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vendredi 27 février 2009

Le Pieu ("la estaca")

Le Pieu

Composé durant la dictature du Général Franco en Espagne, c'est un cri à l'unité d'action pour se libérer de l'oppression, pour atteindre la liberté
(adaptation française de "la estaca" - Lluis Llach - 1968)



Du temps où je n'étais qu'un gosse
Mon grand-père me disait souvent
Assis à l'ombre de son porche
En regardant passer le vent
Petit vois-tu ce pieu de bois
Auquel nous sommes tous enchaînés
Tant qu'il sera planté comme ça
Nous n'aurons pas la liberté

(refrain)
Mais si nous tirons tous, il tombera
Ca ne peut pas durer comme ça
Il faut qu'il tombe, tombe, tombe
Vois-tu comme il penche déjà
Si je tire fort il doit bouger
Et si tu tires à mes côtés
C'est sûr qu'il tombe, tombe, tombe
Et nous aurons la liberté

Petit ça fait déjà longtemps
Que je m'y écorche les mains
et je me dis de temps en temps
Que je me suis battu pour rien
Il est toujours si grand si lourd
La force vient à me manquer
Je me demande si un jour
Nous aurons bien la liberté

Puis mon grand-père s'en est allé
Un vent mauvais l'a emporté
Et je reste seul sous le porche
En regardant jouer d'autres gosses
Dansant autour du vieux pieu noir
Où tant de mains se sont usées
Je chante des chansons d'espoir
Qui parlent de la liberté

(refrain)
Et si...

(dernier refrain)
Si estirem tots, ella caurà
I molt de temps no pot durar :
Segur que tomba, tomba, tomba !
Ben corcada deu ser ja.
Si jo l'estiro fort per aquí
I tu l'estires fort per allà,
Segur que tomba, tomba, tomba
I ens podrem alliberar.


La musique se trouve là:
http://404.free.fr/datas/LLU_S_LLACH___L_ESTACA.MP3


jeudi 4 septembre 2008

Esclave ou fils ? la loi ou l'amour ?

Réaction de Dominique Nothomb, un confrère âgé (d’une autre formation) à mon dernier article.

Cher Jacques,

Tu ne refuses pas le débat.
Ton dernier article dans « Le Pays » sur le refus de l’asservissement, est excellent dans sa visée, et son expression, sauf un mot : « refus de toutes les soumissions » (3° colonne, 22° ligne).
Par le fait même, tu condamnes l’Islam qui justement signifie « soumission »
Tu condamnes la foi chrétienne qui est obéissance, soumission de l’intelligence à la Vérité révélée.
Tu condamnes Jésus qui fut en tout, soumis à la volonté de son Père, et Luc dit même qu’il fut soumis à Joseph et Marie.
Tu condamnes la liberté elle-même qui est autodétermination dans le choix du Bien : la liberté n’est libre que dans la soumission au Bien, donc à Dieu.

Refuser toute soumission, c’est être une feuille morte, emportée par le vent. C’est refuser de donner un sens à sa vie. Ou plutôt faire de son « Je » une idole, de ses caprices son « Dieu » : le pire des esclavages : c’est l’orgueil qui perd l’humanité, c’est préparer un monde dirigé par des dictateurs qui veulent s’écraser l’un l’autre : exactement le contraire de ce que tu vises

L’homme n’est pas un Dieu. Refuser toute soumission, c’est la plus horrible de toutes les options. Dès que l’homme refuse de se soumettre à Dieu, donc au Bien, au Beau, au Vrai, il se détruit lui-même.
Il y avait donc dans ton article un mot de trop. Je crois que tu en seras d’accord.

Dominique Nothomb
(amicus Plato sed magis amica Veritas)

Et ma réponse :

Dominique, bonsoir

Prêtre missionnaire, évoquant des questions de société dans un journal qui s’adresse à tous, j’évite de transformer ma chronique en une homélie ou un sermon : ce n’est ni le lieu, ni le temps. Mais j’essaie, dans cet espace qui m’est offert, de suggérer quelques valeurs humaines qui me semblent en harmonie avec les valeurs du Royaume et vice versa.
Et je te l’ai déjà dit clairement.

Si le Christ s’est incarné, est entré dans l’histoire des hommes, s’il nous invite à le rejoindre sur les routes des hommes et non à garder nos yeux plantés au ciel, ce n’est pas ailleurs que dans son humanité que je découvrirai sa divinité, ce n’est pas en dehors de l’histoire concrète de ceux que je rencontre que je peux le rencontrer.

Il faut également replacer ce texte dans son contexte qui est un essai de réponse à un jeune effrayé et désespéré du malheur de l’Afrique, Afrique selon lui trop soumise qui n’a pas su résister comme il aurait fallu à ceux qui l’ont réduite en esclavage.

Et c’est là que les mots (car il s’agit bien ici de sémantique) n’ont pas pour nous le même sens et je le regrette. Nous ne parlons pas de la même chose. Et je crains, plus profondément que nous n’appartenions pas à la même école théologique (Les milieux qui nous ont enfantés sont sans doute très différents et nous ont marqué aussi très profondément)

L’expression « se soumettre au Bien » est pour moi incompréhensible, n’a aucun sens ; d’ailleurs tu te reprends aussitôt en parlant de « choisir le Bien » ! Là nous pouvons nous rejoindre.

Mettons nous bien d’accord sur les mots :

Choisir le Bien est un acte libre qui, par grâce, nous permet de communier à la divinité qui nous habite : N’as-tu pas été créé à l’image de Dieu ? L’homme n’est pas Dieu, dis-tu, mais Dieu s’est fait homme pour nous inviter à sa vie divine…

S’il s’agit de se soumettre au Bien, c’est grave. A partir de quel moment ne doit on pas y soumettre les autres ? Rappelle toi l’évangélisation de l’Amérique du Sud.

La vérité de la révélation, ou plutôt la rencontre avec Jésus-Christ n’est possible et n’a de sens qu’accueillie par des êtres libres pour devenir fils et filles. La foi n’est pas « soumission de l’intelligence à la Vérité », oh grand jamais ! Elle est « illumination de l’intelligence par la rencontre de Jésus Vivant »
Si Vatican II n’était pas venu éclairer mon chemin de croyant sur ces questions essentielles, je ne sais pas si aujourd’hui, je serais encore dans l’Eglise Catholique.

Soumettre ! Je l’ai employé dans mon texte (et si tu l’avais replacé dans son contexte, tu l’aurais compris immédiatement) au sens de « asservir », « rendre esclave », « priver de liberté ». (Je parlais de la soumission de l’Afrique dans l’esclavage, la traite négrière transatlantique…)

Il est probable que nous n’avons pas parlé de la même chose.

Je suis chrétien, je suis fils de Dieu, par grâce ;
je ne suis plus l’esclave de Dieu.
Dieu ne veut pas de ma soumission, il veut mon amour…
Je ne suis même plus le serviteur de Jésus, je suis son ami, par grâce.
(C’est même écrit noir sur blanc en Saint Jean)
Comprenne qui pourra.
Nous ne sommes plus dans l’ordre de la loi, de l’obéissance et de la soumission !
C’est fini !
C’est ça la Bonne Nouvelle !
Nous sommes dans l’ordre de la rencontre, de la foi, de l’Amour, de la liberté, de l’amitié… et même avec Dieu !

C’est ça, la bonne nouvelle !


Que Dieu te garde dans son Amour, Dominique
Qu’il te libère de toute soumission pour te faire entrer dans le monde de l'Amour.

Rappelle toi aussi ceci : je ne condamne personne, ni l’Islam, ni la foi chrétienne, ni Jésus : je ne suis pas juge, je suis de ceux qui réservent le jugement à Dieu, à la fin.(comme il nous est conseillé de le faire dans l'évangile)

Ton frère prêtre,
Jacques


dimanche, 29 juin 2008

Refuse l’asservissement !

Droit dans les yeux
Refuse l’asservissement !

Bien cher Frédéric,

Tes deux articles parus dans « le Pays » des 16 et 30 mai derniers m’ont beaucoup interpellé.
Tu les as écrits à l’occasion, en France, de la célébration à la mémoire des victimes de la traite négrière transatlantique.
Tu crois avoir fait un cauchemar, tu crois faire un cauchemar.

Et bien je voudrais te dire, même si tu as du mal à y croire encore, réapprends à faire, comme notre frère Martin Luther King, réapprends à faire un rêve : l’Afrique n’est pas un enfer, l’Afrique a un futur, l’Afrique s’unira un jour… Sur ce continent, des hommes et des femmes vivent, luttent, aiment… La vie est plus forte, la vie l’emportera.

« Heureux ceux qui osent rêver et qui sont prêts à payer le prix fort pour que leur rêve prenne corps dans la vie des hommes ». Durant mon adolescence, cette phrase était affichée au mur de ma chambre… et j’essaie aujourd’hui encore, d’en vivre.

La traite négrière a fait le malheur de l’Afrique, mais elle ne continuera à faire le malheur de l’Afrique que si aujourd’hui tu la prolonges en vendant ou en exploitant ton frère.
« Où tu es, même seul, tu peux refuser, ne pas collaborer, en agissant simplement dans une autre voie. Tu peux donner du sens là où personne ne sait quoi faire. C’est ça le courage. »

Tu es un homme, je te rejoins.
Toutes les pages de l’histoire qui nient l’Homme me touchent. L’histoire me semble ressembler parfois, à moi aussi, à une succession horrible de massacres et d’asservissements. Et cela ne concerne pas seulement l’Afrique, mais le monde entier et l’histoire entière : Les purges de Staline et septembre noir, Le génocide cambodgien et la shoah, le génocide arménien et la grande boucherie de 14-18, la bombe d’Hiroshima et les massacres de Nankin ; des peuples nombreux furent asservis pendant des siècles au sein des grands empires, de l’empire romain à l’empire soviétique ; de l’empire du Macina à celui du Ghana…

Le droit des dirigeants de massacrer leurs peuples n’a pas encore été aboli vraiment… et il te semble que l’Afrique en aurait plus souffert que d’autres : regarde autour de toi : je n’en suis pas sûr.

Et pourtant, dans cet environnement tragique, des hommes et des femmes continuent de vivre, d’aimer, de transmettre la vie, de rendre espoir aux autres, d’être solidaires, malgré tout…

On ne refait pas l’Histoire, on en hérite, comme de beaucoup de choses. On ne choisit pas, ni ses parents, ni la terre où l’on naît, ni la couleur de sa peau. On est seulement invité à les aimer.
L’histoire, on peut l’apprendre, l’étudier, l’écrire, se l’approprier, en tirer les leçons pour aujourd’hui et pour demain.
Mais le passé reste le passé et il te faut construire la page d’histoire que tu habites aujourd’hui, au moins pour les choses qui dépendent de toi.

Chacun donne sa réponse, à chaque génération. Des peuples qui ont donné une réponse généreuse il y a 60 ans, peuvent aujourd’hui sombrer dans le repli sur soi le plus écoeurant.
Et cela le plus souvent à travers leurs dirigeants.

Reste cette douloureuse question que tu poses et qui m’interpelle aussi. Les africains seraient ils plus soumis que les autres ?

Alors s’il en était ainsi, insurge toi, révolte toi, résiste à cette soumission, à toutes les soumissions.
Conquiers ta liberté, celle qui fera de toi un homme et dans laquelle tu rejoindras l’humanité entière, au-delà de ta négritude et moi de ma blanchitude.

Refuse la soumission aux chefs traditionnels qui veulent t’imposer une femme dont tu ne veux pas, qui veulent t’inféoder à des coutumes inacceptables aujourd’hui, ou qui continuent à croire stupidement que certains hommes valent plus que d’autres.

Refuse la soumission au modèle politique dominant, comme la « démocrature » que nous connaissons aujourd’hui, pour bâtir avec d’autres un modèle où chacun aura son mot à dire, qu’il soit noble ou pas, qu’il soit riche ou pas, qu’il soit bien portant ou pas… La « noblesse » de naissance est une escroquerie à l’humanité, la richesse ne donne pas l’intelligence, la santé et la beauté ne garantissent pas la capacité d’aimer…

Refuse la soumission au modèle économique ambiant qui veut te soumettre à la seule dictature de l’argent…

Refuse les structures religieuses qui ne te permettraient pas de développer une intériorité profonde et personnelle et qui te soumettraient seulement à des rites extérieurs.

Et je te le redis encore une fois : « Où tu es, même seul, tu peux refuser, ne pas collaborer, en agissant simplement dans une autre voie. Tu peux donner du sens là où personne ne sait quoi faire. C’est ça le courage. »

Mais tu ne seras pas seul.
D’autres t’ont déjà rejoint, ils n’ont pas pris ta place, même s’ils s’appelaient autrefois « L’Association des Amis des Noirs », même s’ils s’appellent aujourd’hui « altermondialistes ». Ne t’inquiète pas, ils ne veulent pas prendre ta place. Ils sont avec toi.
L’essentiel n’est il pas de lutter ensemble, apprendre à se battre pour vivre dans la liberté et non dans la soumission.
N’aie pas peur de la liberté : trop de tes frères en ont peur. Les différences sont une source de bonheur, la diversité, une palette pour choisir.
Même s’il te faut marcher 40 ans dans le désert, cette liberté te sera donnée au bout de ton combat.

Cherche les vraies explications à toutes choses, toujours et toujours ; interroge. Ne te soumets pas, c’est le mot clé, je crois, du combat dans lequel je te rejoins.
Toi, mon frère Frédéric, je marche avec toi, toi mon frère en humanité, en noir et blanc, en couleurs surtout pour ce monde que nous voulons sans plus aucun asservissement.


Jacques LACOUR
jacqueslacourbf@yahoo.fr

paru dans la version papier du journal "Le Pays" du 24/6/2008


mardi, 24 juin 2008

mercredi 3 septembre 2008

Liberté, ils ont oublié ton nom

Liberté, ils ont oublié ton nom

Par Serge Portelli, magistrat et vice-président du Tribunal du Paris

Cet article est paru cette semaine dans le magazine "Les Inrockuptibles" (n°648 du 29 avril 2008)


Trop de gardes à vue! Trop de prisons! Trop de reconduites à la frontière! Trop de lois liberticides! Les mesures du gouvernement Sarkozy en matière de justice, de police, d’immigration sont de plus en plus fraîchement accueillies. Pétitions, manifestations, grèves, articles vengeurs, blogs sarcastiques, livres décapants, films assassins... on ne compte plus les lieux d’une protestation souvent véhémente contre une politique plus qu’ inquiétante pour la démocratie et les libertés. Des principes qu’on croyait établis depuis des lustres, des valeurs qu’on imaginait partagées depuis des siècles, volent en éclat d’un mot, d’une phrase, au détour d’une déclaration, d’une émotion du président de la République. On pensait établi, depuis la nuit des temps, qu’on ne jugeait pas les fous. Erreur! On avait cru lire dans quelques déclarations de droits qu’il fallait punir les auteurs d’un crime ou d’un délit défini par la loi et non pas ceux que l’on estimait “dangereux”. Périmé! On était certain, en France, depuis la Révolution française, et aujourd’hui dans tous les pays du monde, qu’on n’appliquait pas une loi pénale à des faits commis avant son entrée en vigueur. Vieillerie que cette non-rétroactivité des lois! On était bien certain qu’il fallait pour les enfants et les adolescents une justice particulière. Berlue! On croyait le secret professionnel intangible, pour les professionnels de l’enfance, les avocats, le personnel médical en prison. Mauvaise pioche! Toute peine devait prendre en compte l’individu coupable autant que l’acte commis: l’individualisation était un acquis constitutionnel, non? Non! Peine-plancher! On avait cru lire au fronton des bâtiments publics que nous étions tous libres, égaux et fraternels et que le concept d’identité nationale datait de Vichy. Illusion de notre mémoire! Qui nous avait dit que le droit d’asile était sacré? Qui nous avait dit qu’une atteinte aux libertés (garde à vue, reconduite à la frontière) n’était possible que lorsqu’elle était strictement nécessaire et non lorsqu’elle permettait d’atteindre un chiffre arbitrairement fixé par le pouvoir?

Face à un rouleau compresseur de “réformes” qui détricotent une à une nos libertés des voix s’élèvent donc, y compris à l’étranger, pour rappeler à la France qu’elle n’a vraiment plus aucune leçon à donner. La patrie des droits de l’homme les a relégués au fin fond d’un petit secrétariat et ressemble de plus en plus à une société sous très haute surveillance. Le Monde titrait la semaine dernière sur l’explosion du nombre de gardes à vue en France. Mais les chiffres sont connus depuis longtemps. Ils deviennent simplement plus concrets lorsque des proches subissent sans nécessité et parfois à tort cette procédure archaïque et si peu contrôlée. Depuis très exactement 2002, le nombre de ces gardes à vue augmente chaque année en moyenne de 37.000 environ. Nous sommes passés de 337.000 en 2001 à 560.000 en 2007! Le plus étonnant est que ces chiffres sont présentés par nos ministres de l’intérieur dans des bulletins de victoire, comme des signes d’efficacité alors qu’on nous promet officiellement “la fin de la culture de l’aveu” et que les erreurs judiciaires à la suite de faux aveux se multiplient.

Les prisons regorgent de détenus: les syndicats pénitentiaires dénoncent une situation intenable et qui est source de drames croissants: violences entre détenus ou sur les surveillants, suicides, meurtres parfois. 63211 personnes détenues au 1er avril 2008. Depuis 2002, la population pénitentiaire a augmenté de près de 14.600 personnes, soit une augmentation moyenne par an de 2300 personnes. Depuis août 2007, date d’entrée en vigueur de la loi sur les peines plancher, cette augmentation s’accélère.


Les centres de rétention sont bondés. Le dernier rapport du 24 avril, de la Cimade, seule organisation civile à y être présente, est accablant. 35.000 étrangers ont été placés dans ces centres dont 242 enfants, majoritairement de moins de 10 ans. L’association dénonce “l’industrialisation du dispositif d’éloignement des étrangers en situation irrégulière” et les “effets dévastateurs” de la politique de quotas chiffrés d’expulsions imposée par le président de la République, mise en oeuvre par le ministre de l’identité nationale et exécutée avec zèle par les préfectures. Destruction des familles, suicides, défenestrations...

Evidemment la France vit toujours en démocratie. Cette politique ne touche, à de rares exceptions, que les plus pauvres d’entre nous qui ont difficilement accès à la parole et au droit. Regardez qui va en prison, qui peuple les centres de rétention, qui se retrouve en garde à vue. Il est très facile de ne rien voir, de ne rien entendre. Il est possible de croire que les atteintes aux libertés continueront de ne toucher que ces classes de population dites dangereuses. Il est si facile de s’imaginer du bon côté, celui des gens honnêtes, celui des victimes potentielles de toutes ces déviances.

Comment ne pas voir que ces “réformes” grignotent jour après jour nos valeurs fondamentales et notre République? Que ces mauvaises graines semées aujourd’hui germeront un jour peut-être proche. La France vit une ère de paix et de calme intérieur relatif. Il suffit de regarder le monde tel qu’il est pour comprendre que ce temps ne durera pas. C’est alors que nous mesurerons l’étendue des dégâts, mais il sera trop tard.

Protester donc. Défendre pied à pied les libertés et l’état de droit en tâchant d’expliquer à chaque fois pourquoi ces garanties existent, qu’il ne s’agit pas de défendre les “voyous”, de légitimer les “monstres”, de se mettre “du côté des assassins”, mais de défendre les garanties d’une vie démocratique de chacun d’entre nous. Ce message est très difficile à faire passer car il s’inscrit dans un contexte idéologique fort, une sorte de pensée unique attisée par les peurs, l’exploitation permanente et démagogique de la souffrance de victimes et l’utilisation sans vergogne du mensonge.

La situation politique actuelle en France se caractérise par une défiance peu commune vis à vis du politique. Le désenchantement est arrivé très vite, à mesure que les promesses se heurtaient à des réalités économiques, budgétaires et sociales indiscutables. On peut certes dissimuler sous le tapis quelques milliers de chômeurs, on peut faire croire que la croissance sera de 2,5%, que le niveau du pouvoir d’achat n’a pas trop baissé... mais l’opinion publique peut constater chaque jour qu’il n’en est rien. Il reste un dernier carré où le mensonge est possible: celui de la sécurité. On peut toujours faire croire que la tolérance zéro est efficace, que la meilleure prévention est la répression, que l’enfermement est la meilleure arme contre la criminalité, que la détection précoce dès trois ans des bambins turbulents nous sauvera de la délinquance juvénile, que les récidivistes sont la cause 50% de la délinquance, qu’il suffit de voter une énième loi pour régler les problèmes, etc...

La tâche est donc plus rude que jamais. Défaire un à un ces mensonges, montrer qu’une autre politique est nécessaire, plus efficace et plus respectueuse des libertés, qui fasse appel à l’intelligence et non à la peur.

http://chroniquedelhumaniteordinaire.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/05/01/l...

samedi, 3 mai 2008