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mardi 10 février 2009

la lutte contre la misère, la lutte pour transformer les structures qui engendrent la misère.

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Droit dans les yeux :

L’un des grands combats qui vaut aujourd’hui et toujours, c’est la lutte contre la misère, la lutte pour transformer les structures qui engendrent la misère.


A l’occasion d’un de mes récents articles qui a suscité beaucoup de réactions, je voudrais revenir sur le thème de la pauvreté et de la misère dont je parle souvent dans cette rubrique. Nous ne cessons d’entendre dire et peut être de dire nous mêmes: « Nous sommes un pays pauvre » ; « nous sommes nous-mêmes pauvres » ; « nous manquons de moyens » ; « nous n’en sortirons jamais » et avec la crise, ces sentiments sont plus forts que jamais.


Quand j’étais prêtre en paroisse souvent chargé de l’aide aux pauvres, des distributions de la Caritas ou autres, et que je demandais aux responsables d’identifier les plus pauvres, ils me répliquaient invariablement : « mais nous sommes tous pauvres ». Et pourtant, un regard un peu habitué voyait facilement les familles les plus démunies, les plus dépendantes, sinon les plus misérables. Pas question pourtant lors des distributions de les aider davantage. Il y avait un « égalitarisme », un « refus de voir » qui m’a toujours choqué… quand ce n’était pas le chef qui accaparait une grosse part pour asservir encore un peu plus les plus pauvres…


A l’occasion d’une de ces dotations en vivres, nous avions décidé d’intervenir au niveau des sociétés de culture. En effet, quand vient ton tour de recevoir les travailleurs de ta société de culture dans ton champ, il faut les nourrir, leur donner le dolo et peut être même la cigarette ou la cola. Incapables de préparer cette nourriture, les plus pauvres passaient leur tour de recevoir les travailleurs dans leurs champs et vendaient à vil prix cette journée de travail à des plus riches qui en profitaient pour leurs propres champs. Ainsi les plus pauvres travaillaient pour les autres et les autres ne travaillaient jamais pour eux.

Nous avons donc fourni farine et huile à ceux qui habituellement devaient passer leur tour… et qui ont pu ainsi recevoir leur journée de travail. Pour certains, cela a permis un vrai démarrage… mais j’étais loin de m’imaginer la violence de la réaction des plus riches qui ne pouvaient plus acheter ainsi des travailleurs à vil prix ! Non seulement jaloux que l’on ait aidé efficacement des pauvres (et pas eux), mais surtout fâchés d’avoir été privés de main d’œuvre à bon marché.


Cette expérience fut pour moi déterminante : j’ai vraiment découvert très concrètement, au travers d’une organisation qui se disait solidaire, que ce système d’ « entraide » enrichissait les riches et appauvrissait les pauvres.


Alors, plus jamais je ne veux entendre :
« Les différences existent dans la société et elles existeront toujours. Ce n’est ni de votre faute ni de ma faute s’il y’a des pauvres et des riches »
Les différences existent et c’est à cause des structures injustes contre lesquelles il faut se battre : nous y sommes pour quelque chose et il y a toujours quelque chose à faire, au niveau personnel et au niveau commun. Il y a des choses à faire pour que le fossé entre riches et pauvres diminue.
« Laissez chacun faire sa fête comme il le peut et selon ses moyens. Que ceux qui ont leurs moyens y aillent. Tant pis pour les aigris. »
Il ne s’agit pas d’être aigris ; il s’agit qu’on ne peut pas être vraiment heureux avec un pauvre à sa porte – à moins de se boucher les yeux et de fermer son cœur. On ne peut être heureux tout seul, en fermant les yeux sur le malheur des autres. On ne peut sans cesse ignorer les pauvres et les raisons pour lesquelles ils sont pauvres. Il faut regarder, réfléchir, agir…


Alors, j’aime beaucoup cette parole de Martin Luther King citée aussi par un lecteur :
« La vraie compassion, ce n’est pas jeter une pièce à un mendiant ; c’est comprendre la nécessité de restructurer l’édifice même qui produit des mendiants »
Tous, nous avons à chercher les racines de la pauvreté. Et à lutter ensemble pour les faire disparaître…
Moins d’égoïsme, plus d’attention aux autres
Moins d’âpreté au gain, plus de partage
Moins de « libéralisme », plus de solidarité active organisée au niveau de la nation
Moins de course personnelle à la fortune, plus de recherche du bien commun…
La liste n’est pas finie, vous pouvez ajouter vos suggestions.
Il faut changer, refaire l’édifice qui produit des pauvres et des misérables…
Et ne jamais s’accommoder de leur existence à nos côtés sans rien faire.


Père Jacques LACOUR (BP 332 KOUDOUGOU)
jacqueslacourbf@yahoo.fr


paru le mardi 10 février dans le journal Le Pays, rubrique "Droit dans les yeux"



et repris sur le fasonet

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mercredi 3 septembre 2008

Droit dans les yeux : Nous sommes 176° sur 177


Nous sommes 176° sur 177

Voilà, c’est dit, c’est écrit.

Nous sommes 176° sur 177 dans le classement du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) pour « l’indice de développement humain ».

Scolarisation, alphabétisation, accès à l’énergie, aux communications, routes, accès à la santé et à l’eau, espérance de vie, mortalité infantile, accès à la nourriture…ils sont nombreux les critères évidents qui font de nous les derniers, les plus pauvres, ceux qui avancent le moins vite.

On peut ressentir plein d’amertume, ou de honte à lire cela.

On peut contester les chiffres, fermer les yeux, jouer à l’autruche, ne rien regarder ni ne rien voir. Dire « Non, c’est pas vrai, il fait bon vivre au faso ! » Mais pour qui donc fait il si bon vivre au faso ?

On peut aussi se consoler en se disant qu’on avance quand même, mais sans doute moins vite que les autres, alors, c’est pour cela que dans les statistiques on paraît reculer. Nous sommes en effet passés de 0,317 en 2003 à 0,37 en 2007.

Nous sommes dans un monde qui va très vite, alors aujourd’hui, ceux qui avancent lentement -- ou ceux qui ne bougent pas -- reculent dans le classement !

Mais on peut aussi regarder la triste et dure réalité vécue au quotidien par la majorité de la population :

= Le revenu des cotonculteurs s’est effondré ces trois dernières années (le prix d’achat du coton a baissé et celui des intrants a augmenté… (Le revenu des agents de la SOFITEX, lui, n’a pas baissé : où est l’erreur ?)

= Les alphabétisés d’il y a trois ans, que connaissent ils encore aujourd’hui puisqu’on ne leur a rien fourni comme lecture ?

= Pourquoi y a-t-il eu plus de 3.000 morts (officiels) de la méningite cette année ?

= Quinze provinces (5.000.000 habitants) vont souffrir de la famine ou de la sous alimentation cette année.

= Combien de Burkinabè n’ont pas accès à l’eau potable encore ?

= L’effort souhaité de scolarisation reste plombé par des ressources insuffisantes.

= La motivation des fonctionnaires s’écroule devant la mauvaise gestion de l’Etat.

= La lutte contre la corruption ne touche que les plus petits.

= Dans une réunion récente, je viens d’apprendre que la moitié des villages du Burkina ne sont pas programmés (même à long terme) pour avoir accès à l’électricité.

= Les routes promises ne sont pas faites.

= Le long de la route Ouaga-Bobo, les infrastructures téléphoniques sont triples, alors que tant de villages attendent au moins un téléphone.

= Et que dire de l’accès à la santé : les médicaments sont trop chers, trop de soignants sont démotivés, le Burkina profond est abandonné au profit de Ouaga.

La mortalité infantile reste très élevée, celle des mamans aussi !

= Une minorité s’enrichit, qui aurait bien du mal à justifier de leur fortune devant des services fiscaux « normaux » (mais y a-t-il quelque chose de normal au faso dans ce domaine ?)

= La femme n’arrive pas à trouver sa place dans la société d’aujourd’hui : trop souvent exclue de l’éducation, mutilée, encore distribuée en mariage, interdite de propriété de terres (qu’elle cultive), harcelée pendant les études ou quand elle reste célibataire… et pourtant c’est elle qui porte la plus grande part de l’économie du pays.

= Les gens de condition servile continuent de travailler pour rien ; les manœuvres agricoles pour 300 F par jour ; il y a aussi les petites bonnes qui rendent si agréable la vie bourgeoise en ville. (Une belle qualité de vie pour les privilégiés, mais à quel prix humain !)

= Le taux de chômage en ville -- et en campagne -- est très élevé ; les jeunes sont sous-employés (Voyez ces grands gaillards vendant des cartes de téléphone !)

Et la liste n’est pas close des « indices » de développement humain qui nous prouvent que nous n’avançons pas si vite. Et pourtant, étonnamment, notre président se félicite du taux de croissance du Burkina qui serait excellent. (Nous sommes dans le top 40 !)

Mais le taux de croissance économique brut, le PIB par habitant, cela ne dit rien de l’inégale répartition des richesses, cela ne dit rien de la pauvreté endémique, cela ne dit pas que le développement ne profite qu’à quelques uns.

Ainsi nous manquons d’une réelle politique agricole qui permette un vrai décollage économique. Nous manquons d’une bonne gestion qui ferait revenir au pays les capitaux indûment placés à l’étranger. Nous manquons d’une bonne gouvernance qui donnerait à chacun sa chance, même s’il n’appartient pas au parti majoritaire. Nous manquons d’une élite politique passionnée par le développement du pays. Nous manquons d’une justice qui ne consacre pas l’impunité. Nous manquons de leaders capables de mobiliser les énergies…


Comme le disait récemment Maitre Farama dans une expression quelque peu outrancière : « Le Burkina pue la misère de toutes parts »… et il n’y a que les privilégiés des villes, pardon, de la ville de Ouaga pour ne pas s’en apercevoir…

Mais, au fait, dans leurs calculs, les gens du PNUD ont-ils pensé à compter Ouaga 2000 ?

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)
jacqueslacourbf@yahoo.fr
Koudougou, le 5 décembre 2007


samedi, 12 janvier 2008

"Le Burkina pue la misère de toutes parts"

Pendant que les grands du régime fêtent leurs 20 ans de pouvoir, d'autres pleurent la mort de Thomas Sankara; maître Farama, lui, nous propose une analyse lucide de la situation du Burkina et des urgences auxquelles il faudrait faire face... texte un peu long, mais très intéressant!


Me Prosper Farama :
"Le Burkina pue la misère de toutes parts"

mardi 16 octobre 2007.

Me Prosper Farama, avocat à la Cour, dépeint d’une plume trempée dans du vitriol les 20 ans de pouvoir Compaoré. Au finish, son constat est que "s’assurer un repos complet, boire de l’eau potable, constituent pour des millions de Burkinabè un luxe.

Il y a 20 ans, semble-t-il, à "l’insu de notre plein gré" (pour emprunter une expression bien chère à un ami), nous sommes rentrés de plain-pied dans une renaissance démocratique, dont on nous a bruyamment rappelé que nous jouissons depuis, (quelquefois même sans le savoir) des bienfaits.

Vingt ans, c’est l’âge d’or qui se fête. Et le CDP, le président Blaise Compaoré et ses amis ont décidé de le fêter. Et tambours battants, des exégètes nous ont doctement expliqué qu’il nous était interdit de faire une confusion entre la commémoration de leur renaissance démocratique et celle de l’avènement de Blaise Compaoré au pouvoir. Mais tout de même, nous sommes autorisés à retenir que sans Blaise Compaoré et ses camarades du 15 octobre 1987, il n’y aurait jamais eu de renaissance démocratique. L’Etat de droit et la démocratie ne seraient même pas nés de la Constitution du 11 juin 1991, mais bien de ce putsch violent de ce jeudi noir du 15 octobre 1987.

Ainsi, après nous avoir rectifié les mentalités, s’être largement rassemblés en vue d’assurer leur développement solidaire, aujourd’hui, afin de nous permettre d’admirer leur progrès continu, ils nous invitent à fêter le 20e anniversaire de l’accession brutale au pouvoir de Blaise Compaoré ... pardon, de leur renaissance démocratique. D’ailleurs, cette guéguerre sur la sémantique et la terminologie nous paraît absolument inutile et sans intérêt. Qu’il s’agisse de la commémoration de 20 ans de règne de Blaise Compaoré ou de 20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré, quelle différence ? Le 15 octobre 1987, Blaise Compaoré accédait au pouvoir. Le 15 octobre 2007, Blaise Compaoré est toujours au pouvoir. C’est la constante. Et la question fondamentale qui vaille la peine d’être posée, à notre humble avis, c’est de savoir ce que nous pouvons retenir des 20 ans de règne du président Blaise Compaoré.

Vingt ans de liberté, de démocratie et de développement, paraît-il ! Mais que de contradictions !

Que le CDP et ses amis décident de dater la naissance ou la renaissance de sa démocratie à partir d’un événement aussi funeste que la tragédie du 15 octobre 1987, peut paraître à certains égards indécent, mais c’est leur droit. Nous pensons.

En revanche, ce qui nous paraît insaisissable, dans ce choix, c’est toute la contradiction qui va avec.

Tenez. La mort de Sankara, aux dires de son frère et ami, n’a jamais été voulue par lui, il n’en était même pas informé.

Répondant à ce sujet au journal Jeune Afrique dans son édition du 4 novembre 1987, Blaise Compaoré déclare ceci : "Lorsque je suis arrivé au Conseil de l’Entente après la fusillade et que j’ai vu le corps de Thomas à terre, j’ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs". Pourtant, dans la même soirée du 15 octobre 1987, les épithètes à l’endroit de Thomas Sankara sont sans réserve : "traître à la révolution", "renégat", "autocrate..." Sankara apparaissait clairement comme un paria aux yeux des auteurs de la renaissance.

Et curieusement, quelques années plus tard, le CDP propose d’élever le renégat, le traître, l’autocrate au rang de héros national. Comment un traître peut-il être un héros ? Quand on sait que depuis la mythologie grecque, un héros, c’est simplement un demi-dieu ; aujourd’hui encore, pour nos contemporains, un héros est un homme d’exception qui montre de la grandeur d’âme, de la noblesse, qui a pu se rendre célèbre par son succès dans quelque matière. Un héros, c’est simplement un grand homme. Alors, comment un traître peut-il être un héros ?

Et voilà qu’après avoir proposé d’élever Thomas Sankara au rang de héros national, le CDP nous ré-explique aujourd’hui, que pour les besoins de la renaissance du Burkina, il a fallu éliminer Thomas Sankara, seul obstacle à une résurrection démocratique. Quel héros et quelles contradictions !

Mais quand on se souvient que les tenants de cette renaissance sont partis d’une révolution de gauche marxiste-léniniste pour déboucher sur un capitalisme sauvage, peut-on encore s’étonner de leurs contradictions ?

Nous avions à peine douze ans quand Blaise Compaoré arrivait au pouvoir

Quand en 1983, le capitaine Blaise Compaoré entrait avec le CNR dans le sérail du pouvoir, les enfants de notre génération avaient à peine 12 ans. Aujourd’hui, je suis assez mûr pour opiner sur la renaissance démocratique que les siens prônent.

Dans 8 ans, en 2015, à la fin supposée du dernier mandat de Blaise Compaoré, nous aurons près de 45 ans, et nos enfants seront aux portes de l’université, et Blaise Compaoré aura accumulé près de 30 ans de pouvoir. Et c’est cela leur renaissance démocratique !

Non. L’un des socles fondamentaux de la démocratie, c’est le respect du principe de l’alternance qui demeure la seule alternative possible en démocratie. Quand un groupe d’hommes s’empare et "confisque" le pouvoir, cela ne saurait être qualifié de démocratie. D’ailleurs, dans ce 21e siècle, cette curiosité démocratique, le Burkina Faso la partage avec quelques rarissimes autres démocraties de son genre, tels le Zimbabwe, le Gabon, le Togo ... et nous en oublions certainement.

Nous n’avons aucune traître notion de la science politique, mais tout de même ! Quand un pouvoir est géré par un groupe de personnes dont le dénominateur commun semble être la fortune et peut-être autre chose, cela ne s’appelle pas une démocratie ; cela ressemble plutôt à une oligarchie à forte tendance ploutocratique.

Quelle démocratie !

Une démocratie, une vraie, et il faut en convenir avec le CDP, implique un respect scrupuleux des libertés et droits fondamentaux dont le plus important et le premier est sans aucun doute le droit à la vie. Et les démocrates de la renaissance jugent qu’ils nous garantissent depuis 20 ans ces libertés grâce auxquelles nous pouvons aujourd’hui nous exprimer librement. Que Dieu leur en soit reconnaissant ! Mais ce peuple se souvient que cette renaissance a vu le jour le 15 octobre 1987 par l’assassinat de 13 Burkinabè ; il n’oublie pas non plus qu’en pleine renaissance démocratique, un matin de mai 1990, les militaires de la renaissance ont fait irruption sur le campus universitaire de Ouagadougou, où ils ont traqué, bastonné et enlevé des étudiants : Dabo Boukary, alors étudiant en 7e année de médecine, et le professeur Guillaume Séssouma, enlevés, n’ont jamais réapparu. Et pas de corps, pas de tombes.

Il nous revient aussi douloureusement à l’esprit qu’un soir de 1991, Tall Moctar a été littéralement fusillé tandis que le professeur Oumarou Clément Ouédraogo était déchiqueté par une grenade offensive ; ce peuple n’oublie pas non plus qu’en 1998, David Ouédraogo, alors chauffeur de François Compaoré, a perdu la vie après avoir été rôti avec deux de ses compagnons par des gardes du corps de Blaise Compaoré ; personne n’oubliera dans ce pays que Norbert Zongo, un après-midi du 13 décembre 1998, est tombé dans une embuscade avec quatre compagnons d’infortune, assassinés et brûlés. Ils feignent d’oublier, ces démocrates de la renaissance, qu’à Boussé, Garango, des enfants de cette patrie sont tombés sous des balles assassines. Leur seul tort : avoir pensé que dans une démocratie naissante ou renaissante, ils avaient le droit élémentaire de manifester.

La liberté, c’est aussi la justice, seule garante de cette merveille divine ; or, quelle justice nous offrent ces démocrates de la renaissance ? Nul besoin d’épiloguer. Le constat s’impose : pendant qu’aucun des célèbres dossiers "pendants" n’a trouvé un dénouement sérieux, les prisons de la république sont peuplées de sans culottes ; et avec la renaissance, on a même découvert un triste concept propre à la justice burkinabè : les juges acquis. Depuis la renaissance, la Justice ne se rendrait plus au nom du peuple mais au nom du régent, puisque les juges lui sont acquis.

Et c’est cela leur renaissance démocratique ! Et ils pensent qu’ils nous ont apporté la liberté comme Jésus apporta aux chrétiens la parole divine ! Ils ont le droit de penser, car c’est au moins la seule liberté qu’on ne peut arracher à quiconque sur cette terre. Mais ces libertés minimales dont jouit le peuple digne de ce pays, personne ne les lui a offertes. C’est au prix d’énormes engagements et de sacrifices incommensurables de tous ces martyrs connus et anonymes, combattants de la liberté tombés sur le champ d’honneur, que ce peuple a acquis le droit de respirer l’air libre de sa patrie ; d’ailleurs, ils devraient le savoir et ils le savent : aucune liberté sur cette terre ne se donne. Elle se conquiert.

Oui, le Burkina se développe. Mais pour qui ?

Aussi bête que cela puisse paraître, les seuls critères d’appréciation de l’action des autorités politiques par les peuples, c’est leur capacité à apporter des solutions concrètes aux problèmes du moment auxquels ils sont confrontés.

Même le maréchal Mobutu l’avait compris. Il affirmait lors d’une session ordinaire du comité central de son parti que "la compétence des dirigeants politiques des années à venir se [mesurerait] par leur capacité à nourrir leur peuple". Mais ce qu’il avait oublié, comme tant d’autres, c’est qu’on ne développe pas une nation ni par des slogans, ni par des formules magiques.

C’est aussi ce que semblent oublier les démocrates de la renaissance quand ils proclament le développement du Burkina depuis leur renaissance. A certains égards, ils ont peut-être raison. C’est connu, on ne réfléchit pas de la même façon dans un château et dans une chaumière.

Le Burkina Faso progresse, se développe. Certainement ; mais tout dépend de quel côté du Burkina on se trouve.

Si l’on fait partie de cette élite que Norbert Zongo avait baptisée "Le Burkina des affaires qui gère les affaires du Burkina" ; si l’on compte parmi ce 1 pour cent des Burkinabè qui détiennent cinquante pour cent des richesses de ce pays ; si l’on fait partie de ceux pour qui la politique est devenue un sésame qui ouvre les portes de l’opulence, des privilèges, de l’arrogance et, quelquefois même, de l’impunité, naturellement le Burkina Faso se développe. Mais n’oublions pas. Ce pays compte près de 12 millions d’âmes vivantes, et le Faso, ce n’est pas Ouaga 2000 !

Parce que pendant que les uns s’offrent le luxe d’aller soigner leurs rhumes et toux à l’extérieur dans des centres médicaux huppés à coups de millions, souvent aux frais de la république, les autres sont, chaque année, décimés par des épidémies récurrentes de méningite, de paludisme ...

Une démocratie n’en sera jamais une tant qu’y persistera un si haut degré de misère parmi les populations ; or ce peuple ne vit pas. Il vivote à la limite de la décence humaine. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir. Le Burkina pue la misère de toutes parts, n’en déplaise à tous ceux qui, du haut de leurs tours d’ivoire, se bouchant le nez et fermant les yeux, ont déjà oublié, ou feignent de ne pas savoir qu’en ce plein 21e siècle, s’assurer un repas complet, boire de l’eau potable, constituent pour des millions de Burkinabè, un luxe, un privilège.

En vérité, les rares domaines dans lesquels le Burkina a connu incontestablement un développement prodigieux, c’est la corruption, le favoritisme, la fraude, l’enrichissement illicite et la pauvreté. Le dernier rapport de Transparency international sur la corruption nous en donne une preuve, si besoin en est ; notre chère patrie est passée de la 69e place à la 105e des pays les plus corrompus au monde. Quelle admirable progression ! D’ailleurs, cette réalité, personne ne semble la contester, même pas le député Achille Tapsoba du CDP qui, répondant à une question posée par L’Observateur Paalga en date du 5 octobre 2007 relativement à ces fléaux, nous donne cette fabuleuse leçon d’économie politique : "Ce sont des phénomènes qui existent dans les sociétés qui fonctionnent avec le système capitaliste, lequel est fondé sur la concurrence, le profit et sur l’exploitation des potentialités et des capacités. C’est clair, c’est net." Et c’est sans commentaire.

La démocratie, ce n’est pas un vain mot. Elle ne se décrète pas, elle se vit au quotidien. Et à ce propos, Winston Churchill définissait l’Etat de droit comme étant "celui où tous les citoyens sont sûrs, en entendant un coup de sonnette au petit matin, qu’il s’agit du laitier".

Espérons qu’il en est ainsi pour tous les Burkinabè depuis la renaissance !

Maître Prosper Farama

Avocat à la Cour

Le Pays




mercredi, 17 octobre 2007

Pour préparer la journée du refus de la misère




Pour continuer à s'engager contre la misère,
voir:
http://www.oct17.org/fr