en développement. Des outils existent. Nous savons tous ce qu'il faut faire : infrastructures rurales, stockage, irrigation, transport, financement des récoltes, organisation des marchés, micro crédit, etc.

L'agriculture vivrière doit être réhabilitée. Elle doit être encouragée. Elle doit être protégée, n'ayons pas peur des mots, contre une concurrence débridée des produits d'importation qui déstabilisent l'économie de ces pays et découragent les producteurs locaux.

…..Il faut miser sur les hommes, sur les producteurs locaux, qui doivent percevoir la juste rémunération de leurs efforts. Les échanges doivent obéir à des règles équitables, respectant à la fois le consommateur et le producteur. La libre circulation des produits ne peut pas se faire au détriment des producteurs les plus fragiles. »


Nous savons tous ce qu’il faut faire : alors pourquoi ne le faisons nous pas ? Pourquoi, les PTF, les donateurs, les bailleurs de fonds n’insistent ils pas sur ces actions élémentaires que réclament la CPF depuis toujours ? Pourquoi Monsieur Amos Tincani ne dit il pas plus clairement qu’au Burkina, on ne fera pas reculer la pauvreté si l’on ne soutient pas davantage l’agriculture ? Pourquoi le gouvernement refuse t il de financer le secteur agricole de manière conséquente ? Il faut financer et protéger l’agriculture comme le font tous les pays du monde : avec des subventions conséquentes, avec des prix rémunérateurs, avec des barrières douanières réalistes. Il faut imiter pour cela les grands pays développés et non écouter leurs stupides conseils d’ouvrir nos marchés : Le Japon n’a jamais voulu ouvrir ses marchés au riz étranger et il donne au Burkina ce qu’il est tenu d’acheter aux américains : il n’en veut pas chez lui pour ne pas déstabiliser ses riziculteurs !

Si vraiment 2,5 milliards de francs sont disponibles pour cette étude sur la pauvreté, invitons les bailleurs à reverser cet argent en crédit aux paysans… et ils éviteront le ridicule d’ajouter études sur études qui ne servent plus à rien tant qu’on ne s’attaque pas aux causes de la pauvreté…. Pour cela, écoutons les paysans !



Et il y a encore des gens qui prétendent que les OGM pourraient tirer le monde des famines et de la malnutrition. Les dernières nouvelles de ce côté-là sont pour eux particulièrement mauvaises :

= une étude américaine vient de prouver que sur 10 à 15 ans, les OGM (en particulier le maïs et le soja) n’améliorent pas du tout les rendements. Les cultures non OGM (comme le blé) voient leurs rendements progresser de la même façon sur la même période.

= Une autre étude vient de prouver aussi que les produits phytosanitaires utilisés (en particulier le Roundup) non seulement détruisent à long terme la fertilité des terres, mais qu’ils sont aussi particulièrement nocifs pour les populations : cancers, malformations congénitales, maladies allergiques diverses se révèlent dans toutes les localités proches d’épandage de ces produits par avion.

= un « bug » de laboratoire a fait livrer à l’Afrique du Sud des « semences OGM stériles » : des milliers d’hectares sont couverts de maïs sans épis ni grains ! Monsanto a promis de dédommager les agriculteurs trompés, mais il n’est pas sûr que les « billets verts » se cuisinent comme le maïs et nourrissent de la même manière. Le maïs OGM va-t-il devenir ainsi une arme de destruction massive dont disposent les multinationales semencières ?

= Enfin, un grand pays comme l’Allemagne vient de se ranger parmi ceux qui interdisent le maïs OGM tant les risques se révèlent de plus en plus violents pour les populations, l’environnement, la biodiversité et la dépendance.



Ne cherchons pas sur des fausses pistes des solutions qui nous sont toutes proches : pour lutter contre la pauvreté en milieu rural, ce ne sont pas des études nouvelles qu’il faut, ni des OGM, ni de l’agrobusiness….

Beaucoup de lecteurs me reprochent de n’être pas favorable à l’agrobusiness, mais que voyons-nous au Faso ? : Des personnalités proches du pouvoir, ou du pouvoir même, ou des opérateurs économiques prennent des terres où ils « jouent » à l’agriculture, car ils n’en ont pas besoin pour vivre. Ils bénéficient très souvent d’avantages que ne peuvent même pas espérer les paysans : matériels agricoles, tracteurs, intrants, exonérations diverses, main d’œuvre à bas prix… pour des résultats même pas significatifs, eux-mêmes n’étant pas paysans dans l’âme, n’aimant la terre que pour les bénéfices qu’elle pourrait rapporter, pas comme la mère nourricière. Ils espèrent ou même organisent des opérations spéculatives sur des terres qu’ils ont prises aux paysans. Qu’espérer de ces prédateurs : des récoltes plus abondantes, un respect de l’environnement… non, des profits, et pour cela des cultures de rentes tournées vers la vente à l’étranger. Et comme en Irlande en 1850, les paysans mourront de faim quand ces industriels agricoles exporteront leurs récoltes pour leur seul enrichissement. Est-ce ce modèle que nous voulons pour ce pays ?


Par contre, si les paysans pouvaient gagner sécurisation foncière, matériel agricole, tracteurs, intrants, exonérations aux mêmes conditions, s’ils étaient accompagnés pour vendre leurs récoltes, alors, il n’y aurait pas besoin de nouvelles « études » ruineuses et inutiles, alors la pauvreté reculerait dans les campagnes, alors l’espérance renaîtrait chez les paysans.


Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


publié sur le site du journal "Le Pays" du 28 avril 2009, rubrique "droit dans les yeux" à l'adresse suivante:

http://www.lepays.bf/spip.php?article1687

avec 8 messages de forum


lundi 6 avril 2009

Droit dans les yeux : La Journée du Paysan.


Droit dans les yeux :

La Journée du Paysan.



Je suis bien content, cette année, que la journée du paysan se déroule à Koudougou : je vais pouvoir y assister un peu. Journée qui fut longuement préparée et que bon nombre de mes amis paysans appellent : « la journée du président ».


Ma plus grande surprise, quand je me suis rendu à l’Université pour les discours officiels, c’est de voir le nombre de 4x4 sur le parking de stationnement. Vraiment, on aurait pu croire que c’était le salon du 4x4 de Koudougou ! Je ne me rappelle pas avoir vu tant de 4x4 rassemblés au Burkina, et pourtant, j’y suis depuis près de 30 ans ; et toutes les marques étaient représentées, et tous les modèles jusqu’aux plus luxueux. Ce ne sont quand même pas les paysans qui roulent habituellement en 4x4 !


Les chauffeurs m’ont expliqué que ce sont les personnels de tous les services convoqués qui ont rempli l’amphi depuis le matin… Ainsi donc, il n’y a pas que les paysans. Loin de là.

Je resterai au dehors avec une foule de paysans pour qui, bien sûr, il n’y avait plus de place… Mais comme c’était bien sonorisé, ça allait quand même : le président, on peut toujours le voir à la télé.


Le ministre de l’agriculture s’est publiquement réjoui de l’augmentation de la production, mais il a plus loué les aides ponctuelles de l’Etat que la peine et la sueur des paysans. Les paysans ont produit vraiment plus, sauf pour le coton qui a baissé de 31%… Depuis le temps qu’on essaie de faire comprendre au ministre qu’un prix rémunérateur pour le paysan le motivera bien plus que toute autre chose. Si la filière riz a tant produit cette année alors qu’elle était en faillite, c’est d’abord parce que le prix du riz a monté. Et comme le prix du coton baisse, la production baisse – quelles que soient les aides à la filière… C’est d’une telle limpidité…



Dans le discours du Président, deux choses m’ont frappé :

Il a très peu parlé des paysans, il parlait des « acteurs et actrices » du monde rural… A-t-il honte du mot paysan ? Ou voulait-il s’adresser aussi à ses nombreux auditeurs dans la salle qui n’étaient pas paysans ? Il y a là un glissement qui déçoit quand même beaucoup : la journée du paysan ne devient-elle pas ainsi la journée de ceux qui tournent autour des paysans (avec leurs 4x4) ?

Par contre, par deux fois, il a parlé de « souveraineté alimentaire ». (C’est nouveau et c’est bon signe). Pas seulement de « sécurité alimentaire » comme il le fait toujours largement, mais de « souveraineté alimentaire », ce droit des peuples à produire la nourriture qu’ils veulent consommer … et de manière durable.


Il a invité les paysans à bouger dans un monde qui bouge : les contraintes sont nombreuses, les défis sont immenses… il faut s’adapter continuellement.

Mais les paysans attendent désespérément que les gouvernants bougent, que les législateurs bougent, que l’administration bouge : A quand la « loi d’orientation agricole » ? A quand la sécurisation foncière de ceux qui travaillent la terre ? A quand l’accompagnement de la mise en place d’un vrai circuit d’approvisionnement pour les intrants ? A quand un vrai budget de l’agriculture et qui cesse de n’être exécuté qu’à moitié chaque année alors que les besoins sont si immenses ? Les paysans vous regardent : c’est vous qu’ils attendent de voir bouger.


Un petit tour à la foire agricole a tout simplement montré que les paysans sont capables de produire de tout dans tous les domaines, et d’abord pour alimenter les marchés locaux qui deviennent source de richesses pour tous… Ils s’adaptent, ils diversifient, ils répondent aux besoins locaux. Sans marché intérieur alimenté par les paysans, comment serait-il possible de faire reculer la pauvreté ?


Les conclusions des ateliers et des forums ont montré qu’un réel travail de réflexion a été accompli, mais qu’en restera t il dans 15 jours, dans deux mois ? Quel suivi y aura-t-il pour toutes ces suggestions et ces propositions qui sont répétées chaque année, inlassablement,… et en cours d’année par les organisations paysannes, inlassablement ? Qui écoute vraiment les paysans au long des jours ?


Pourtant, les organisations paysannes ne cessent de faire des analyses, des suggestions et des propositions qui sont très peu entendues. Ce sont des groupes restreints de hauts fonctionnaires, d’experts et de décideurs qui élaborent, bien loin des paysans, les « politiques agricoles », successions peu cohérentes et sans vraie suite de projets, de programmes, de plans d’action et autres qui permettent, entre autres, l’achat de tant de ces 4x4 inutiles.


Reprenant un des derniers messages de plaidoyer de la CPF (Confédération Paysanne du Faso), je lis :

« … La part des dépenses publiques consacrées à l’agriculture est très faible… La mise en place d’une politique nationale de financement du monde rural était un objectif initial, mais oublié en cours de route… Le Plan d’Action/Organisations Professionnelles Agricoles (PA/OPA) reste un échec unanimement admis…

Il est urgent, par une loi d’orientation agricole, de définir une vision claire et partagée à long terme de l’agriculture par l’ensemble des acteurs, de créer un consensus entre les acteurs économiques de l’agriculture, la société et les pouvoirs publics, d’entretenir un message de confiance en l’avenir du monde rural et agricole et de moderniser notre agriculture…

Parmi les priorités, il faudrait traiter le financement de l’agriculture familiale, le budget affecté à l’agriculture, le statut du paysan et la protection sociale… »


A la tribune de l’ONU, le chef de l’état, en septembre 2008 déclare ceci : « La crise alimentaire que le monde vit a suffisamment montré l’inconséquence de nos politiques agricoles et la fragilité de nos systèmes de production et de commercialisation ; il est urgent de relancer les investissements en faveur de l’agriculture et de soutenir les organisations paysannes et professionnelles dans des partenariats innovants. »

Est-ce un discours à usage interne ou à usage externe ?


Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


(Ce jour là, j’ai porté une chemise en pagne de la CPF ; c’est rare que je porte une « chemise publicitaire », mais ce jour-là, j’en étais fier !)


Ce texte a été publié dès le lundi 6 avril à 21heures sur le site internet du Pays, rubrique "Droit dans les yeux"

mardi 3 mars 2009

Droit dans les yeux : La crise alimentaire continue…

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Droit dans les yeux :

La crise alimentaire continue…


Ce n’est pas parce que la récolte 2008 dans le monde entier a été sensiblement meilleure, qu’il faut croire que la crise alimentaire est finie. Loin de là ! N’oublions pas qu’elle touche le monde entier et qu’il ne faut pas espérer y échapper… sans prendre des mesures énergiques et rapides.


La lecture de la presse ces jours ci est plus que révélatrice de l’angoisse qui gagne peu à peu de nombreux dirigeants dans le monde qui ne savent plus comment faire face au long terme alimentaire qui risque de devenir pour de très nombreux pays la priorité numéro un : « manger d’abord »


La production agricole reste dépendante des aléas climatiques et il semble, d’après de nombreuses études dont certaines parfaitement officielles, que les épisodes de sécheresse et les pays atteints vont se multiplier dans les proches années à venir… Argentine, Corne de l’Afrique, Chine, Inde… Les prévisions ne sont pas bonnes. Et ayant vu de mes yeux les famines des années 70 puis 80 au Burkina, je crains que soient trop vite oubliés, tant par les paysans que par les dirigeants, ces épisodes dramatiques de notre climat… Déjà le Kenya nous annonce que 10 millions de ses habitants sont directement menacés de disette…


Dans le monde, les céréales sont de plus en plus recherchées pour produire de la viande. Il faut 2,5 kg de céréales pour produire un kilo de poulet. On peut se réjouir de voir de plus en plus de gens accéder à une meilleure nourriture… mais on n’en mesure pas toujours le prix. Si les pays côtiers achètent nos céréales « pas chères » (au regard de leur situation économique), une grande partie sert à produire de la viande. Pourvu que ce ne soit pas au détriment de la nourriture céréalière des plus pauvres.


Le maïs s’étant moins bien vendu cette année aux Etats-Unis ou en Ukraine pour cause de surproduction, il sera sans doute moins semé cette année ; ainsi les prix augmenteront à nouveau parce que la demande de maïs destiné à la fabrication d’agrocarburants (éthanol) ne fléchit pas : Le président américain, Barack Obama, a en effet décidé de maintenir le développement de cette filière, bien que la quasi-totalité des usines productrices de cet agrocarburant soient en dépôt de bilan !


Attention aux terres utilisées au Burkina pour produire des agrocarburants ! Que le jatropha ne vienne pas concurrencer les cultures vivrières sur les mêmes terres comme à Boni… où, semble-t-il, même la forêt classée aurait été un moment menacée.
D’ailleurs, il serait, dans ce contexte, de plus en plus urgent de se poser la question de la production du coton. A quoi sert il de produire des millions de tonnes de coton, d’être le « premier producteur », si on doit le vendre à perte et qu’au lieu de nous apporter des devises, il nous enfonce dans le trou de la dette ou dans la dépendance des multinationales ?

Ne vaudrait il pas mieux revenir doucement à la culture des céréales dont les prix repartent sérieusement à la hausse (tout en restant très « volatils », très variables), surtout pour nous protéger et assurer notre souveraineté alimentaire en ces temps difficiles où les crises se surajoutent les unes aux autres : crises financière, alimentaire, économique, énergétique, environnementale, sociale….

Ne faudrait il pas veiller à ce que les terres du Burkina ne soient pas spoliées par des multinationales sulfureuses, comme AgroEd où Mr Millon est déjà l’objet d’enquêtes pour malversations financières ?


A ce titre, il serait bon de réfléchir au drame que vit le peuple malgache, nouvelle illustration d’une économie mondiale ultralibérale qui étrangle les peuples : crise alimentaire des peuples (le SMIC là-bas est à 20.000 Fcfa, comme le sac de riz), voracité des spéculateurs (une société coréenne prétend à une concession de 1.300.000 hectares pour 99 ans dont toute la production est destinée à la Corée) collusion du politique et du patronat (Le président, propriétaire de chaînes de magasins vient de s’acheter un avion boeing personnel !). L’exemple malgache doit nous faire réfléchir ici, au Burkina, pour nous éviter de tomber dans les mêmes travers et éventuellement les mêmes violences.


Le prix des céréales, tant au niveau mondial que régional ou national sera l’objet de spéculations surtout de la part des commerçants, des spéculateurs de métier, grâce à la collusion entre les acteurs politiques et économiques. Il restera très variable…


Si les paysans font de la « rétention », comme certains le prétendent, j’en suis très heureux : à la soudure, ils n’auront pas à payer quatre fois le prix de ce qu’ils auraient vendu à la récolte et ils s’en porteront mieux. Vu les capacités de gestion de la SONAGESS et de son ancêtre l’OFNACER, je suis heureux de voir les paysans se réapproprier la gestion de leur stocks.

Mais il n’est pas sûr que cette analyse soit tout à fait juste : d’énormes quantités de grains sont parties vers le Ghana et vers le Mali. Un de mes confrères de l’Ouest me disait récemment : « tout est parti, tout, de véritables trains de camions ont déjà tout emporté, je les ai vus »


S’il en est ainsi, les plus pauvres auront donc de moins en moins accès à la nourriture. Ca va être un gros problème pour les dirigeants, surtout dans les villes qui ne produisent pas suffisamment de richesse pour nourrir leurs populations urbaines:

« Qu’allons nous faire des plus pauvres ? »

Une réponse, c’est de les transformer en mendiants par les dons systématiques du Programme Alimentaire Mondial… et c’est commencé !


Une autre façon de se poser la question serait :

« Qu’allons nous faire avec les pauvres ? »

Une des réponses pourrait être :

Au lieu de les encourager à quitter leurs terres pour la ville où ils ne trouveront plus de concessions et seront nourris par l’aide internationale comme des mendiants, leur permettre – autant qu’il sera possible – de cultiver mieux leurs terres, de se perfectionner, de trouver un prix rémunérateur pour leurs céréales… pour cela un soutien massif de l’état, sans arrière pensées, est nécessaire : semences (mais pas OGM ! pitié !), engrais, petite mécanisation agricole, conseils…


Que Dieu bénisse les paysans du Burkina

Qu’Il leur donne la force de nous nourrir tous

Et qu’ils trouvent enfin le respect qui leur est dû !



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



paru dans le journal "Le Pays", rubrique "droit dans les yeux" du 3 mars 2009:
http://www.lepays.bf/spip.php?article1171

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mardi 13 janvier 2009

Droit dans les yeux : Le prix de vente du riz local, Un enjeu de société au Burkina

Droit dans les yeux :

Le prix de vente du riz local,
Un enjeu de société au Burkina



Il a beaucoup été question ces derniers temps du prix du riz local au Burkina. Et beaucoup de voix se sont élevées pour dire qu’il est trop cher, pour demander qu’il soit encadré, ou pour proposer des prix non rémunérateurs pour les producteurs.


Il y a d’abord un enjeu d’information ; et on a laissé parfois dire des choses horribles sur la qualité des différents riz. L’ensemble des médias et des services d’état n’a pas su montrer la différence qu’il y a entre du « vieux riz » (destiné même parfois à la consommation animale en Thaïlande) et du « bon riz » de nos plaines irriguées. On ne nous dit même pas qu’au niveau de l’état, il y a un débat pour savoir si oui ou non il faut interdire d’importation le riz de plus de 10 ans d’âge. Des voix s’y refusent en disant : « mais cela va fâcher nos donateurs ! ». Il faudrait éviter de se moquer de nos populations et des consommateurs. Quelle qualité propose t on au consommateur ?

« Le bon riz » de Thaïlande récemment récolté se vend à Ouaga à 700 F le kg, le « mauvais riz » à 400 F le kilo. Le riz étuvé du Sourou de cette récolte 2008 commence à se vendre à 340/360 F le kilo. Il faut comparer ce qui est comparable : Qui osera dire qu’il est « trop cher » aujourd’hui ?

Il y a un enjeu de cohésion sociale. Il serait trop facile d’opposer les producteurs (des champs) et les consommateurs (des villes). Et de s’accuser les uns les autres. C’est inutile et mauvais de créer de telles divisions. L’Etat a toujours rêvé de nourrir les villes « pas cher » à n’importe quel prix, même en sacrifiant ses agriculteurs. L’augmentation très forte des prix de la nourriture dans le monde doit aujourd’hui lui faire revoir ses stratégies. Si hier, les importateurs de riz ont cassé notre agriculture avec la complicité des politiques pour satisfaire les consommateurs peu regardants des villes, c’est sur notre agriculture qu’il faut désormais compter pour nourrir les villes ; mais cela n’est pas expliqué aux consommateurs que l’on cherche très malhonnêtement à opposer aux producteurs. Ne pas augmenter les salaires et vouloir faire baisser tous les prix n’est pas la solution.


NE PAS FAVORISER UN EXODE DE LA MISERE


Un troisième enjeu est celui d’une agriculture familiale viable. Voulons nous un vrai revenu pour les paysans ? Qu’au-delà des coûts de production, ils puissent trouver dans leur travail un revenu décent pour leurs familles (scolarité, santé,…) En un mot, qu’ils puissent vivre bien à la campagne et que cela puisse freiner l’exode rural. Le revenu paysan doit aussi leur permettre d’investir dans leur terre, leur outil de travail et les outils dont ils ont besoin. En l’absence de crédit pour les agriculteurs de notre pays, que leurs revenus au moins leur permettent d’investir. Les producteurs, à cause de tout cela et après de nombreuses années de souffrance, proposent 170/175 F le kg de riz paddy, sachant que dans les grandes plaines, les coûts de production s’élèvent à 95/110 F par kilo. Ils savent qu’à ce prix, ils pourront continuer à travailler. Ils peuvent le céder à leurs femmes pour étuvage à 150 F le kg, mais ça reste alors une affaire familiale.


Aujourd’hui, les commerçants proposent 140F le kilo ; seuls les producteurs mal organisés et ne disposant pas de crédits (Il y en a hélas trop) sont contraints de le vendre à ce prix ; mais « ce n’est pas arrivé ! ». La SONAGESS, sans doute pas pressée d’acheter le riz local proposait encore récemment 115 F le kg ! (Le riz pluvial peut à la rigueur s’acheter à ce prix, pas le riz des plaines).


Dans une récente déclaration, le chef de l’Etat a manifesté son choix que les villes se développent à un rythme plus rapide. Qu’il fallait même favoriser l’exode rural. Mais ce serait une grave erreur que d’encourager un exode de la misère qui n’amènerait dans les villes appauvries par les crises que des jeunes vendant des cartes de téléphone aux carrefours pendant que des femmes, parfois bien vieilles, concassent des cailloux aux portes de ces mêmes villes. A des villes qui ne peuvent encore loger leurs enfants ni leur fournir de travail et encore moins peut être demain les nourrir, il faut préférer aujourd’hui des campagnes qui, par une surproduction agricole bien gérée, créeraient de la richesse et pourraient fournir à tous la nourriture qui convient. Un prix de vente du riz local bien rémunérateur pour le producteur donnera peut être au Burkina une clé pour son décollage économique.


Deux bonnes nouvelles :


1) Le prix du sac de maïs qui était de 6.000 F à la récolte (un prix lamentable pour le producteur) serait passé à un prix plus « raisonnable » : 10.000/11.000 F : C’est bien, les paysans seront encouragés à produire.


2) Je viens de lire un appel d’offres pour l’électrification de la vallée du Sourou. Enfin ! Bon, de l’appel d’offres à la réalisation, il y a encore un long chemin, mais c’est le bon chemin. A quand un médecin ?



Koudougou, le 8 janvier 2008
Père Jacques Lacour
jacqueslacourbf@yahoo.fr


article paru le mardi 13 janvier 2009 dans la rubrique "Droit dans les yeux" du Journal "Le pays"