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lundi 24 janvier 2011

OGM, Wikileaks ne les a pas oubliés

Publié le jeudi 30 décembre 2010 - 18h04 sur www.lafranceagricole.fr/

Au ban des 250.000 notes diplomatiques relâchées au compte goutte par le site internet Wikileaks, certaines abordent la politique américaine en matière d’organismes génétiquement modifiés en Europe.

Ainsi le câble diplomatique du 14 décembre 2007, rédigé par l’ambassadeur américain à Paris en poste à l’époque, Craig Stapleton, suggère à Washington de « renforcer (leur) position de négociation avec l’UE sur les biotechnologies agricoles (les OGM, NDLR) en publiant une liste de représailles » à utiliser contre l’Union européenne, et la France en particulier, si les négociations avec Bruxelles venaient à échouer.

Le diplomate américain soulignait à son autorité de tutelle à Washington, dans ce câble révélé par Wikileaks, que l’Europe était en train de faire machine arrière sur la politique des OGM, la France et son Grenelle de l’Environnement jouant « un rôle de premier plan, avec l’Autriche, l’Italie et même la Commission » européenne.

Pour les américains, c’était la menace d’un outil de pression supplémentaire pour les anti-OGM, qui venait s’ajouter au « principe de précaution », permettant de retarder ou interdire la culture d’un OGM dans un Etat membre. Quelques semaines après, en janvier 2008, la France activait la clause de sauvegarde contre le maïs Bt MON810 de Monsanto devant la Commission européenne, au nom de ce principe de précaution. Début février, la culture du MON810 devenait illégale dans l’Hexagone.

Des représailles contre l’Europe et la France en particulier

Selon l’ambassadeur Stapleton, ce risque justifiait la mise en place d’une liste de représailles commerciales envers la France en cas de résistance prolongée de son gouvernement à l’autorisation de culture des plantes transgéniques sur son sol. Pour lui, cette stratégie américaine, avec un « coût réel pour les intérêts européens » peut « aider à renforcer les voix pro-biotechnologie en Europe ».

« En effet, les partisans des OGM en France - y compris au sein du syndicat agricole (sic) - nous ont dit que les représailles sont la seule façon » d’envisager un retournement de la position française, assure l’ambassadeur de l’époque.

D’après la missive, cette liste devait être suffisamment « douloureuse » pour toute l’Europe, en terme de « responsabilité collective », avec une attention particulière pour les Etats membres les plus récalcitrants, comme la France.

Cette liste devrait être « mesurée plutôt que vicieuse et durable à long terme », indiquait l’ambassadeur américain, présageant d’un combat long et difficile sur la question.

Madrid et Monsanto

Dans un deuxième câble envoyé de l’ambassade américaine à Madrid, datant de mai 2009, et révélé par Wikileaks, on apprend que « des sources industrielles » (Monsanto est nommée un peu plus loin) dénoncent la peur montante autour de la question des OGM parmi l’opinion des Etats membre, orchestrée par une coalition qui cherche à en faire bannir leur culture.

Les représentants de Monsanto auraient même rapporté selon le télégramme publié par Wikileaks, que l’adoption par la France de la clause de sauvegarde contre la culture du MON810, serait le fruit d’un marchandage entre les écologistes et Nicolas Sarkozy, afin que les premiers ferment les yeux sur la politique nucléaire du président français.

Dans cette note également, l’ambassade madrilène relaie l’appel d’un ministre espagnol et de Monsanto à un soutien américain sur la politique en matière de biotechnologies en Espagne (qui représente à elle seule 75 % du MON810 cultivé en Europe) et pour que Washington fasse pression sur la Commission.

Sources (en anglais) :

Pour l’Ambassade américaine à Paris : http://www.wikileaks.ch/cable/2007/12/07PARIS4723.html

Pour l’Ambassade américaine à Madrid : http://www.wikileaks.ch/cable/2009/05/09MADRID482.html

B.V.


lire aussi, c'est la suite pour la France....
http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/ogm-wikileaks-la-coordination-rurale-demande-des-explications-a-la-fnsea-37656.html

mercredi 6 mai 2009

Droit dans les yeux: d’autres paroles du Pape…

Droit dans les yeux

D’autres Paroles du Pape… (pas seulement le préservatif !)



A l’occasion de la récente visite du pape en Afrique, les médias se sont focalisés sur les paroles qu’il a prononcées à propos du préservatif… et cela a fait complètement oublier ou passer sous silence les autres grands thèmes qu’il n’a cessé d’aborder et qui sont extrêmement préoccupants pour l’Afrique. Lors de son passage au Cameroun, il a remis un document de travail extrêmement intéressant aux évêques, et par delà, à tous les chrétiens et les hommes de bonne volonté d’Afrique… je vous invite à en lire cinq paragraphes qui pointent quelques injustices criantes sur le continent et nous interpellent aussi dans notre situation :



« 56. La dimension sociopolitique de la justice. Pour réclamer justice, certaines « minorités ethniques » ou régions lésées prennent les armes et déclenchent la guerre. Les émeutes et expulsions de populations allogènes dans un même pays sont des actes graves d’injustice qui passent souvent impunies. Car souvent, les institutions judiciaires et toutes celles qui luttent contre la corruption sont noyautées par les forces politiques. Ceux qui détiennent le pouvoir utilisent les agents de la sécurité pour mater les citoyens qui expriment des opinions contraires aux leurs. D’autres formes d’injustice sont mentionnées : la peine de mort, le traitement inhumain des prisonniers, souvent en surnombre dans les maisons d’arrêt ; des délais excessifs de procès ; la torture des prisonniers ; l’expulsion des réfugiés au mépris de leur dignité.



« 57. La dimension socioéconomique de la justice. Le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP) cherche à identifier les formes et les causes de la corruption qui sévit sur le continent, et qui restent impunies. Les ressources naturelles sont confisquées et dilapidées par quelques groupes d’intérêt. La mauvaise gestion, les détournements de fonds publics, l’exode des capitaux vers les banques étrangères contre lequel l’Église qui est en Afrique avait déjà élevé la voix au dernier Synode, sont là des formes d’injustice qui demeurent impunies et contre lesquels l’Église doit prêter sa voix aux sans-voix.



« 58. Les travailleurs agricoles sur lesquels repose une grande partie de l’économie africaine sont victimes d’injustice dans la commercialisation de leurs productions, souvent payées à des prix très bas, fixés paradoxalement dans certaines régions par les acheteurs eux-mêmes. La population déjà défavorisée ne fait que s’appauvrir davantage. La campagne de semences d’Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), qui prétend assurer la sécurité alimentaire ne doit pas faire ignorer les vrais problèmes des agriculteurs : le manque de terre arable, d’eau, d’énergie, d’accès au crédit, de formation agricole, de marchés locaux, d’infrastructures routières, etc. Cette technique risque de ruiner les petits exploitants, de supprimer leurs semences traditionnelles et les rend dépendants des sociétés productrices des OGM. À cela s’ajoute le problème du changement climatique dont les effets se font sentir dans les zones arides, compromettant les gains modestes des économies africaines. Les Pères synodaux peuvent-ils rester insensibles à ces questions qui pèsent sur les épaules des paysans ?



« 59. La dimension socioculturelle de la justice. La culture est également le lieu d’injustices à examiner et à éradiquer, notamment le népotisme et le tribalisme qui sont des travestissements du devoir d’aide à son « frère ». La femme continue d’être assujettie dans toutes les régions sous diverses formes : les violences domestiques, expression de la domination des hommes sur la femme ; la polygamie qui défigure le visage sacré du mariage et de la famille, aussi par la compétition qu’elle engendre entre coépouses et enfants ; le manque de respect de la dignité et des droits des veuves ; la prostitution ; la mutilation des organes génitaux des femmes. Dans le rapport des nations, la mondialisation est un phénomène qu’il sied de considérer dans sa dimension légale, administrative et pratique. Car l’Afrique est devenue vulnérable face à l’envahissement des modèles des puissances militaires et économiques.



« 60. Le système éducatif demeure inadéquat : des classes d’élèves et étudiants en surnombre et des rapports enseignant/élèves ou professeur/étudiants anormaux. Les programmes éducatifs sont orientés vers la formation de chercheurs d’emplois et non de créateurs d’emplois. Le taux de chômage, par le fait même, galope car tous n’arrivent pas se faire employer. Compte tenu de l’engagement de l’Église dans le système éducatif, les Églises particulières souhaitent que les appels des Pères synodaux orientent et stimulent la recherche de ceux qui en ont la charge. »



Ce texte, s’il venait à tomber dans les mains du ministre de l’agriculture pourrait l’aider à réfléchir, en particulier par rapport aux OGM… Cette parole d’une grande autorité morale ne pourrait elle peser dans le débat en cours aujourd’hui au Burkina ? Le pape n’est inféodé à aucune multinationale semencière et recherche le bien des paysans… Puissions-nous, avec lui, devenir sensibles à toutes les questions qui pèsent sur les épaules des paysans.



Dans ce texte, les questions évoquées sont celles qui nous touchent dans notre quotidien. J’espère qu’un jour nos pères évêques du Burkina sauront actualiser pour nous dans nos situations concrètes ces paroles venues du Vatican. Et cela, pour donner force et courage à tous ceux qui travaillent dans le sens de la justice et de la paix et qui ont souvent l’impression de travailler à contre courant… sans l’encouragement explicite des grandes autorités morales du pays.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



Ce texte a été publié dans le journal "Le Pays", rubrique "droit dans les yeux", le mardi 5 mai 2009. edition papier et édition électronique.


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mercredi 29 avril 2009

Des "études" ruineuses et inutiles

Droit dans les yeux :

Agriculture, pauvreté et OGM…



Dans un pays où 80% de la population vit en milieu rural et vit directement ou indirectement de l’agriculture, j’ai envie de crier à l’escroquerie quand on parle d’une nouvelle enquête sur la pauvreté qui va, parait-il, coûter 2,5 milliards de francs… Les enquêtes ont été faites : la pauvreté a été analysée, décortiquée, mise en statistiques, décrite, inventoriée dans le « cadre stratégique de lutte contre la pauvreté », belle étude descriptive s’il en est ! Mais toujours, il y a une obstination têtue à refuser l’évidence. Si l’on veut lutter contre la pauvreté, il faut lutter contre ses causes, et surtout ses causes en milieu rural.

Juste après avoir quitté le pouvoir, Jacques Chirac disait : « L'autosuffisance alimentaire est le premier des défis à relever pour les pays en développement. Des outils existent. Nous savons tous ce qu'il faut faire : infrastructures rurales, stockage, irrigation, transport, financement des récoltes, organisation des marchés, micro crédit, etc.

L'agriculture vivrière doit être réhabilitée. Elle doit être encouragée. Elle doit être protégée, n'ayons pas peur des mots, contre une concurrence débridée des produits d'importation qui déstabilisent l'économie de ces pays et découragent les producteurs locaux.

…..Il faut miser sur les hommes, sur les producteurs locaux, qui doivent percevoir la juste rémunération de leurs efforts. Les échanges doivent obéir à des règles équitables, respectant à la fois le consommateur et le producteur. La libre circulation des produits ne peut pas se faire au détriment des producteurs les plus fragiles. »


Nous savons tous ce qu’il faut faire : alors pourquoi ne le faisons nous pas ? Pourquoi, les PTF, les donateurs, les bailleurs de fonds n’insistent ils pas sur ces actions élémentaires que réclament la CPF depuis toujours ? Pourquoi Monsieur Amos Tincani ne dit il pas plus clairement qu’au Burkina, on ne fera pas reculer la pauvreté si l’on ne soutient pas davantage l’agriculture ? Pourquoi le gouvernement refuse t il de financer le secteur agricole de manière conséquente ? Il faut financer et protéger l’agriculture comme le font tous les pays du monde : avec des subventions conséquentes, avec des prix rémunérateurs, avec des barrières douanières réalistes. Il faut imiter pour cela les grands pays développés et non écouter leurs stupides conseils d’ouvrir nos marchés : Le Japon n’a jamais voulu ouvrir ses marchés au riz étranger et il donne au Burkina ce qu’il est tenu d’acheter aux américains : il n’en veut pas chez lui pour ne pas déstabiliser ses riziculteurs !

Si vraiment 2,5 milliards de francs sont disponibles pour cette étude sur la pauvreté, invitons les bailleurs à reverser cet argent en crédit aux paysans… et ils éviteront le ridicule d’ajouter études sur études qui ne servent plus à rien tant qu’on ne s’attaque pas aux causes de la pauvreté…. Pour cela, écoutons les paysans !



Et il y a encore des gens qui prétendent que les OGM pourraient tirer le monde des famines et de la malnutrition. Les dernières nouvelles de ce côté-là sont pour eux particulièrement mauvaises :

= une étude américaine vient de prouver que sur 10 à 15 ans, les OGM (en particulier le maïs et le soja) n’améliorent pas du tout les rendements. Les cultures non OGM (comme le blé) voient leurs rendements progresser de la même façon sur la même période.

= Une autre étude vient de prouver aussi que les produits phytosanitaires utilisés (en particulier le Roundup) non seulement détruisent à long terme la fertilité des terres, mais qu’ils sont aussi particulièrement nocifs pour les populations : cancers, malformations congénitales, maladies allergiques diverses se révèlent dans toutes les localités proches d’épandage de ces produits par avion.

= un « bug » de laboratoire a fait livrer à l’Afrique du Sud des « semences OGM stériles » : des milliers d’hectares sont couverts de maïs sans épis ni grains ! Monsanto a promis de dédommager les agriculteurs trompés, mais il n’est pas sûr que les « billets verts » se cuisinent comme le maïs et nourrissent de la même manière. Le maïs OGM va-t-il devenir ainsi une arme de destruction massive dont disposent les multinationales semencières ?

= Enfin, un grand pays comme l’Allemagne vient de se ranger parmi ceux qui interdisent le maïs OGM tant les risques se révèlent de plus en plus violents pour les populations, l’environnement, la biodiversité et la dépendance.



Ne cherchons pas sur des fausses pistes des solutions qui nous sont toutes proches : pour lutter contre la pauvreté en milieu rural, ce ne sont pas des études nouvelles qu’il faut, ni des OGM, ni de l’agrobusiness….

Beaucoup de lecteurs me reprochent de n’être pas favorable à l’agrobusiness, mais que voyons-nous au Faso ? : Des personnalités proches du pouvoir, ou du pouvoir même, ou des opérateurs économiques prennent des terres où ils « jouent » à l’agriculture, car ils n’en ont pas besoin pour vivre. Ils bénéficient très souvent d’avantages que ne peuvent même pas espérer les paysans : matériels agricoles, tracteurs, intrants, exonérations diverses, main d’œuvre à bas prix… pour des résultats même pas significatifs, eux-mêmes n’étant pas paysans dans l’âme, n’aimant la terre que pour les bénéfices qu’elle pourrait rapporter, pas comme la mère nourricière. Ils espèrent ou même organisent des opérations spéculatives sur des terres qu’ils ont prises aux paysans. Qu’espérer de ces prédateurs : des récoltes plus abondantes, un respect de l’environnement… non, des profits, et pour cela des cultures de rentes tournées vers la vente à l’étranger. Et comme en Irlande en 1850, les paysans mourront de faim quand ces industriels agricoles exporteront leurs récoltes pour leur seul enrichissement. Est-ce ce modèle que nous voulons pour ce pays ?


Par contre, si les paysans pouvaient gagner sécurisation foncière, matériel agricole, tracteurs, intrants, exonérations aux mêmes conditions, s’ils étaient accompagnés pour vendre leurs récoltes, alors, il n’y aurait pas besoin de nouvelles « études » ruineuses et inutiles, alors la pauvreté reculerait dans les campagnes, alors l’espérance renaîtrait chez les paysans.


Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


publié sur le site du journal "Le Pays" du 28 avril 2009, rubrique "droit dans les yeux" à l'adresse suivante:

http://www.lepays.bf/spip.php?article1687

avec 8 messages de forum


lundi 23 mars 2009

Droit dans les yeux: Peut on forcer les peuples à cultiver et à manger des OGM ?

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Droit dans les yeux

Peut on forcer les peuples à cultiver et à manger des OGM ?


Ce qui vient de se passer en Europe devrait être très instructif pour nous tous ici au Burkina.

La commission européenne présidée par Mr Barroso vient de subir un cinglant revers sur ce sujet : Elle voulait obliger tous les pays de l’Union Européenne à autoriser la culture du maïs OGM Mon 810 de la firme américaine Monsanto, au prétexte que, peut être, un jour, l’OMC allait condamner l’Union Européenne pour ce refus.

Pourtant deux pays ont interdit cette culture sur leur territoire : l’Autriche et la Hongrie. La commission voulait faire lever cette interdiction. Contre tous les lobbies, contre Monsanto, contre la commission européenne qui abusait gravement de ses prérogatives, les ministres européens lui ont dit « Non ». On ne peut, on ne doit pas forcer ceux qui n’en veulent pas !


Ainsi, la commission européenne n’a pas pu forcer des états qui ne le voulaient pas à cultiver des OGM, surtout le Mon810, ce maïs à problème dont les peuples, informés, ne veulent pas dans leur nourriture, mais surtout pas non plus dans leur environnement, tant il menace la biodiversité.

Ainsi, les peuples qui n’en veulent pas ont obtenu gain de cause et peuvent continuer de refuser les OGM contre la collusion « Commission européenne – Monsanto », contre les lobbies malhonnêtes qui font des pressions innommables.


Mais pour cela, il faut que les peuples soient informés, qu’ils aient une société civile forte, qu’ils soient sensibilisés au développement durable et à la biodiversité, qu’ils n’aient pas envie de devenir esclaves de Monsanto dont les pratiques sont aujourd’hui mieux connues, et qu’à l’approche d’élections, ceux qui veulent se faire ré élire soient capables d’écouter les peuples.


Pourtant aujourd’hui encore, il y a des dirigeants qui osent proclamer que « seuls les OGM pourront résoudre les problèmes de famines dans monde » ! Faut il être mal informé ou avoir si peu de prudence et de discernement pour dire aujourd’hui des choses pareilles ! Une telle affirmation n’est qu’un argument publicitaire et commercial uniquement proclamé par les multinationales qui les produisent… et un argument qui n’a pas fait ses preuves, une véritable illusion !


Aujourd’hui, trois pays produisent l’essentiel des maïs OGM : les USA, l’Argentine et le Brésil (et encore, essentiellement pour la nourriture animale et les agrocarburants); partout ailleurs – sauf à bricoler les statistiques -- les cultures OGM reculent ou, en tous cas, stagnent, même si le Burkina fait figure d’exception en se lançant dans cette hypothétique aventure dont il ne maîtrise réellement ni la technologie ni les tenants et aboutissants. Hélas !


C’est probablement ce qui fait qu’au Burkina, le débat sur les OGM a été décrété clos avec ceux qui cherchent des explications, remettent en cause les OGM, ou les refusent. Au Burkina, les autorités ont décidé sans le peuple et n’acceptent plus le débat avec ceux qui contestent ces choix. Au Burkina, les autorités en charge de l’agriculture ne veulent plus discuter, et même avec un syndicat paysan qui avait demandé une entrevue sur la question.


On ne discute plus, tant la controverse risquerait de déstabiliser des choix parfois bien difficiles à justifier.


Ainsi, devant un peuple largement analphabète, qui ne sait pas ce dont il s’agit, devant un peuple qui ne vit pas en régime démocratique au sens qu’il n’a pas vraiment la possibilité de s’exprimer, devant un peuple sous informé et qui n’est pas autorisé à poser des questions, devant un peuple de paysans que l’on ne craint pas, alors, oui, on peut continuer à refuser le débat, et alors oui, on peut lui faire cultiver et manger des OGM !*


Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



Cette rubrique "Droit dans les yeux" a été mise en ligne sur le site du journal "Le Pays" dès le lundi 20 mars à 21 heures, à l'adresse suivante:
http://www.lepays.bf/spip.php?article1348

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lundi 27 octobre 2008

Des réunions secrètes à l'UE pour imposer les OGM


Ce dimanche, The Independent on Sunday révèle un scandale au niveau européen. Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne se réunissent en secret pour accélérer les processus d'autorisation des cultures OGM, contrer les opposants et rassurer les populations en faisant intervenir les représentants de l'industrie. L'artillerie lourde est de sortie...

Dimanche 26 octobre 2008, The Independent on Sunday nous livre la synthèse de quelques documents confidentiels plutôt étonnants. Des réunions secrètes ont été convoquées par Jose Manuel Barroso, président de la Commission européenne et présidées par son chef de cabinet, Joao Vale de Almeida. A la demande de Barroso, chaque Premier ministre des 27 a nommé un représentant spécial. Pour la France, il s'agirait d'un "collaborateur proche" de Nicolas Sarkozy. Au menu de ces petites sauteries privées, un sujet urgent et hautement stratégique : trouver les moyens d'accélérer la culture des OGM et de persuader les citoyens européens de les accepter.

Court-circuiter le Conseil des ministres et contourner le blocage "démocratique"

En Europe, actuellement, les populations y sont majoritairement opposées, même dans les pays qui les autorisent, comme l'Espagne. Ce qui force les gouvernements à bloquer certaines décisions au niveau du Conseil des ministres. Mais la Commission européenne n'est pas tenue de demander leur avis aux gouvernements, ni aux députés européens. Elle n'est pas tenue non plus de s'expliquer devant aucune juridiction, c'est aussi cela, l'Europe ! La Commission européenne va donc imposer ses choix, comme elle en a le droit. Et ces réunions confidentielles sont destinées à arrondir les angles.

Les industriels à la manœuvre, Monsanto en tête

Les conclusions de ces réunions montrent clairement que les 27 souhaitent "accélérer le processus d'autorisation en se basant sur des évaluations solides, afin de rassurer l'opinion publique". Et la meilleure façon de rassurer l'opinion publique, pour nos dirigeants, est d'inciter les représentants de l'agriculture et de l'industrie – exemple au hasard, Monsanto – à se faire davantage entendre pour contrer les écologistes. Et les documents livrent, pour finir, quelques conseils courtois : pour "s'occuper au mieux de l'opinion publique", il faudrait "un dialogue non passionnel et basé sur les normes très élevées de la politique OGM de l'Union européenne". Barroso, lui-même, y insiste d'ailleurs sur "le rôle de l'industrie, des partenaires économiques, de la science pour participer activement à un tel dialogue", pour rassurer des "citoyens qui se sentent mal informés". Car, ajoute-t-il, le débat "ne devrait pas être laissé à certains groupes qui y trouvent un intérêt légitime mais matériel". Tout un programme.

Jusqu'à présent, l'industrie des biotechnologies reste sur la défensive. Ses arguments sont principalement que les OGM réduisent la consommation de pesticides et sont indispensables pour alimenter la planète. Des arguments qui tenaient tant que les cultures restaient confidentielles, mais qui, aujourd'hui, sont largement contestées. Il ne fait cependant aucun doute qu'avec des coachs de la trempe de Barroso et Sarkozy, les industriels sauront rebondir et trouver de nouveaux arguments pour nous rassurer... secrètement.

(Sources : Les mots ont un sens, The Independent, Amis de la terre)

mercredi 3 septembre 2008

Dix questions pour les parlementaires européens

Droit dans les yeux :

Dix questions pour les parlementaires et membres de la Commission Européenne

Bonjour Père Jacques!

Je… vais rencontrer quelques parlementaires et des membres de la Commission Européenne (Développement- Gestion durable des ressources naturelles) les 7 et 8 mai prochains. Vous avez peut-être des questions ou interpellations que nous pourrions apporter dans ces entretiens : au sujet de l’agriculture, de l’eau ou des minerais, des agrocarburants, du marché du carbone, du transfert de technologie. Que pensez-vous du soutien de l’UE aux projets de ‘développement’ en Afrique de l’ouest ? Est-ce que les choix de l’UE répondent aux priorités des habitants ? Quelles sont les urgences des prochaines années, au Burkina, et dans les autres pays d’Afrique de l’ouest ?



Si vous avez des exemples concrets pour illustrer vos propos, ils sont bienvenus.



Mes questions sont volontairement un peu vastes pour ouvrir le champ des réflexions. Vos questions peuvent être pointues/précises.

Merci pour votre contribution. Je sais que votre charge est importante. Je sais aussi que ces entretiens sont importants car ils peuvent être les premiers d’une série si nous réussissons un bon contact ; et qu’à terme, cela pourra porter du fruit pour le quotidien des africains. C’est l’objectif.
A bientôt

(Les noms ont été supprimés)

Question 1 : l’aide détournée

Comment, quelles procédures envisagez vous pour qu’une aide arrive à celles et ceux à qui elle est destinée ?
Qu’elle ne se transforme pas en 4x4, séminaires avec per diem, bâtiments inutiles, fonctionnaires désoeuvrés, détournements par les autorités et administrations (déguisés ou pas) ?
En particulier l’aide destinée aux paysans et agriculteurs.
(Au Burkina, même les tracteurs donnés par l’Inde sont détournés au profit des barons du régime, puis le dossier est confié à la justice et enterré.)

Question 2 : l’agriculture familiale

Pourquoi avez-vous si longtemps méprisé l’agriculture familiale – avec la complicité des dirigeants africains --
Qui pourtant seule peut freiner l’exode rural, le grossissement des villes sous-équipées et l’émigration vers l’Europe
Qui seule peut permettre la souveraineté alimentaire (et l’auto suffisance alimentaire) ?
Qui seule peut permettre un réel décollage économique (transformation, distribution, mécanisation progressive, etc…)
Dans la crise alimentaire qui se prépare, renforcée par la spéculation – partie intégrante du système économique que vous prônez – que comptez vous faire pour l’aider à se développer ?

Question 3 : les produits africains d’exportation

Pourquoi avez-vous toujours encouragé de la part de l’Afrique les seules exportations de produits bruts sans valeur ajoutée, sans lui donner aucune chance réelle pour des produits transformés (sauf quand ils passent par les multinationales du Nord) ?

Question 4 : la libéralisation des services (et les privatisations)

Pourquoi, dans le cadre des APE, vouliez vous libéraliser les services ? Quels intérêts l’Europe défend elle dans ce contexte : le seul enrichissement des multinationales du Nord avec asservissement des services de l’eau, de l’énergie…, ou bien le « développement durable » de l’Afrique (qui puisse enfin décoller) ?

Question 5 : La « politique africaine » de l’Europe

L’Europe a-t-elle une préférence pour les « dirigeants durables et enrichis » ou pour les peuples d’Afrique ? La Françafrique et les réseaux (Bolloré, Roussin, Total, Bongo…) quels rôles jouent ils (leur capacité de lobbying et de corruption) pour déterminer les politiques européennes en matière de développement ?

Question 6 : A propos des APE

Dans le cadre des APE, les dirigeants européens eux-mêmes reconnaissent que les précédents accords (Lomé, Cotonou) ont failli ; des accords commerciaux asymétriques et la dimension développement en faisaient pourtant partie… Qu’en sera-t-il d’accords réciproques et sans définition d’une quelconque dimension développement ?
Souhaitez vous vraiment une catastrophe pour l’Afrique ?

Question 7 : à propos des OMD

Les OMD deviennent chaque jour de plus en plus un phantasme, une illusion, un effet d’annonce. Que comptez vous faire pour que la santé (prévention… paludisme, tuberculose et autres…) l’éducation (scolarisation massive…pour définitivement faire reculer l’ignorance) l’accès à l’eau et à la nourriture, les droits économiques et sociaux soient réellement mis en œuvre (sachant que ces questions n’intéressent les dirigeants locaux que dans la mesure où leur pouvoir s’en trouve menacé) ?

Question 8 : les agrocarburants

L’Europe voulait développer les agrocarburants et visait des terres en Afrique par l’intermédiaire de sociétés pas toujours « claires ». Où en est elle a présent ? Mesure t elle l’enjeu des conséquences de cette politique ?

Question 9 : les OGM

De grandes sociétés multinationales ont convaincu (comment ?) les dirigeants du Burkina d’hypothéquer le pays par le coton Bt (OGM). Etes vous prêts à faire le même effort pour nous aider à développer le « coton bio » ?

Question 10 : politique l’eau pour la « bande sahélienne »

Pour « sauver le Sahel », il s’agit d’abord d’y sauver les bas-fonds par de multiples retenues d’eau ? (fixer les populations, cultures de contre saison et promotion de l’élevage) Etes vous prêts à faire un effort en ce sens ?

Question subsidiaire (pas d’obligation d’y répondre) : motivations politiques

Aimez vous assez l’Afrique pour vouloir son développement propre ; ou est ce la peur de l’arrivée de la Chine et des US qui vous motive éventuellement aujourd’hui ?

Demande de pardon : Il m’a toujours été dit que j’aurais pu faire à peu près tous les métiers sauf diplomate ! Merci de pardonner mon langage trop direct mais d’y lire les questions de fond que j’essaie de soulever.

Koudougou, le 25-4-2008
Père Jacques LACOUR
jacqueslacourbf@yahoo.fr

article paru le 13 mai 2008
dans le Journal "Le Pays" (édition papier)
rubrique: droit dans les yeux
et repris sur lefaso.net, le même jour




mardi, 13 mai 2008

Monsanto démasqué

Le Pays n° 4091 du 08/04/2008

Droit dans les yeux

Monsanto démasqué

C’est grâce à une journaliste d’investigation très courageuse que nous avons maintenant un dossier sérieux sur la firme Monsanto, leader mondial des OGM.

Elle s’appelle Marie Monique Robin.

Grâce à elle, une enquête portée à l’écran sur la chaîne de télévision européenne Arte le mardi 11 mars 2008 (21h), et un livre : "Le monde selon Monsanto ; de la dioxine aux OGM : une multinationale qui vous veut du bien" (Editions de la découverte) nous dessinent le portrait de ce géant de l’agrochimie, inventeur de quelques-uns des pires polluants de la planète.

Avec 17.500 salariés, un chiffre d’affaire de 7,5 milliards de dollars en 2006, un bénéfice de 1 milliard de dollars, une implantation dans 46 pays, Monsanto représente le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle.

Que lui reproche-t-on ?

On lui reproche de cacher la toxicité de ses produits

Dès 1935, Monsanto fabrique un liquide réfrigérant pour transformateurs électriques (les PCB ou pyralène, en français). Dès 1937, Monsanto savait que ce produit présentait un grave danger pour ses clients et pour ses ouvriers, mais il n’a rien dit et n’a rien fait pour protéger utilisateurs et ouvriers jusqu'en 1977 où ce produit fut définitivement interdit.

Le roundup, désherbant très utilisé par beaucoup de jardiniers dans le monde se révèle être cancérigène ("Nous nous sommes rendu compte que le roundup affectait un point clé de la division des cellules ; c’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer" professeur Bellé)

L’Aspartame, utilisé à la place du sucre (en cas de diabète ou pour d’autres raisons), est une molécule potentiellement cancérigène qui donnerait notamment des tumeurs au cerveau.

Monsanto a produit les pires produits qui ont empoisonné notre planète et ruiné notre santé. Outre le pyralène dont nous venons de parler, il a produit l’"agent orange" utilisé pendant la guerre du Vietnam comme défoliant et qui a provoqué quantité de malformations congénitales sur la génération suivante. Il produit la "dioxine" à l’origine, par exemple, de la catastrophe de Soveso en 1976 en Italie.

On lui reproche une publicité mensongère particulièrement agressive :

Le roundup a été longtemps vanté comme "biodégradable et bon pour l’environnement" ; quand il s’est révélé cancérigène et dangereux pour l’environnement, la firme fut condamnée aux Etats-Unis et en France pour publicité mensongère, mais le mal était déjà fait ! Et pourtant, dit la justice française, l’industriel savait "préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique" (= dangereux pour l’environnement).

Pour obtenir les résultats d’une étude sur le maïs Mon863 qui a servi de nourriture à des rats, le gouvernement allemand a dû aller en justice, car Monsanto ne voulait pas fournir de documents, au motif qu’ils relevaient du secret commercial.

Or nous savons que Monsanto a l’habitude de cacher délibérément au public l’éventuelle toxicité de ses produits.

Aujourd’hui, leader mondial des OGM, Monsanto refuse de faire des études de toxicité sur ses semences OGM, car dit-il, "en vertu du principe d’équivalence en substance" (= un plant transgénique est "à peu près" identique à un plant non modifié), ces expériences et études sont inutiles !

Cette réglementation, adoptée aux Etats-Unis sous la pression de Monsanto ne fait pas l’unanimité : "Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon de très nombreux experts de l’agence de sécurité américaine pour la nourriture et les médicaments (FDA), ils conduisent à des risques différents."

Mais Monsanto, l’administration américaine et le gouvernement américain ont partie tellement liée que toute contestation devient impossible.

En effet, il s’avère que depuis plus de vingt ans, de nombreux cadres passent de la Maison blanche, du Congrès, des agences environnementales, de l’OMC, vers Monsanto et vice-versa. Du coup Monsanto a de solides alliances ! (Même chose avec les revues scientifiques, les laboratoires et les universités…)

On reproche aussi à Monsanto d’avoir tout fait pour faire taire les critiques à son égard :

Et Marie Monique Robin donne de multiples exemples : le Dr Burroughs fut licencié de la FDA pour avoir alerté sur les risques de l’hormone de croissance bovine (encore une invention de Monsanto !) "C’était pourtant ma mission", dit le docteur.

Le biochimiste Pusztai a vu sa carrière ruinée pour avoir dit à la BBC après une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé : "Il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes", et pourtant, dit-il, "moi le premier, j’étais un ardent supporter de la biotechnologie".

Enfin, le biologiste Ignacio Chapela a été victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir révélé la dissémination de maïs transgénique dans le maïs traditionnel mexicain, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

Tous les OGM qui sont aujourd’hui cultivés n’ont jamais été testés de manière rigoureuse. Tous les scientifiques indépendants qui ont essayé de la faire, ont finalement perdu leur travail, ou ont été salis.

On reproche à Monsanto d’avoir "breveté le vivant", d’avoir fait changer la loi aux Etats-Unis pour protéger "sa" propriété intellectuelle sur les gènes du vivant, ce qui n’était pas possible il y a 15 ans.

En Argentine, par exemple, la loi n’autorise toujours pas les brevets sur le vivant, la compagnie avait donc dû renoncer à des "royalties" (= des revenus à ne rien faire, une rente) sur les OGM… Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins !

Aux Etats-Unis même, et au Canada, Monsanto poursuit devant les tribunaux les agriculteurs qui utilisent les semences Monsanto ou les réutilisent sans payer. Monsanto a mis en place pour cela de nombreux systèmes de délation et de détectives et un numéro de téléphone gratuit. "Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. C’est impossible de se défendre contre cette firme."

On reproche à Monsanto de faire perdre aux paysans leur indépendance par rapport aux semences. En effet, les paysans qui cultivent des OGM sont obligés de signer un contrat qui leur interdit de garder une partie de leur récolte pour la re-semer, comme c’est pourtant l’usage depuis l’avènement de l’agriculture, il y a 10 000 ans. Il devient également illégal pour des paysans d’échanger des semences entre eux.

On reproche à Monsanto de pratiquer la corruption pour conquérir de nouveaux marchés. C’est évidemment toujours très difficile à vérifier, mais pourtant, récemment, Monsanto a été condamné pour corruption en Indonésie : l’un de ses représentants sur place avait acheté une centaine d’officiels indonésiens pour mettre sur leur marché le coton BT, un coton transgénique. (Celui-là même que nous adoptons au Burkina).

J’essaie de résumer tant bien que mal ce livre, fruit d’une enquête exceptionnelle de trois ans sur trois continents : en le lisant vous-même, vous découvrirez vous aussi la genèse d’un empire industriel qui, à grands renforts de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et de tentatives de corruption, est devenu l’un des premiers semenciers de la planète.

Avec Monsanto, c’est la programmation de la mort, à court terme, de la diversité biologique et de l’agriculture biologique à cause du problème de la contamination par pollennisation : un document secret de la Communauté européenne souligne que les cultures de maïs transgéniques entraîneront la disparition du maïs biologique.

Cette émission et ce livre arrivent un peu tard pour nous les Burkinabè, même si ces documents ont ouvert nos yeux sur les méthodes, le cynisme et les objectifs de cette multinationale.

En effet, "le 19 février 2008, M. Maxime Somé, ministre délégué chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a annoncé le démarrage de la culture industrielle du coton BT cette année suite au consensus trouvé entre la firme Monsanto et la "partie burkinabè" sur la fixation des prix de la semence et le partage des royalties" (Observateur paalga du 21/2/2008)

Les détails de ce « consensus » n’ont évidemment pas été publiés. Mieux vaut sans doute que les paysans et les générations à venir ignorent à quel prix et au profit de qui ont été vendus leur dépendance et leur malheur prochain.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



lundi, 7 avril 2008

J'ai marché avec la COPAGEN contre les OGM


La COPAGEN se résout à informer sur les OGM

Ouagadougou 20 fév. (AIB) - La Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) est résolument engagée à sensibiliser la population à prendre distance avec les Organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle a réaffirmé cet engagement lors d'une conférence de presse ce mercredi 20 février à Ouagadougou.

La conférence entre dans le cadre de la caravane qui se déroule du 16 au 24 février 2008 au Burkina Faso pour une sensibilisation accrue de la population sur les conséquences de l'instauration de la culture des OGM en Afrique.

L'enjeu majeur visé par la COPAGEN régionale à travers ses différences activités est la protection, la préservation de la biodiversité et du patrimoine génétique africain (les espèces humaine, animale, végétale, les microorganismes, les aliments, les plantes médicinales etc.)

La présente conférence a pour objectif principal de faire passer « l'information juste » par le biais des Hommes de la presse aux consommateurs, aux producteurs, aux élus locaux et aux simples citoyens ; ce afin que « lorsqu'il s'agira de prise de décisions que les populations le fassent en connaissance de cause » , a précisé le professeur Jean Didier Zongo de l'université de Ouagadougou.

Dans cette lancée, la coalition organise des formations de communicateurs, des rencontres avec les parlementaires dans certains pays. Elle tente autant qu'elle le peut de faire sentir l'enjeu de sa lutte au niveau des organismes internationaux. Et la lutte porte déjà fruits selon le professeur Jeanne Zoundjihekpon (COPAGEN/Bénin).

Dans les différents pays, les concepts scientifiques sont expliqués aux populations en langues locales afin qu'elle saisissent l'essentiel du message de la COPAGEN.

La coalition fonctionne sous «la formule des cotisations et le soutien d'organismes internationaux. L'engagement personnel de chacun est mis en avnt car cette lutte se fonde sur une question de survie, et n'a donc pas de prix » a ajouté Mamadou Goita de COPAGEN/Mali.

La COPAGEN , dans une déclaration liminaire, « interpelle le gouvernement de la république du Burkina Faso qui assure actuellement la présidence de la CEDEAO pour qu'il prenne leurs responsabilités et préserve l'agriculture de la sous région, les producteurs agricoles, les consommateurs et tous les peuples d'Afrique de l'Ouest du danger que constitue l'introduction des OGM dans l'agriculture et l'alimentation de la région au plan sanitaire, économique, social et culturel ».

La COPAGEN marche contre les OGM

Ouagadougou 19 févr.-La coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) a organisé, mardi dans la soirée à Ouagadougou, une marche pour dire au « NON » aux Organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l'agriculture et l'alimentation.

Les marcheurs venus des huit pays de l'Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA), plus la Guinée Conakry ont arpenté les artères de la capitale burkinabé avec les slogans hostiles à l'introduction des OGM dans les secteurs de l'alimentation et de l'agriculture.

Sur les banderoles on pouvait lire : « Non aux OGM », « cultiver bio, c'est véritablement protéger notre environnement »

Après une distance d'une dizaine de kilomètres, les marcheurs ont fait une halte au rond point des Nations Unies pour remettre un mémorandum au directeur de cabinet du Premier ministre burkinabé, M. Jérôme Compaoré accompagné du directeur chargé du développement rural, M.Dakar Djiri.

Dans ce document, la COPAGEN appelle le gouvernement à cultiver la prudence dans l'introduction des OGM dans l'agriculture.

La COPAGEN a condamné l'attitude des dirigeants africains qui se laissent dominer par des multinationales semencières au détriment de la survie du monde paysan.

Les deux représentants du Premier ministre ont promis transmettre le document à qui de droit.

Cette marche s'inscrit dans le cadre de la caravane sur les enjeux des OGM dans l'agriculture dans la sous région.

La caravane qui va se dérouler du 16 au 24 février a quitté simultanément Fada N'Gourma (Est de Ouagadougou) et Dandé pour aboutir à Houndé (Ouest de Ouagadougou)

texte: AIB.

mercredi, 5 mars 2008

Les OGM et nous...

Les OGM et nous…

La protection du patrimoine génétique africain

L’enjeu des cultures génétiquement modifiées est un enjeu colossal et les quelques très grosses firmes multinationales, au nombre de 6 ou 7, qui les contrôlent sont appuyées par le gouvernement des Etats-Unis. Elles visent à étendre leur domination sur toutes les agricultures du monde

1) en imposant la culture de leurs variétés de semences (qu’on doit obligatoirement acheter chaque année, et payer cher) et l’utilisation de leurs produits phytosanitaires sans aucune précaution.

2) En « brevetant le vivant », c'est-à-dire en se déclarant propriétaires d’espèces végétales ou animales dont ils « découvrent » des propriétés ! Elles accaparent ainsi ce qui était « patrimoine de l’humanité » jusqu’en 1992….

3) En pillant les savoirs traditionnels des communautés et le patrimoine génétique des pays les plus pauvres qui ne peuvent se défendre.

Et cela, elles veulent le faire très vite,

avant que les vrais dangers ne se révèlent,

avant que les peuples ne soient au courant,

avant que la plupart des paysans n’aient pris conscience de ce qui se passe

Elles comptent pour cela sur la collaboration de firmes locales (comme la Sofitex au Burkina…) de certaines organisations paysannes (comme l’UNPCB au Burkina…) et de gouvernants prêts à se lancer dans l’aventure pour des raisons mal connues tant les intérêts des pays pauvres divergent de ceux des multinationales dans ce domaine.

Au Burkina, sur ce sujet, nos gouvernants étaient tellement pressés qu’ils ont fait voter aux députés les décrets d’application avant la loi qui autorise la culture des semences génétiquement modifiées (coton Bt) !!! Les députés y ont-ils compris quelque chose ?

Alors oui, il est temps de se poser de sérieuses questions ; il est temps d’interpeller nos gouvernants :

Pourquoi nos dirigeants sont ils les seuls de la sous région à se précipiter sur les O.G.M. ?
(Alors que les pays voisins sont très prudents, que l’Europe se prépare à faire marche arrière et que les consommateurs européens refusent les OGM)

Pourquoi sont ils si pressés ? Y a t il d’autres enjeux que l’on ne nous dit pas ?

Pourquoi la SOFITEX et l’UNPCB imposent ils le coton Bt sans informer les paysans des enjeux et des risques à long terme ?

Pourquoi n’y a-t-il jamais de vrais débats avec les paysans avec le « pour » et le « contre », mais seulement des campagnes d’information à sens unique assorties de « cadeaux » bien ambigus.

Pourquoi n’évoque t on jamais les possibles problèmes de santé liés aux OGM ? Que fait on du principe de précaution ?

Pourquoi le gouvernement des Etats-Unis est il si lié à ces multinationales pour imposer son maïs OGM aux peuples qui ont faim ? Soit disant comme une aide ???

Pourquoi n’aborde t on jamais les problèmes de contamination de nos semences par les semences OGM ? Qui nous rendra nos semences « originales » si un jour il apparaît que tout est contaminé et peu rentable ? (Peut être les multinationales qui ont des réserves mondiales de semences originales… et qui reviendront nous les vendre très cher.

Pourquoi le problème de l’accaparement de nos ressources génétiques africaines, y compris celles du Burkina, n’est il jamais abordé ? Les multinationales sont elles déjà venu prendre des échantillons de tout ce qui est chez nous pour en breveter l’usage ?

Pourquoi les brevets sont ils si chers ? Et pourquoi refuse t on ainsi par ce moyen la possibilité pour les communautés traditionnelles de défendre leurs savoirs ? Pourquoi les multinationales OGM nous prennent elles nos savoirs pour revenir nous les vendre très chers ?

La propriété intellectuelle devient ainsi un véritable vol, une spoliation des peuples pauvres…

L’Union Africaine a une recommandation qui interdit de breveter le vivant. Pourquoi n’est elle pas appliquée ?


Et ne croyez surtout pas que je sois opposé à la recherche !

OUI à la recherche médicale, y compris génétique, mais en laboratoire !

OUI aux OGM en laboratoire pour l’étude et les progrès !

OUI à l’inventaire du patrimoine génétique africain, à sa sauvegarde et à la protection des savoirs traditionnels

NON aux cultures OGM en plein champs sans études de risques (santé, contamination,…) faites par d’autres que les seuls producteurs d’OGM.

NON aux brevets sur le vivant (déclaration de l’Union Africaine)

Mauvaise nouvelle : Un paysan de Kali (région de Hounde) s’est suicidé… devant l’état de son champ de coton, à cause des crédits qui s’accumulent et la peur d’être saisi par les gendarmes à cause de ses dettes (information reçue du SYNTAP, mais pas encore publiée dans les journaux !)

Père Jacques LACOUR -- BP 332 Koudougou
jacqueslacourbf@yahoo.fr

(article publié par le quotidien "Le Pays", rubrique "Droit dans les yeux" le mardi 30 octobre 2007)


samedi, 3 novembre 2007

La COPAGEN a animé un atelier pour les communicateurs :

Mieux maîtriser les débats autour des OGM

dans l’agriculture et l’alimentation africaines

Du 8 au 10 octobre, nous nous sommes retrouvés à une vingtaine de communicateurs autour du thème des OGM, et des conséquences de leur introduction dans l’agriculture africaine.
Cet atelier se déroulait dans la banlieue Est de Ouagadougou au centre « Paam Yoodo ».

Les animateurs de cet atelier étaient Madame Bernadette OUATTARA, directrice d’INADES-FORMATION et Monsieur Joachim BAZIE

Cet atelier a été organisé par la COPAGEN, Coalition pour la protection du Patrimoine Génétique Africain, une structure née en 2004 à Grand Bassam en Cote d’Ivoire et qui est active actuellement dans 9 pays de la sous région. Cette coalition qui regroupe de multiples structures de la société civile, vise à protéger le patrimoine génétique africain et à garantir les intérêts stratégiques des communautés locales par des actions de plaidoyer. (Le point focal de cette coalition pour le Burkina est INADES-FORMATION)

Le président de COPAGEN-Burkina, Monsieur Drissa SOARE (du CNTB) est venu ouvrir cet atelier. Il nous a invités à mettre toutes nos compétences au service de cette cause si importante qu’est la préservation du patrimoine génétique africain pour qu’ainsi nous puissions sensibiliser les populations par nos communications ; sur ce sujet en effet, l’information dans notre pays est souvent à sens unique.

Ensuite de nombreuses communications sont venues conforter les connaissances des participants dont certains étaient déjà bien à l’aise avec le sujet. D’autres ont pu compléter leur information par ces conférences et par de multiples documents dont 4 (quatre) brochures de vulgarisation qui doivent nous aider à nourrir nos interventions dans les radios, journaux ou ONG avec lesquels nous travaillons.

Les diverses interventions nous ont permis de nous familiariser avec les notions un peu complexes, au premier abord, de biodiversité, biotechnologies, génie génétique, OGM, droits des communautés locales… Cachées derrière des mots complexes, il s’agissait de nous approprier ces notions dans un langage simple pour pouvoir à notre tour les transmettre aux populations. Travail passionnant s’il en est.

Bricoler les brins, les graines de la vie pour la transformer… inventer des plantes nouvelles sans connaître les conséquences de leurs cultures sur l’environnement… se laisser désapproprier nos savoirs ruraux au profit de multinationales qui « s’approprient » tout… La notion actuelle de « propriété intellectuelle » est au seul profit des multinationales… Comment rendre aux communautés locales leurs droits sur le vivant… (Faudra t il payer une taxe un jour pour cueillir une feuille de neem ?)

L’introduction des OGM dans nos agricultures et notre alimentation pose des grands problèmes : dépendance nouvelle des paysans des multinationales du Nord, les OGM enlèvent une part de la diversité génétique, les OGM contaminent les plantes de la même famille, pas de maîtrise des risques (santé, environnement…), résistance des insectes et apparition de nouvelles mauvaises herbes, naissance de nouvelles souches de virus, manque de sécurité biologique, pas d’études d’impact indépendantes, les consommateurs informés ne veulent pas des OGM…

Sur toutes ces questions, un véritable débat démocratique est nécessaire et indispensable, mais il n’a pas lieu : nous devons travailler à ce que naisse ce dialogue entre décideurs, experts, gouvernement, paysans et société civile dans chaque pays de la sous région.

Bien sûr, nos braves paysans ne maîtrisent pas la structure du vivant, sur laquelle nous nous sommes longuement attardés (organisme, organes, tissus, cellule, noyau, chromosomes, ADN, gènes). Mais à l’aide de comparaisons et en créant des mots adaptés dans les langues nationales, il est possible de faire passer les messages pour être compris. Nous avons travaillé à élaborer un peu ce vocabulaire nouveau et il est fort intéressant de constater que nos langues nationales se prêtent magnifiquement à cet exercice.

Une des grandes questions étudiées fut aussi l’aspect juridique qui encadre les OGM, leur dissémination, et les droits des communautés locales par rapport à ces questions. Leurs droits aussi par rapport aux droits de propriété intellectuelle en Afrique. La spoliation qui menace les savoirs traditionnels de nos communautés est grande et toutes les précautions n’ont pas encore été suffisamment prises pour que nos connaissances traditionnelles en matière d’agriculture et de diversité biologique ne soient pas confisquées au profit des seules multinationales et des Etats du Nord.

Nous savons que dans les temps qui viennent, des organismes comme l’USAID, avec MONSANTO et l’INERA vont organiser ici même à Ouaga des réunions d’experts sur ces questions : la voix des communautés rurales sera-t-elle entendue ? Probablement pas, ou à travers des représentants acquis aux causes des multinationales.

Nous avons lancé un appel pour qu’une information impartiale soit donnée à tous, que tous puissent s’approprier ces questions. Le travail des experts est indispensable, mais il n’est pas suffisant pour aboutir à des conclusions engageant toute l’agriculture et l’alimentation de nos pays.

Après avoir conclu les travaux de cet atelier, les communicateurs présents ont décidé de mettre en place un réseau souple pour se communiquer les informations sur ces questions… C’est une autre histoire qui commence. Celle d’un engagement pour nos communautés paysannes, pour notre agriculture, pour notre alimentation… et nous sommes tous dedans !

Père Jacques Lacour (participant à l’atelier)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



mercredi, 24 octobre 2007