Affichage des articles dont le libellé est Souveraineté Alimentaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Souveraineté Alimentaire. Afficher tous les articles

lundi 6 avril 2009

Droit dans les yeux : La Journée du Paysan.


Droit dans les yeux :

La Journée du Paysan.



Je suis bien content, cette année, que la journée du paysan se déroule à Koudougou : je vais pouvoir y assister un peu. Journée qui fut longuement préparée et que bon nombre de mes amis paysans appellent : « la journée du président ».


Ma plus grande surprise, quand je me suis rendu à l’Université pour les discours officiels, c’est de voir le nombre de 4x4 sur le parking de stationnement. Vraiment, on aurait pu croire que c’était le salon du 4x4 de Koudougou ! Je ne me rappelle pas avoir vu tant de 4x4 rassemblés au Burkina, et pourtant, j’y suis depuis près de 30 ans ; et toutes les marques étaient représentées, et tous les modèles jusqu’aux plus luxueux. Ce ne sont quand même pas les paysans qui roulent habituellement en 4x4 !


Les chauffeurs m’ont expliqué que ce sont les personnels de tous les services convoqués qui ont rempli l’amphi depuis le matin… Ainsi donc, il n’y a pas que les paysans. Loin de là.

Je resterai au dehors avec une foule de paysans pour qui, bien sûr, il n’y avait plus de place… Mais comme c’était bien sonorisé, ça allait quand même : le président, on peut toujours le voir à la télé.


Le ministre de l’agriculture s’est publiquement réjoui de l’augmentation de la production, mais il a plus loué les aides ponctuelles de l’Etat que la peine et la sueur des paysans. Les paysans ont produit vraiment plus, sauf pour le coton qui a baissé de 31%… Depuis le temps qu’on essaie de faire comprendre au ministre qu’un prix rémunérateur pour le paysan le motivera bien plus que toute autre chose. Si la filière riz a tant produit cette année alors qu’elle était en faillite, c’est d’abord parce que le prix du riz a monté. Et comme le prix du coton baisse, la production baisse – quelles que soient les aides à la filière… C’est d’une telle limpidité…



Dans le discours du Président, deux choses m’ont frappé :

Il a très peu parlé des paysans, il parlait des « acteurs et actrices » du monde rural… A-t-il honte du mot paysan ? Ou voulait-il s’adresser aussi à ses nombreux auditeurs dans la salle qui n’étaient pas paysans ? Il y a là un glissement qui déçoit quand même beaucoup : la journée du paysan ne devient-elle pas ainsi la journée de ceux qui tournent autour des paysans (avec leurs 4x4) ?

Par contre, par deux fois, il a parlé de « souveraineté alimentaire ». (C’est nouveau et c’est bon signe). Pas seulement de « sécurité alimentaire » comme il le fait toujours largement, mais de « souveraineté alimentaire », ce droit des peuples à produire la nourriture qu’ils veulent consommer … et de manière durable.


Il a invité les paysans à bouger dans un monde qui bouge : les contraintes sont nombreuses, les défis sont immenses… il faut s’adapter continuellement.

Mais les paysans attendent désespérément que les gouvernants bougent, que les législateurs bougent, que l’administration bouge : A quand la « loi d’orientation agricole » ? A quand la sécurisation foncière de ceux qui travaillent la terre ? A quand l’accompagnement de la mise en place d’un vrai circuit d’approvisionnement pour les intrants ? A quand un vrai budget de l’agriculture et qui cesse de n’être exécuté qu’à moitié chaque année alors que les besoins sont si immenses ? Les paysans vous regardent : c’est vous qu’ils attendent de voir bouger.


Un petit tour à la foire agricole a tout simplement montré que les paysans sont capables de produire de tout dans tous les domaines, et d’abord pour alimenter les marchés locaux qui deviennent source de richesses pour tous… Ils s’adaptent, ils diversifient, ils répondent aux besoins locaux. Sans marché intérieur alimenté par les paysans, comment serait-il possible de faire reculer la pauvreté ?


Les conclusions des ateliers et des forums ont montré qu’un réel travail de réflexion a été accompli, mais qu’en restera t il dans 15 jours, dans deux mois ? Quel suivi y aura-t-il pour toutes ces suggestions et ces propositions qui sont répétées chaque année, inlassablement,… et en cours d’année par les organisations paysannes, inlassablement ? Qui écoute vraiment les paysans au long des jours ?


Pourtant, les organisations paysannes ne cessent de faire des analyses, des suggestions et des propositions qui sont très peu entendues. Ce sont des groupes restreints de hauts fonctionnaires, d’experts et de décideurs qui élaborent, bien loin des paysans, les « politiques agricoles », successions peu cohérentes et sans vraie suite de projets, de programmes, de plans d’action et autres qui permettent, entre autres, l’achat de tant de ces 4x4 inutiles.


Reprenant un des derniers messages de plaidoyer de la CPF (Confédération Paysanne du Faso), je lis :

« … La part des dépenses publiques consacrées à l’agriculture est très faible… La mise en place d’une politique nationale de financement du monde rural était un objectif initial, mais oublié en cours de route… Le Plan d’Action/Organisations Professionnelles Agricoles (PA/OPA) reste un échec unanimement admis…

Il est urgent, par une loi d’orientation agricole, de définir une vision claire et partagée à long terme de l’agriculture par l’ensemble des acteurs, de créer un consensus entre les acteurs économiques de l’agriculture, la société et les pouvoirs publics, d’entretenir un message de confiance en l’avenir du monde rural et agricole et de moderniser notre agriculture…

Parmi les priorités, il faudrait traiter le financement de l’agriculture familiale, le budget affecté à l’agriculture, le statut du paysan et la protection sociale… »


A la tribune de l’ONU, le chef de l’état, en septembre 2008 déclare ceci : « La crise alimentaire que le monde vit a suffisamment montré l’inconséquence de nos politiques agricoles et la fragilité de nos systèmes de production et de commercialisation ; il est urgent de relancer les investissements en faveur de l’agriculture et de soutenir les organisations paysannes et professionnelles dans des partenariats innovants. »

Est-ce un discours à usage interne ou à usage externe ?


Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


(Ce jour là, j’ai porté une chemise en pagne de la CPF ; c’est rare que je porte une « chemise publicitaire », mais ce jour-là, j’en étais fier !)


Ce texte a été publié dès le lundi 6 avril à 21heures sur le site internet du Pays, rubrique "Droit dans les yeux"

mardi 6 janvier 2009

créer « un grand ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’alimentation »?

Droit dans les yeux :

Ne faudrait il pas créer « un grand ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’alimentation » ?

Lors d’un de mes déplacements récents dans le Sahel, j’ai été vivement interpellé sur la question des deux ministères différents et séparés de l’agriculture et de l’élevage.


Pourquoi, me demandait on, faut il absolument deux ministères alors qu’aujourd’hui, on ne voit plus un seul éleveur qui ne cultive pas, au moins un peu pour ses besoins personnels… et on ne voit plus un seul cultivateur qui n’ait pas aussi son élevage, certains seulement des chèvres et des moutons comme « caisse d’épargne » ou « sécurité sociale », d’autres de façon plus conséquentes en élevant des bœufs pour la culture ou plus…

De plus, ce sont les mêmes terres, les mêmes espaces que cultivateurs et éleveurs partagent depuis des siècles. Ils y vivent ensemble, ils y travaillent ensemble. Autrefois des équilibres s’étaient établis et les bêtes des éleveurs en divagant dans les champs récoltés assuraient une fumure organique non négligeable. Puis elles se retiraient dans les zones non cultivées pour la saison des pluies.



Bien sûr, les tensions existaient parfois, mais les espaces étaient assez grands pour que tous puissent vivre en paix. Aujourd’hui, les choses changent, la population a augmenté ; tous travaillent la terre d’une façon ou d’une autre ; tous pratiquent aussi l’élevage d’une façon ou d’une autre ; la pression sur les terres augmente. Et il ne faudrait pas que les « plans », les « programmes »,les « projets » élaborés en bureaux climatisés et venus de deux ministères différents ne viennent alimenter inutilement des tensions sur le terrain. Mes interlocuteurs m’ont donné plusieurs exemples flagrants où des projets pleins de bonnes intentions au départ ne faisaient qu’alimenter des difficultés de terrain parce qu’ils n’avaient pas été pensés en tenant compte d’une situation qui a beaucoup évolué ces dernières années et où culture et élevage sont maintenant profondément entrelacés et ne peuvent être compris l’un sans l’autre.



La suggestion est donc celle-ci : créer « un grand ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’alimentation » qui pourrait prendre réellement en compte les liens très profonds qui existent entre ces activités. Cultures traditionnelles des céréales, maraîchage, plaines irriguées produisant riz et maïs, riz pluvial, élevage, production de viande et de lait, culture et stockage du fourrage… et toute la chaîne alimentaire qui en découle.

Un tel ministère pourrait aider à trouver les équilibres entre toutes ces activités de production, à faciliter la gestion des terroirs, non plus vus dans une perspective de concurrence, mais dans une perspective de complémentarité pour une production nationale adaptée aux besoins des populations, pour une véritable souveraineté alimentaire dont l’urgence se fait sentir en ces temps de crises.



Se contenter de « borner » des terres pour en exclure les uns et les autres ou les uns ou les autres ne peut être une solution pour succéder à des temps où même la notion de divagation n’existait pas durant toute la saison sèche. Il serait bon qu’au niveau des ministères, les questions soient pensées ensemble pour élaborer des solutions qui intègrent toutes les facettes de ces difficiles questions…
A continuer à chercher chacun dans son coin des « projets » et des « PTF » (avant, on disait des « bailleurs », ça avait le mérite d’être clair), il y a bien un risque d’entrer en concurrence et de multiplier les conflits plutôt que de créer un cercle vertueux pour une agriculture/élevage capable de produire tout ce qu’il faut pour bien nourrir les burkinabè.
Peut-être même avant de produire du coton OGM qui ne fait que nous rendre un peu plus dépendants d’une seule multinationale et fragilise nos filières d’exportation.



Pouvoir manger à sa faim…

N’est ce pas là le premier « droit économique » d’un peuple ?

N’est ce pas le premier devoir d’un état : nourrir son peuple d’abord et veiller pour cela à des solutions durables qui impliquent tous les citoyens.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


publié dans la rubrique "Droit dans les yeux" du Journal "Le Pays" du mardi 6 janvier 2009

mercredi 3 septembre 2008

Article du 02 mars 2008: Lutte contre la vie chère et dépendance alimentaire


Lutte contre la vie chère et dépendance alimentaire

Cela coûte cher d’être pauvre ! Il est plus facile de lutter contre la vie chère quand on est riche que lorsque l’on est pauvre. Cela vaut pour les individus comme pour les gouvernements. Le gouvernement burkinabè en fait aujourd’hui la triste expérience. Mais gouverner, c’est prévoir !

Dans le quotidien burkinabè Sidwaya du vendredi 29 février, nous pouvons lire : « Le gouvernement burkinabè, en son conseil des ministres du mercredi 27 février 2008, a décidé à titre exceptionnel d’exempter des droits de douane, pour une période de trois mois à compter de ce jour, les produits de grande consommation suivants : le riz, le sel, les pâtes alimentaires, le lait concentré sucré, le lait en poudre et les laits infantiles. »

Examinons ici l’impact que peut avoir l’une ou l’autre de ces mesures.

Ainsi le riz importé va entrer au Burkina Faso sans droits de douane. Mais ceux-ci ne s’élèvent qu’à 10 %. Or, le gouvernement le reconnaît lui-même :« Nous avons informé les opérateurs économiques que la fraude s’exprime de plus en plus au Burkina Faso par les sous-déclarations. » Certains estiment que seulement 30 % des marchandises importées sont déclarées. Sur cette base, à supposer que les commerçants importateurs répercutent entièrement ce « cadeau fiscal », la suppression de la taxe douanière sur le riz risque d’avoir un impact très faible sur les prix à la consommation : de l’ordre de 3 %, soit une baisse de 500 F sur un sac de 50 kg vendu à 15 000 F. Or au même moment le ministre de l’Economie et des Finances, Jean-Baptiste Compaoré, nous dit que « le riz thaïlandais est passé de 200 000 à 500 000 F CFA la tonne. » Soit une augmentation de 150 % ! Encore faudrait-il préciser : « De quel riz s’agit-il ? » Du bon riz thaïlandais vendu de 600 F à 700 F le kilo dans les boutiques d’alimentation générale, ou du vieux riz de mauvaise qualité qui envahit même les boutiques des villages ?

Si nous jetons un coup d’oeil sur les importations de lait en poudre, que pouvons-nous dire ? S’il s’agit des sacs industriels de 25 kg de lait (mais souvent revendus au détail dans des sachets en plastique sans étiquette), ils ne sont taxés qu’à hauteur de 5 % dans tout l’UEMOA ! Ici encore, nous pouvons estimer que 30 % seulement des importations sont déclarées. Pour les importateurs, la suppression de la taxe douanière ne représente donc qu’une économie de 1,5 % ! Elle a peu de chance d’être répercutée au niveau du consommateur.

Aussi, plutôt que de répondre dans la précipitation aux manifestations contre la vie chère, il me semble qu’il faudrait profiter de ces évènements pour se poser les bonnes questions, et ensuite prendre les bonnes décisions.

Un pays - comme le Burkina Faso dont la population est composée à 80 % d’agriculteurs et d’éleveurs - peut-il accepter de dépendre de l’extérieur pour se nourrir ? Le Burkina peut-il se dispenser d’avoir une véritable politique agricole et alimentaire ? Le Burkina, qui possède un cheptel de 7 millions de bovins, peut-il se permettre d’importer chaque année pour 9 milliards de produits laitiers ? Le Burkina, qui a investi des milliards de francs pour développer des plaines rizicoles bien irriguées, peut-il se désintéresser du sort des producteurs de riz en laissant rentrer massivement du riz de mauvaise qualité à prix cassés ?

Gouverner, c’est prévoir. Aujourd’hui, le gouvernement agit dans la précipitation. Peut-il faire autrement ? Il y a quelques années, il était possible de taxer le lait en poudre et de développer la filière lait au Burkina et plus largement en Afrique de l’Ouest. Le Kenya l’a fait, et aujourd’hui il est presque autosuffisant en lait. Au Burkina, le lait local manque cruellement. Et la situation ne va pas en s’améliorant. Cette année, le Burkina produit moins de lait que l’an passé, car les aliments pour bétail manquent cruellement.

Tout se passe, ici, comme si les éleveurs et responsables politiques ne savent pas qu’il existe autre chose que le tourteau de coton pour offrir un complément alimentaire au bétail. Pourtant, dans le reste du monde, c’est le soja qui est recherché. Et le Burkina peut en produire autant qu’il en a besoin. Allez dans les zones cotonnières et demandez aux paysans ce qu’ils préfèrent : produire du coton au prix garanti de 150 F le kilo, où produire du soja pour le même prix ?

Dans les années 70, j’ai demandé à un candidat à la députation nationale quel était le programme de son parti par rapport aux paysans. Il m’a répondu : « Oh, les paysans, on ne les craint pas ! » Il me semble qu’aujourd’hui la situation n’a guère changé. Faute de prévoyance, le gouvernement agit sous la pression de la rue. Peut-être n’a-t-il pas le choix ? Mais il sait très bien que fondamentalement les mesures qu’il vient de prendre auront un impact très limité.

Pour être crédible, le gouvernement devrait proposer des mesures qui permettront, dans les prochaines années, de réduire la dépendance alimentaire. Il pourrait déclarer : aujourd’hui, nous supprimons les taxes douanières sur le lait en poudre et le riz. Mais nous voulons en même temps envoyer un signal fort vers les producteurs. Nous nous engageons à soutenir la filière lait et la filière riz. Nous voulons garantir les investissements dans ces deux filières. Si jamais le prix du lait en poudre venait à s’effondrer, non seulement nous rétablirons les taxes, mais nous pourrons même les augmenter si nécessaire. Nous ne permettrons plus qu’avec 200 F CFA de poudre de lait importé on puisse reconstituer un litre de lait entier. Nous ne permettrons plus que le vieux riz thaïlandais casse le prix du riz local. Nous pensons qu’il est légitime qu’un producteur de riz reçoive au moins 125 F pour un kilo de riz paddy. Le cours mondial actuel le permet. Si la Thaïlande (ou tout autre pays) voulait à nouveau nous inonder en déversant chez nous de vieux stocks de riz à prix cassés, nous prendrons les mesures nécessaires pour maintenir le prix du riz local à un niveau raisonnable.

Dernière remarque.

Il y a quelques jours, j’étais au Sourou, dans les grandes plaines irriguées. Les producteurs de riz étaient catastrophés. Il n’y avait plus d’eau. D’après les dire des paysans, il y a deux mois, il y avait beaucoup d’eau. S’il n’y a plus d’eau aujourd’hui, c’est le fait de l’AMVS (Autorité de Mise en Valeur de la Vallée du Sourou) qui seule a autorité pour gérer l’eau, et donc pour ouvrir ou fermer les vannes du barrage de Léry. Il y aurait eu trop d’eau ! L’AMVS aurait donné l’ordre d’ouvrir les vannes pour récupérer une parcelle inondée (jusque là rien à dire !), mais elle aurait oublié de fermer les vannes. Toujours est-il que les producteurs sont obligés de réduire leur production de 50 %. Quand, sur place, on approche l’un ou l’autre responsable de l’AMVS, nous n’avons que des réponses évasives. La Direction Générale, elle, est à Ouagadougou. Peut-on espérer qu’une enquête soit menée et les responsables sanctionnés ?

Koudougou, le 1° mars 2008
Maurice Oudet
Président du SEDELAN


dimanche, 2 mars 2008

SOUVERAINETE ALIMENTAIRE 500 délégués de 80 pays prennent la Parole


Nyéléni 2007 - Forum pour la Souverainté Alimentaire. 23 - 27 Février 2007. Sélingué. Mali

23-27 février 2007
DECLARATION DE NYÉLÉNI
Village de Nyéléni, Sélingué, Mali
mercredi 28 février 2007
par maitreuweb

Nous, plus de 500 représentants de plus de 80 pays, d’organisations de paysans, de pêcheurs traditionnels, de peuples autochtones, de peuples sans terre, de travailleurs ruraux, de migrants, d’éleveurs nomades, de communautés habitant les forêts, de femmes, de jeunes, de consommateurs, de mouvements écologistes et urbains, nous sommes réunis dans le village de Nyéléni à Sélingué, au Mali, afin de renforcer le mouvement mondial pour la souveraineté alimentaire. Nous le faisons brique par brique, en vivant dans des cases construites à la main dans le respect de la tradition locale et en consommant des aliments produits et préparés par la communauté de Sélingué…Nous avons baptisé notre démarche collective « Nyéléni », en hommage à une légendaire paysanne malienne qui nous a inspiré, une femme qui a remarquablement cultivé les terres et nourrit les siens.

La plupart d’entre nous sommes producteurs et productrices alimentaires et sommes prêts, capables et désireux de nourrir les peuples du monde. Notre patrimoine en tant que producteurs alimentaires est crucial pour l’avenir de l’humanité. Cela vaut particulierement pour les femmes et les peuples indigenes, createurs historiques de savoirs alimentaires et agricoles, qui sont sous-estimes. Cependant, ce patrimoine et nos capacités à produire des aliments sains, de qualité et en abondance se voient menacés, sapés, par le néolibéralisme et le capitalisme mondial. La souveraineté alimentaire nous donne l’espoir et le pouvoir de préserver, de récupérer et développer notre savoir et capacité de production alimentaire.

La souveraineté alimentaire est le droit des peuples à une alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. Elle place les producteurs, distributeurs et consommateurs des aliments au cœur des systèmes et politiques alimentaires en lieu et place des exigences des marchés et des transnationales. Elle défend les intérêts et l’intégration de la prochaine génération. Elle représente une stratégie de résistance et de démantèlement du commerce entrepreneurial et du régime alimentaire actuel. Elle donne des orientations pour que les systèmes alimentaires, agricoles, halieutiques et d’élevage soient définis par les producteurs locaux. La souveraineté alimentaire donne la priorité aux économies et aux marchés locaux et nationaux et fait primer une agriculture paysanne et familiale, une pêche traditionnelle, un élevage de pasteurs, ainsi qu’une production, distribution et consommation alimentaires basées sur la durabilité environnementale, sociale et économique. La souverainete alimentaire promeut un commerce transparent qui garantisse un revenu juste a tous les peuples et les droits des consommateurs a contrôler leurs aliments et leur alimentation. Elle garantit que les droits d’utiliser et de gérer nos terres, territoires, eaux, semences, bétail et biodiversité soient aux mains de ceux et celles qui produisent les aliments. La souverainete alimentaire implique de nouvelles relations sociales, sans oppression et inegalites entres les hommes et les femmes, les peuples, les groupes raciaux, les classes sociales et les generations.

À Nyéléni, lors des multiples débats et échanges, nous approfondissons notre compréhension collective de la souveraineté alimentaire et avons pris conscience de la réalité des luttes de nos mouvements respectifs pour conserver leur autonomie et recouvrer leurs pouvoirs. Nous connaissons désormais mieux les instruments nécessaires pour bâtir notre mouvement et promouvoir notre vision collective.

Pourquoi nous battons-nous ?

Un monde où …

…où tous les peuples, nations et états puissent définir leurs propres systèmes et politiques de production alimentaire, garantissant à chacun d’ entre nous une alimentation de qualité, appropriée, abordable, saine et respectueuse de la culture

…où le rôle et les droits des femmes dans la production alimentaire ainsi que la représentation des femmes au sein de tous les organes directeurs soient reconnus et respectes

…où tous les peuples de tous nos pays puissent vivre dignement, obtenir une rémunération décente pour leur labeur et aient la possibilité de rester chez eux

… où la souveraineté alimentaire est considérée comme un droit humain fondamental, reconnu et respecté par les communautés, les peuples, les états et les organes internationaux

…où nous puissions préserver et réhabiliter les milieux ruraux, les réserves halieutiques, le paysage et les traditions alimentaires reposant sur une gestion durable et respectueuse de l’environnement, des terres, sols, eaux, mers, semences, bétail et autre biodiversité ;

…où nous reconnaissons, apprécions à sa juste valeur et respectons notre diversité de savoirs, d’ aliments, de langues et de cultures traditionnels et la façon dont nous nous organisons et faisons entendre notre voix ;

…où existe une véritable réforme agraire intégrale qui garantisse aux paysans tous les droits sur leurs terres, qui défende et récupère les territoires des peuples autochtones, assure aux communautés de pêcheurs l’accès et le contrôle de leurs zones de pêche et écosystèmes, honore l’acces et le contrôle des pâturages et des voies migratoires, garantisse un travail décent pour une rémunération juste ainsi que les droits de tous les travailleurs et un avenir à la jeunesse dans les campagnes. ;…où la réforme agraire revitalise l’interdépendance entre producteurs et consommateurs, assure la survie de la communauté, la justice économique et sociale, la pérennité écologique ainsi que l’autonomie et la gouvernance locales, dans le respect des droits égaux entre les hommes et les femmes, …où le droit au territoire et à l’autodétermination des peuples est garanti.

…où nous partageons pacifiquement et équitablement nos territoires entre nos peuples, que nous soyons paysans, communautés autochtones, pêcheurs traditionnels, pastoralistes, etc.

…où, dans le cas de catastrophes naturelles et provoquées par l’homme et de situations post-conflit, la souveraineté alimentaire soit une « assurance » qui renforce les initiatives de reconstruction locale et atténue les répercussions négatives. Où nous gardons à l’esprit que les communautés touchées ne sont pas désespérées et où les organisations locales et fortes d’aide à l’entraide sont au cœur de la reconstruction.

…où le pouvoir des peuples à prendre des décisions relatives à leurs patrimoines matériels, naturels et spirituels soit défendu.

Contre quoi nous battons-nous ?

L’impérialisme, le néolibéralisme, le néocolonialisme et le patriarcat ainsi que tous les systèmes qui appauvrissent la vie, les ressources et les écosystèmes mais aussi leurs promoteurs, tels que les institutions financières internationales, l’Organisation Mondiale du Commerce, les accords de libre échange les multinationales et les gouvernements ennemis des peuples.

Le dumping d’aliments à des prix inférieurs aux coûts de production dans l’économie mondiale

La domination de nos systèmes alimentaires et agricoles par les multinationales qui font prévaloir les profits sur les peuples, la santé et l’environnement.

Les technologies et les pratiques qui minent nos capacités futures de production alimentaire, nuisent à l’environnement et mettent en péril notre santé. Entendons par là les cultures et les animaux transgéniques, la technologie terminator, l’aquaculture industrielle et les pratiques halieutiques destructives, la soi-disant révolution blanche des pratiques laitières industrielles, l’ « ancienne » et la « nouvelle » révolution verte et les « déserts verts » des monocultures industrielles d’agrocarburants et autres plantations.

La privatisation et marchandisation des aliments, des services publics et de base, du savoir, de la terre, de l’eau, des semences, du bétail et de notre patrimoine naturel

Les modèles et projets de développement et l’industrie d’extraction qui déplacent les peuples et détruisent l’environnement et notre patrimoine naturel ;

Les guerres, les conflits, les occupations, les embargos économiques, les famines, les déplacements forces des peuples et la confiscation de leurs terres, ainsi que toutes les forces et gouvernements qui sont à leur origine et les appuient ; les programmes de reconstruction a la suite de conflits et de catastrophes naturelles qui détruisent nos environnements et nos capacités

La criminalisation de tous ceux qui luttent pour protéger et défendre nos droits ;

L’aide alimentaire qui cache le dumping, introduit des OGM dans notre environnement et systèmes alimentaires locaux et crée un nouveau colonialisme, l’internationalisation et mondialisation des valeurs paternalistes et patriarcales marginalisant les femmes, les diverses communautés agricoles, autochtones, pastorales et de pêcheurs dans le monde ;

Que pouvons-nous faire ?

Tout en travaillant avec la communauté locale a Selinge pour créer un espace de rencontre a Nyeleni, nous nous engageons a développer notre mouvement collectif pour la souveraineté alimentaire en passant des alliances, en appuyant nos luttes respectives et en offrant notre solidarité, forces et créativité aux peuples du monde entier qui luttent pour la souveraineté alimentaire. Toute lutte, en tout lieu du monde, pour la souveraineté alimentaire, est notre lutte.

Nous avons abouti a plusieurs actions collectives afin de partager notre vision de la souveraineté alimentaire avec tous les peuples de cette terre, actions qui sont reprises dans notre document de synthèse. Nous mettrons ces actions en œuvre dans nos zones locales et régions respectives, au sein de nos mouvements et conjointement avec les autres, de façon solidaire. Nous partagerons notre vision et plan d’action pour la souveraineté alimentaire avec ceux qui peuvent être ici avec nous a Nyeleni, de sorte que l’esprit de Nyeleni se répande dans le monde et devienne la force puissante qui fera de la souveraineté alimentaire une réalité pour tous les peuples du monde.

Enfin, nous apportons notre soutien inconditionnel et inébranlable aux mouvements paysans du Mali et au ROPPA pour répondre a leur souhait que la souveraineté alimentaire devienne une realite au Mali et par extension dans toute l’Afrique

L’heure de la souveraineté alimentaire est venue !


jeudi, 1 mars 2007

mardi 2 septembre 2008

Souveraineté Alimentaire

Le grand combat actuel des paysans d'Afrique pour ne pas être écrasés par un commerce agricole particulièrement injuste, parce que très subventionné.




Le commerce de la nourriture n'est pas comme le commerce des produits manufacturés. Il est vital pour chaque peuple de la terre (chaque nation ou groupe de nations) de pouvoir produire la nourriture qui lui convient et de protéger son agriculture sans agresser celle des autres!

De même que les produits culturels ne sont plus aux mains de l'OMC, il faudrait qu'il en soit ainsi des produits agricoles. C'est trop vital pour être laissé aux seuls commerçants!

Merci au ROPPA de nous le rappeler


Pour nous éclairer:

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

La souveraineté alimentaire est un concept développé et présenté pour la première fois par Via Campesina lors du Sommet de l'alimentation organisé par la FAO à Rome en 1996.

La souveraineté alimentaire est présentée comme un droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu'elles puissent avoir un impact négatif sur les populations d'autres pays. La souveraineté alimentaire est donc une rupture par rapport à l'organisation actuelle des marchés agricoles mise en œuvre par l'OMC.

Contrairement à la sécurité alimentaire qui ne s'intéresse qu'aux quantités d'aliments disponibles, la souveraineté alimentaire accorde en plus une importance aux conditions sociales et environnementales de production des aliments. Elle prône une répartition équitable des moyens de production entre les paysans, au moyen si nécessaire d'une réforme agraire et d'une redistribution de terres.

Au niveau local, la souveraineté alimentaire favorise le maintien d'une agriculture locale de proximité destinée en priorité à alimenter les marchés régionaux et nationaux. Les cultures vivrières et l'agriculture familiale sont favorisées. La place et le rôle des femmes sont privilégiés.

La souveraineté alimentaire privilégie des techniques agricoles qui favorisent l'autonomie des paysans. Elle est donc favorable à l'agriculture biologique et à l'agriculture paysanne.


//

Elle est également favorable à ce que les pays africains en développement, qui souffrent des importations subventionnées des pays développés (surtout les USA et l'Europe, dont la France) puissent protéger leur marché intérieur, en dépit des accords de libre-échange de l'OMC.

Ce concept concerne en particulier la politique agricole protectioniste européenne, américaine et japonaise. La Confédération paysanne critique les subventions aux exportations des pays du Nord, qui permette ce qu'on appellerait un dumping des prix, empêchant la survie des petits agriculteurs du "Sud". Elle voit comme solution un protectionnisme dans l'autre sens.

La souveraineté alimentaire inclut un commerce international juste qui

  • autorise des soutiens publics aux paysans, à condition qu'ils ne servent pas directement ou indirectement à exporter à bas prix,
  • garantisse une stabilité des prix agricoles au niveau international par des accords internationaux de maîtrise de la production (cartel de producteurs comme le pratique l'OPEC)