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mardi 24 février 2009

Droit dans les yeux : Petite revue des ministères

Droit dans les yeux :

Petite revue des ministères


Ministère de la culture


A l’occasion de l’ouverture des NAK (Nuits Atypiques de Koudougou), le ministre n’a pu venir ; c’est normal, il y avait des choses plus importantes ; il a donc délégué un remplaçant. Quand ce remplaçant a lu le discours d’ouverture d’une lecture parfois hésitante, nous, les invités, on a tous souri. Mais quand il a essayé de parler sans texte en improvisant une phrase dans un français approximatif, alors là, on a franchement rigolé ! Ca aurait été sympa d’envoyer quelqu’un culturellement au niveau…


Musée National


En juillet dernier, j’ai reçu ma sœur Monique venue me rendre visite ici au Burkina et avec elle, nous avons voulu découvrir le beau musée national. Deux salles étaient accessibles : dans la première y étaient relatées les récentes découvertes archéologiques faites au sahel dans la région de Oursy… Les visiteurs furent abandonnés à la lecture des panneaux, sans accompagnement aucun. La deuxième salle exposait une série de masques… mais hélas avec des guides peu compétents et qui ne supportaient pas les questions. Quand mon frère Bernard est venu me voir en novembre, on n’y est pas retourné.

Par contre à Loanga, félicitations aux jeunes guides qui nous ont entraîné dans le monde merveilleux des sculptures de granit, avec beaucoup d’intelligence et de poésie… comme s’ils les avaient vu naître. Promis, là-bas, j’y retournerai encore.


Ministères des infrastructures.


Vous connaissez Seytenga, vous ?

Ainsi Seytenga, un gros village du Sahel, aura bientôt sa route goudronnée ! Ce gros village frontalier vaut à lui seul plus que toutes les régions du Sourou, de Nouna, de Dedougou et de Solenzo ensemble ! Alors là, l’explication des techniciens ne me suffit plus (trafic induit, trafic réel, etc…). Je veux comprendre pourquoi – au delà des promesses que l’on vient encore de renouveler (mais qui peut croire encore ces promesses ?) – oui, pourquoi on n’a pas encore fait de routes goudronnées vers cette région, peu importe que ce soit Koudougou-Dedougou, que ce soit Yako-Nyassan ou bien encore Koudougou-Toma-Gassan ; oui pourquoi ? Pourquoi rien n’a encore démarré à ce jour ?


(Des amis m’ont fait remarquer récemment qu’un échangeur, c’est pour aller d’une autoroute à une autre autoroute, pas pour aller d’une piste à une autre piste : je pense surtout aux entrées de Ouaga)


Ministère de l’agriculture


Si j’étais ministre de l’agriculture, vous ne pouvez imaginer comme je serais heureux cette année ! Non seulement, les paysans ont produit beaucoup (maïs, mil, riz…), mais en plus, ils parviennent à vendre leurs récoltes à un bon prix qui paye leur peine et qui va – enfin – commencer à faire reculer la pauvreté dans les campagnes. Et pour le riz, ils valorisent encore parfois leur production par l’étuvage quand ils en ont les moyens. Que demander de plus ?


Eh bien non, notre ministre de l’agriculture n’est pas content du tout : les paysans « refusent » de lui remettre une partie de leur récolte brute à vil prix, un prix ridicule décidé sans eux par des techniciens jamais sortis de leurs bureaux climatisés. Comme au temps de la « traite », comme au temps des administrateurs coloniaux, il aurait aimé se faire livrer pas cher son quota de riz paddy… De toutes façons, si c’était pour les écoles ou les hôpitaux, le riz paddy n’est pas très pratique… Mais le ministre a sans doute quelques amis décortiqueurs ou étuveurs qui auraient arrangé ça…


« Mais que vais je dire au premier ministre ? » s’est il exclamé devant ce refus. Et bien, je pense que le premier ministre qui a 170 ha au Sourou dont il paie toutes les charges, sait parfaitement qu’un kilo de riz paddy à la récolte ne vaut pas 115 F/kg, mais 175 F au moins, et probablement beaucoup plus avec la main d’œuvre qu’il y emploie et qui est sans doute déclarée à la caisse. (Lutte contre la pauvreté oblige ; exemplarité oblige)

Non, le premier ministre ne peut que se réjouir de voir la pauvreté reculer dans les rizières parce qu’enfin le travail des paysans est un peu mieux rémunéré et que certains pourront enfin se libérer d’une partie de leurs dettes accumulées ces dernières années.


(Et si une partie des récoltes est partie à l’étranger, que le ministre de l’agriculture s’adresse au ministère du commerce et aux douanes ; et si les commerçants du Burkina n’ont pas fait leur travail, qu’il n’accable pas les paysans ; et s’il est en retard sur le cours des céréales au pays et dans la sous région, qu’il s’informe !)


Ministère de l’enseignement


Est il vraiment nécessaire de frapper un enfant pour qu’il apprenne à l’école ? Je ne le pense pas. Mais quand on a soi même été frappé, on a tendance à reproduire ce qui est arrivé et à frapper aussi et même à trouver cela normal…. Il y a là un cycle de la violence à briser.

Frapper un enfant peut aussi soulager la colère et l’énervement d’un maître… surtout s’il n’est pas venu là par vocation ; mais est ce la meilleure solution ?
N’y a-t-il pas là encore quelques relents d’une mentalité passée qui nous hante encore, selon laquelle « sans la chicote, un noir ne peut apprendre ni faire quelque chose de bon »… Il est grand temps d’en sortir, et définitivement. Le ministère a ouvert la voie…


Mairie de Ouagadougou


Tous les Burkinabè savent que d’ici 2, 5 ou 10 ans, c’est sûr, il y aura à Ouagadougou une « avenue Norbert Zongo »; il est devenu une personnalité incontournable du Burkina, internationalement reconnue… alors pourquoi s’acharner aujourd’hui contre ceux qui ont quelques années d’avance ? C’est uniquement une question de temps. Puisse Simon le comprendre… et l’accepter humblement.



Père Jacques LACOUR (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr





publié dans le journal Le Pays du mardi 24 février 2009, rubrique "Droit dans les yeux":
http://www.lepays.bf/spip.php?article1098

lundi 15 décembre 2008

Affaire Norbert ZONGO (Suites à Ouaga)

Bonjour,
Ce message est destiné à la presse et aux médias. Il s'agit de la réaction du collectif des organisations démocratiques de masses et de partis politiques à la suite d'interpellations de matin de 4 responsables du collectif qui ont été depuis relachés

Vous pouvez joindre les responsables du collectif aux numéros suivants

Chrysogone ZOUGMORE : (00 226) 70 72 90 65
Tolé SAGNON: (00 226) 70 20 53 56
Jean Claude MEDA: (00 226) 70 28 87 15
Me Bénéwendé S. SANKARA : (00 226) 70 20 34 78

Collectif des Organisations Démocratiques de Masse et de Partis Politiques
(AJB -ACAT –Ass. Scolaires - Ass. KEBAYINA/FB - CIJ -TS – Collectif CGT-B - FANIDHO - FONOZO – FTS – Groupe 14 Février –LDLP - MBDHP- MBEJUS - SEP - Col. Avocats – UGEB).


COMMUNIQUE


Le Bureau de la Coordination Nationale du Collectif des Organisations Démocratiques de Masse et des Partis Politiques informe les militantes et militants du Collectif, l’opinion publique nationale et internationale que quatre membres du Bureau de la Coordination nationale du Collectif ont été convoqués ce jour 15 décembre 2008 par la Gendarmerie Nationale. Il s’agit de Chrysogone ZOUGMORE, Président du Collectif, Tolé SAGNON, Vice-Président, Me Bénéwendé SANKARA et Jean Claude MEDA, tous deux rapporteurs.
Les responsables ont été auditionnés par le Chef d’Etat Major (le Colonel Martin Zambo ZONGO) entouré de deux de ses collaborateurs de 9h à 10 h 30 ce 15 décembre 2008. Au bilan de cet entretien, il leur est reproché d’avoir, au cours de la grande marche du 13 décembre 2008 marquant le 10ème anniversaire des assassinats de Sapouy, rebaptisé l’Avenue de la Nation en y apposant un autocollant portant la mention « Avenue Norbert Zongo ».
A l’issue de l’audition, le Chef d’Etat Major, en remerciant les responsables interpellés, a indiqué qu’il produira un rapport qui suivra son cours.
On se rappelle qu’en novembre 1999, à la suite de la publication d’une déclaration, les responsables du Collectif avaient été interpellés et auditionnés par la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN) puis déférés devant la justice le 27 décembre 1999 pour « appel à la sédition et à la désobéissance », « atteinte à la sûreté de l’Etat » et « démoralisation de l’armée ». Il a fallu une forte mobilisation nationale et internationale afin qu’ils soient relaxés.
C’est pourquoi, le Bureau de la Coordination nationale du Collectif, tout en félicitant l’ensemble des militantes et militants du Collectif, le Pays réel, les démocrates et progressistes à travers le monde pour leur mobilisation spontanée, les invite à rester mobilisés et à se tenir prêts au cas où l’évolution de la situation le commanderait.
En tout état de cause, la lutte doit se poursuivre et se poursuivra contre le non lieu et pour la réouverture et l’instruction sérieuse du dossier Norbert ZONGO. La Coordination nationale vous fera parvenir dans les jours à venir des instructions précises dans ce sens.
Ouagadougou, le 15 décembre 2008.
Pour la Coordination Nationale , le Bureau :

Le Président du Collectif :
Chrysogone ZOUGMORE
(M.B.D.H.P )

vendredi 12 décembre 2008

Il était une fois une lampe

Burkina Faso, Affaire Norbert Zongo:

Il était une fois une lampe


Une lampe. Quoi de plus banal ! dira-t-on. Oui, c’est a priori vrai si elle servait seulement à éclairer l’intérieur de la case d’une vieille au village, les étals d’un épicier dans un quartier périphérique ou encore le salon d’accueil d’un commissariat de police dans un chef-lieu de département isolé. Mais point de tout cela. Ce luminaire posé à l’entrée du bâtiment du Centre national de presse Norbert-Zongo (CNPZ) a une mission toute autre et des plus importantes : rester allumé jusqu’au jour où la lumière judiciaire sera faite sur la mort de ce journaliste émérite dont le centre porte le nom.

En janvier 1999, soit un mois après la mort du fondateur de l’hebdomadaire l’Indépendant, les journalistes participants à une journée qui lui était dédiée ont décidé d’installer ledit objet, pour symboliser leur soif de lumière (vérité) et de justice sur l’assassinat de leur confrère.

Et huit ans après, un des participants, Jean Claude Medah, président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), semble toujours animé de la détermination du premier jour : « Il en sera ainsi. La lampe restera allumée jour et nuit, qu’il pleuve ou qu’il neige. C’est vrai qu’il n’y a pas de neige au Burkina mais, c’est dire que, malgré les intempéries, ce luminaire jouera à plein temps le rôle pour lequel il a été conçu ».


Beaucoup de personnes qui visitent le Centre de presse cherchent à comprendre le symbolisme de cette lampe. Après explication, certains auditeurs, étreints sûrement par l’émotion, font parler leur cœur. Ils mettent la main à la poche en disant : « Tenez, payez du pétrole pour allumer votre lampe ». La deuxième du genre.

La première ayant été envoyée au cimetière parce qu’elle fumait beaucoup. En attestent les taches noires sur le mur. Le personnel d’appui s’occupe de l’entretien quotidien de l’objet avec une régularité qui frise le fétichisme. C’est le cas de Michel Nana, un des chargés de la sécurité des lieux. Il y a été embauché le 10 octobre 1998, soit deux mois avant l’assassinat de Norbert Zongo.

Etait-il présent le premier jour de l’installation de la lampe, en janvier 1999 ? « Non, a-t-il répondu, j’étais de nuit. On l’a mise dans la matinée, et c’est donc à mon arrivée, le soir, que je m’en suis aperçu ». A l’écouter, depuis ce jour, leur toute première activité lorsque lui ou son collègue de travail arrive le matin, c’est de voir comment s’est réveillée Dame Lampe.

Ils sont aux petits soins pour elle, comme s’il s’agissait de la prunelle de leurs yeux : « Nous vérifions le niveau du pétrole ; s’il est bas, nous en rajoutons. Nous nettoyons le verre s’il est sale et vérifions de temps en temps l’état de la mèche ». Et Jean Claude Medah de renchérir : « En saison pluvieuse, s’il y a du vent ou une averse qui risque de l’éteindre, nous la plaçons sous le chapiteau. Bien entendu, il arrive que l’on l’éteigne, mais juste pour changer de mèche ».

Dans le registre comptable de la maison, l’entretien de la lampe est classé dans la rubrique des menues dépenses, à l’image des piles pour la torche du gardien. Foi de Michel Nana, le verre de la lampe actuellement en fonction n’a jamais été changé. Par contre, le pétrole, lui, est injecté dans le réservoir en moyenne une fois tous les deux jours. « A la station, pour l’achat du carburant, j’amène avec moi 2000 FCFA pour une provision qui permet de tenir environ 15 jours », a estimé cet interlocuteur, qui ne veut se risquer à faire dans la précision.

Avec un petit calcul, la lampe a, depuis son installation en 1999, consommé pour environ 384 000 FCFA de pétrole. Une lanterne bien vorace, penseront les Harpagon sans cœur qui ne voient qu’à la dépense, oubliant la grande peine de ce luminaire constitué d’un réservoir contenant du pétrole lampant qui monte vers le bec grâce à une mèche et apparu vers 1853, malheureux veilleur de jour et de nuit, obligé de fonctionner 24 heures sur 24, qu’il pleuve ou qu’il neige, pour reprendre la formule de Claude Medah.

Le mieux serait plutôt de lui souhaiter de pouvoir s’éteindre bientôt pour souffler un peu. Sûrement que sa flamme rendra l’âme un jour, pour donner raison à cette sagesse qui stipule qu’aussi longtemps que durera la nuit, viendra le jour.

© L'Observateur : Issa K. Barry

mercredi 3 septembre 2008

Droit dans les yeux du 24 juillet 2007:"Justice et Paix" s'engage auprès des Femmes en Noir


Droit dans les yeux

"La vérité vous rendra libres" (1)

Les réactions n’ont pas manqué suite à la visite de la commission Justice et Paix de l’Eglise catholique, présidée par Monseigneur Thomas Kaboré aux Femmes en noir (FEN) qui se rendent chaque premier dimanche du mois sur la tombe de Norbert Zongo et de ses compagnons. Cette visite se situe, je pense, dans la logique de la motion qui avait été adoptée à la dernière semaine sociale de l’Eglise catholique et qui disait le désarroi engendré par le non- lieu dans l’affaire Norbert Zongo.

Favorables ou défavorables, ces réactions nous ont bien réjoui, parce qu’elles attestent qu’il n’y a et ne peut y avoir aucune indifférence par rapport à cette tragédie.

Je voudrais comparer cet évènement et ses suites à l’expérience de ceux qui circulent à bicyclette sur les petites pistes de brousse. Quand un arbre tombe sur le chemin, quand une ravine ouvre un fossé dans la route, etc, on contourne l’obstacle en ouvrant un petit sentier et peu à peu, la route principale disparaît, tant les obstacles sont nombreux auxquels on ne remédie jamais. Le village s’isole, se coupe du monde, l’ambulance et les commerçants ne peuvent plus s’y rendre…A moins de réparer la route, le village souffrira et peut-être mourra.

On ne peut indéfiniment "contourner " les difficultés et les situations tragiques qui jalonnent nos vies et celle de la nation. Il est nécessaire d’aborder ces sujets difficiles, trouver les solutions, soigner et guérir ce qui doit l’être, faire advenir la vérité, réparer, etc.… On ne peut indéfiniment dire, "passons à autre chose», sous peine de détruire notre lien aux autres et d’étouffer avec nos questions non résolues. La confiance disparaît, la vie ensemble devient difficile, sinon explosive.

C’est ainsi que j’interprète l’intervention de cette commission : Monseigneur Thomas Kaboré, les membres de la commission, et bien d’autres ne sont pas des magistrats ni des enquêteurs et ne peuvent donc pas faire avancer ce dossier difficile sur le strict plan de l’enquête et de sa solution juridique. Mais ils nous rappellent que tant que des gens sont dans la souffrance et dans l’attente, la compassion exige d’être présents aux côtés de ceux qui souffrent, des victimes….

En venant rencontrer les FEN et encourager leur démarche, ils nous rappellent que la vraie paix, la paix sociale dont nous rêvons et qui permet à chacun de trouver sa place dans notre société, se construit sur la vérité et la justice, sans haine et sans violences.

La justice raisonnable, celle qui cherche, trouve et sanctionne les meurtriers et les commanditaires, celle qui dit le droit sans consacrer l’impunité, cette justice raisonnable n’a pas encore eu lieu dans cette affaire.

En attendant, les FEN, comme les mères de la place de mai sous d’autres cieux, nous rappellent à toutes et à tous – et pas seulement aux autorités politiques – que les engagements pris lors des journées de pardon sont loin d’avoir été remplis.

Il serait bon de cesser de tourner autour de nos problèmes, d’oser regarder notre passé pour le guérir, pour aborder l’avenir dans une vraie paix, avancer sur les chemins de la réconciliation pour qu’enfin, le pardon demandé et donné dans la lumière de la vérité, nous rende enfin libres pour avancer !

Que Dieu bénisse le Burkina, ses filles et ses fils !

Père Jacques LACOUR
jacqueslacourbf@yahoo.fr

(1) Parole de Jésus citée par l’Evangile de St Jean

Le Pays du 24 juillet 2007



lundi, 19 novembre 2007