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lundi 29 décembre 2008

Une invitation indécente "à réveillonner avec Christ".


Droit dans les yeux :

Une invitation indécente…

Peut être vous a-t-on distribué à Ouagadougou, à la sortie de la messe de minuit de Noël, cette annonce/invitation de la « Communauté Catholique Mère du Divin Amour » :


La Communauté vous invite le 31 décembre 2008 de 20h30 à l’aube, dans un grand hôtel de Ouaga dont je tairai le nom, à réveillonner avec Christ, roi de miséricorde… participation : adulte 15.000 Fcfa ; enfant 8.000 Fcfa… au programme : exhortation, repentance, adoration, effusion du Saint Esprit, messe… NB : buffet spécial, savamment concocté par l’hôtel… suivent les numéros de téléphone et les lieux où on peut acheter les tickets.


En ces temps de fêtes, ils sont nombreux ceux qui se sont approchés de moi, me confiant leurs détresses : « du lait pour mon bébé, je n’y arrive plus… » ; « du riz pour mes enfants le jour de Noël, ce serait bien… » Ils sont trop nombreux autour de nous ceux qui sont dans l’extrême pauvreté pour supporter une pareille annonce/invitation publique. Si au moins ils étaient restés discrets ! Pourvu que leurs yeux ne soient pas aveuglés comme l’étaient ceux du riche de l’Evangile qui n’a pas vu le pauvre Lazare mourir à sa porte… tout occupés qu’ils étaient de leurs fêtes et de leurs ripailles.


Il y a de multiples lieux où, à Ouagadougou, l’église catholique a prévu des veillées de prières pour accueillir la nouvelle année, dans les paroisses, les aumôneries ou autres où, tous ensemble, riches et pauvres sans distinction, peuvent rendre grâce à Dieu pour l’année passée et mettre dans la main de Dieu l’année qui vient.

Mais lorsque la sélection se fait par l’argent pour « réveillonner avec Christ, roi de miséricorde », lorsque l’entrée est facturée un mois de SMIG pour un couple pour accéder à la prière et à une soirée sur le thème « Il m’a envoyé pour proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres… » autour d’un grand buffet à 15.000F, lorsqu’au programme est inscrite « l’effusion de l’Esprit Saint » avec tant de contradictions et si peu de discernement, alors, oui, je me mets à pleurer !


La fracture sociale, le fossé qui sépare les riches des pauvres ne cesse de se creuser au pays des hommes intègres et encore plus en ces temps de crise économique et de vie chère.

Si dans l’enseignement, la sélection se fait par l’argent pour accéder aux meilleurs établissements privés,

Si pour la santé, la sélection se fait par l’argent pour accéder aux meilleurs soins dans les cliniques privées,

S’il existe des groupes où l’on se coopte sur des critères financiers (au moins en partie), comme les lions club ou les francs maçons,

Pourvu qu’il n’en soit jamais ainsi dans l’église catholique, mon église,

Et je ne le souhaite pas non plus aux églises évangéliques, ni aux communautés musulmanes.

Appelés tous ensemble, en frères et sœurs sur les chemins de Dieu, je vous souhaite à toutes et à tous pour cette nouvelle année 2009 qui vient Paix, partage, amour, solidarité, avec une attention toute particulière pour les plus pauvres.


Koudougou, le 26 décembre 2008

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


publié par le journal "Le Pays" du 30 décembre 2008, rubrique "droit dans les yeux"

mardi 25 novembre 2008

Droit dans les yeux: Eviter de faire d’un pauvre un mendiant

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Droit dans les yeux

Eviter de faire d’un pauvre un mendiant


A chaque instant de la journée, je suis sollicité.


Les pauvres sont légion dans notre pays, et dans leur malheur, ils ne savent plus vers qui se tourner. L’action sociale n’a pas de moyens, les politiciens s’en désintéressent (moins d’état = moins d’entraide = économies).

Dans la grande ville de Ouagadougou, comme dans la petite ville de Koudougou, ils n’hésitent pas à se tourner vers le « blanc » supposé cueillir les billets craquants sur les arbres de son pays. Un blanc est forcément « riche », « très riche » même. Les mythes ont la vie dure.



Mais chaque fois que quelqu’un se tourne vers moi pour quémander, je lui demande d’abord : « Mais où est ta famille, où sont tes frères, où sont tes oncles ? »

Si c’est une femme qui vient me présenter ses jumeaux : « Où est ton mari ? »

Une aide risque fort d’être une solution de facilité qui détruit les solidarités traditionnelles, pourtant fort nombreuses.



Un jeune en difficulté est venu me demander les 1.500 F qui lui manquaient pour coudre son uniforme scolaire. Famille monoparentale, plusieurs frères et sœurs à l’école, pauvreté évidente… Mais il ne me connaît pas et je ne le connais pas. Il m’aurait été facile de me « débarrasser » de lui en lui donnant ces 1.500 F ; mais j’ai pris le temps de discuter longtemps avec lui… Deux jours plus tard, il est venu, rayonnant, avec deux poulets que lui a donnés un oncle au village et je lui ai payé ses deux poulets à 5.000 F Il est libre, moi aussi ; toutes ses solidarités sont préservées…



Il y a bien sûr, le cas des garibous, des élèves coraniques que leur maître envoie mendier. Alors là, je refuse carrément. C’est en « fulfulde du marché » que je discute alors avec les enfants. « D’où viens tu, de Djibo, de Dori ? ». Venus de là bas pour étudier me répondent ils… Ma réponse invariable est celle-ci : « Le marabout qui t’enseigne doit te donner à manger ; s’il ne le veut pas, c’est qu’il est un mauvais maître et qu’il n’a pas le soutien de la communauté des musulmans. » C’est aux parents à nourrir les enfants, pas le contraire. Dans ce cas, je ne donne jamais – quelle que soit ma douleur intérieure – pour ne pas prolonger ce système ignoble. (et que l’état continue de tolérer : c’est invraisemblable !)



Et puis, il y a aussi ceux qui demandent, juste pour tenter leur chance… ceux qui n’ont aucune honte à quémander, ceux qui imaginent m’honorer par leurs « doléances », les vrais « clients », ceux qui se laisseront acheter leur voix pour 1.000 F au prochain passage d’un politicien, ceux qu’on entretient volontairement dans ce système de clientélisme face au « chef », face au puissant… Ceux-là, je les reçois assez mal et ils ont du mal à comprendre pourquoi…



Les vraies associations « caritatives » ne se contentent jamais de « donner », parce qu’elles savent qu’un simple don à un pauvre est particulièrement destructeur des relations vraies et risque de le transformer en « mendiant » et en « dépendant ».

Si elles le font, c’est « à temps », dans les situations de détresse incontournables ;

Si elles le font, elles le font dans la discrétion et veillent à accompagner ceux qui reçoivent sur des chemins de développement qui leur permettront de s’en sortir à long terme.

Si elles le font, c’est parce qu’en même temps, elles luttent pour la transformation des structures injustes de nos sociétés qui engendrent ces situations.



Mais lorsqu’elles continuent à le faire « à contretemps » (quand le temps de la soudure est fini, par exemple)

Quand elles le font sans assurer un « suivi » de ceux qu’elles aident,

Quand elles le font devant les caméras et la presse pour se vanter, se mettre en exergue, et éventuellement confondre « charité » et « politique »,

Quand elles le font pour faire de la publicité à un régime libéral qui « fabrique » les pauvres, sans lutter contre les réelles causes de la pauvreté,

Alors, on est en droit de se poser beaucoup de questions sur les intentions des donateurs, qu’ils soient de l’étranger ou du pays.



Jacques Lacour

jacqueslacourbf@yahoo.fr




Paru dans "Le Pays" du mardi 25 novembre 2008, rubrique "Droit dans les yeux"


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vendredi 5 septembre 2008

La pauvreté à l’heure de la mondialisation, nouveau document du Vatican

La pauvreté à l’heure de la mondialisation, nouveau document du Vatican

Une « question sociale mondiale », pour le cardinal Martino

ROME, Mardi 2 septembre 2008 (ZENIT.org) -

La pauvreté à l'heure de la mondialisation, c'est le thème d'un nouveau document en préparation au Vatican, annoncé par le cardinal Martino lors de sa présentation du Compendium de l'enseignement social de l'Eglise en Tanzanie, à Dar-es-Salaam. Radio Vatican relaie l'information.
Le cardinal Renato Raffaele Martino, président du Conseil pontifical justice et paix, a en effet présenté le Compendium lors de ce congrès continental pour l'Afrique.

« Conscient du caractère dramatique de la situation, le Conseil pontifical justice et paix répond aux exigences exprimées dans le compendium, a expliqué le cardinal Martino, et prépare donc un document sur le thème : « La pauvreté à l'heure de la mondialisation ».

Ce dicastère veut ainsi indiquer, a-t-il précisé, « une approche évangélique pour combattre la pauvreté, identifier qui, au niveau national ou international, a la responsabilité de combattre la pauvreté, sensibiliser l'Eglise à prêter une attention plus articulée et à prendre conscience des problèmes de la pauvreté et des pauvres dans le monde, sans oublier qu'aujourd'hui la pauvreté extrême a avant tout le visage de femmes et d'enfants, spécialement en Afrique ».

« C'est un acte de charité indispensable que l'engagement visant à organiser et à structurer la société de façon à ce que le prochain n'ait pas à se trouver dans la misère, surtout lorsqu'il s'agit d'un nombre immense de personnes et de peuples entiers : une situation qui assume aujourd'hui les proportions d'une véritable question sociale mondiale ».

Pour le président de Justice et Paix, ce congrès de quatre jours - et 3e rassemblement continental après Mexico (2005), Bangkok (2007) -, a constitué « une magnifique expérience de communion et d'amitié ecclésiale ».
« Le dynamisme évangélique de la mission ecclésiale nous pousse - comme Jésus l'a fait - à privilégier les pauvres, à tourner nos forces et nos ressources pour les pauvres, à considérer le renouveau de la société à partir des exigences des pauvres ».

C'est ainsi que le cardinal Martino a rappelé que « l'option préférentielle de l'Eglise pour les pauvres », affirmée dans le sillage de Vatican II, constitue un des points caractéristiques de la Doctrine sociale de l'Eglise.
« La pauvreté, et surtout l'inégalité entre les régions, les continents et les pays, et à l'intérieur de ceux-ci, constitue le problème le plus dramatique que l'on doive affronter aujourd'hui dans le monde », a affirmé le cardinal Martino.

Anita S. Bourdin

mercredi 3 septembre 2008

Actualité brulante

Droit dans les yeux :

Actualité brûlante

Actualité brûlante pour les consommateurs des villes dont les revenus ne suffisent plus pour assurer la survie de leur famille : lait supprimé, huile rationnée, ne parlons plus du beurre… Ce sont des repas maintenant qu’on saute parce tout a trop augmenté, sauf les salaires. Des familles de plus en plus nombreuses ne savent pas le matin ce qu’elles vont manger le soir.

La révolte et le désespoir les guettent, mais la violence n’est pas une solution.

Actualité brûlante pour les commerçants mis sur la sellette, coincés entre des consommateurs exigeants qui n’arrivent plus à payer, une administration fiscale plus rigoureuse et dont ils ne comprennent pas les changements actuels (à quoi sert il de payer des taxes si elles sont détournées ?) et des importateurs exportateurs tout puissants qui répercutent à leur guise sur le marché local les prix en hausse sur le « marché mondial », des hausses parfois vertigineuses !

Actualité brûlante pour le gouvernement : a-t-il augmenté les taxes ? ou cherche t il seulement à faire rentrer les 150.000.000.000 qui manquent à l’appel, ces taxes qui devraient « normalement » être acquittées ? Trop d’exonérations, de passe-droits, de transactions illégales au détriment du trésor public ont marqué ces 20 dernières années pour qu’on puisse les résoudre en un jour sans de solides explications. Trop de fonctionnaires des impôts et de la douane, trop de commerçants, trop d’intermédiaires, trop de politiciens affairistes ont de trop gros intérêts dans le système semi mafieux mis en place jusqu’à aujourd’hui. Ils vont résister à Tertius et si le président lui-même ne le soutient pas, ne s’implique pas en commençant par faire le ménage dans son entourage, Tertius ne réussira pas.

En renonçant pour trois mois aux taxes douanières, le gouvernement ne réussira pas non plus à faire baisser les prix durablement et de manière significative, parce ces taxes sont déjà très peu élevées (nous sommes une des zones « les plus libéralisées » du monde, c’est à dire les moins protégées par les taxes douanières), mais surtout aussi parce ces taxes jusqu’à présent n’étaient pas perçues sur la totalité des importations.

Actualité brûlante aussi pour les populations des quinze provinces qui n’ont pas assez récolté cette année. Pourquoi les commerçants iraient ils y livrer les quelques excédents de la récolte passée puisque ces populations qui manquent de nourriture n’ont pas non plus d’argent.

Et quand l’administration vend un sac de mil à 9.000 F, sait elle que souvent, les plus pauvres qui vivent au jour le jour n’arrivent jamais à réunir cette somme « du coup »…. Qu’un commerçant prête cet argent et une fois le sac retiré laisse – au mieux – une tine gratuite à la famille défavorisée : Et personne ne dénoncera ce système parce qu’une tine gratuite tout de suite pour le pauvre, cela vaut mieux qu’un sac à 9.000 F mais inaccessible !

Et les stocks « sociaux » du gouvernement ne pourront faire face à la pénurie de céréales et aux hausses de prix qui s’annoncent encore.

Actualité brûlante pour le monde : Ne sommes nous pas tous aujourd’hui mis à contribution pour payer les dettes de la faillite du système financier américain et pour payer – à travers la dévaluation du dollar – la dette colossale que les USA ont contractée en notre nom à tous pour financer la guerre en Irak.

Le monde est un village et les plus pauvres paieront jusqu’au dernier franc les dettes énormes contractées par les puissants de la terre.

Qui dans ce contexte ne souhaiterait pas un autre monde, d’autres règles, d’autres valeurs, un monde guidé par d’autres lois que celles du seul profit et des intérêts des puissants ?

Presque tous les dirigeants politiques du monde ont été embarqués – bon gré, mal gré – dans ce système où ils trouvent souvent leurs intérêts particuliers en oubliant ceux de leurs peuples.

Un peu partout dans le monde aussi, des citoyens réagissent, cherchent à comprendre ce qui se passe, se rencontrent et proposent des alternatives à ces politiques qui les étouffent.

Une de ces rencontres, le forum social du Burkina, aura lieu à Ouahigouya les 27,28 et 29 mars prochain. Nous y invitons tous ceux qui pensent qu’un autre monde est possible

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr


mardi, 11 mars 2008

Lettre ouverte à mon frère Benoît XVI

Lettre ouverte à mon frère Benoît XVI

Cette lettre d’un membre des Prêtres des Missions Etrangères, originaire du Canada, est parue sur le site « Jonas » au mois de juillet….
Je me sens très proche de ce missionnaire au soir de sa vie d’apostolat.
Je vous invite à méditer ce texte.

Je t’adresse cette lettre parce que j’ai besoin de communiquer avec le pasteur de l’Eglise Catholique et qu’il n’existe aucun canal de communication pour te rejoindre. Je m’adresse à toi comme à un frère dans la foi et dans le sacerdoce, puisque nous avons reçu en commun la mission d’annoncer l’Evangile de Jésus à toutes les nations.

Je suis prêtre missionnaire québécois depuis 45 ans ; je me suis engagé avec enthousiasme au Service du Seigneur à l’ouverture du concile œcuménique Vatican II. J’ai été amené à un travail de proximité dans des milieux particulièrement pauvres : dans le quartier Bolosse à Port au Prince sous François Duvalier, puis parmi les Quichuas en Equateur et enfin dans un quartier ouvrier de Santiago du Chili durant la dictature de Pinochet.

A la lecture de l’Evangile de Jésus durant mes études secondaires, j’ai été impressionné par la foule des pauvres et des éclopés de la vie dont s’entourait Jésus, alors que les nombreux prêtres qui nous accompagnaient dans ce collège catholique ne nous parlaient que de morale sexuelle. J’avais 15 ans.

La théologie de la Libération, un mélange erroné de foi et de politique ?

Dans l’avion qui t’amenait au Brésil, tu as une fois de plus condamné la théologie de la libération comme un faux millénarisme et un mélange erroné entre Eglise et Politique. J’ai été profondément choqué et blessé par tes paroles. J’avais déjà lu et relu les deux instructions que l’ex-cardinal Ratzinger avait publiées sur le sujet. On y décrit un épouvantail qui ne représente en rien mon vécu et mes convictions. Je n’ai pas eu besoin de lire Karl Marx pour découvrir l’option pour les pauvres.

La théologie de la libération, ce n’est pas une doctrine, une théorie ; c’est une manière de vivre l’Evangile dans la proximité et la solidarité avec les personnes exclues, appauvries.

Il est indécent de condamner ainsi publiquement des croyants qui ont consacré leur vie – et nous sommes des dizaines de milliers de laïcs religieuses, religieux, prêtres, venus de partout à avoir suivi le même chemin. Etre disciple de Jésus, c’est l’imiter, le suivre, agir comme il a agi. Je ne comprends pas cet acharnement et ce harcèlement à notre égard. Juste avant ton voyage au Brésil, tu as réduit au silence et congédié de l’enseignement catholique le Père Jon Sobrino, théologien engagé et dévoué, compagnon des Jésuites martyrs du Salvador et de Monseigneur Romero. Cet homme de 70 ans a servi avec courage et humilité l’Eglise d’Amérique Latine par son enseignement. Est-ce une hérésie de présenter Jésus comme un homme et d’en tirer les conséquences ?

J’ai vécu la dictature de Pinochet au Chili dans une Eglise vaillamment guidée par un pasteur exceptionnel, le Cardinal Paul Silva Henriquez. Sous sa gouverne, nous avons accompagné un peuple épouvanté, terrorisé par des militaires fascistes catholiques qui prétendaient défendre la civilisation chrétienne occidentale en torturant, en séquestrant en faisant disparaître et en assassinant. J’ai vécu ces années dans un quartier populaire particulièrement touché par la répression, la Bandera. Oui, j’ai caché des gens, oui, j’en ai aidé à fuir le pays, oui, j’ai aidé les gens à sauver leur peau, oui, j’ai participé à des grèves de la faim. J’ai aussi consacré ces années à lire la Bible avec les gens des quartiers populaires : des centaines de personnes ont découvert la Parole de Dieu et cela leur a permis de faire face à l’oppression avec foi et courage, convaincu que Dieu les accompagnait. J’ai organisé des soupes populaires et des ateliers artisanaux pour permettre à des ex-prisonniers politiques de retrouver leur place dans la société. J’ai recueilli les corps assassinés à la morgue et je leur ai donné une sépulture digne d’êtres humains. J’ai promu et défendu les droits de la personne au risque de mon intégrité physique et de ma vie. Oui, la plupart des victimes de la dictature étaient des marxistes et nous nous sommes faits proches parce qu’ils ou elles étaient nos semblables. Et nous avons chanté et espéré ensemble la fin de cette ignominie. Nous avons rêvé ensemble de liberté ?

Qu’aurais tu fait à ma place ? Pour lequel de ces péchés veux tu me condamner mon frère Benoît ? Qu’est ce qui t’indispose tellement dans cette pratique ? Est-ce si loin de ce que Jésus aurait fait dans les mêmes circonstances ? Comment penses tu que je me sente lorsque j’entends tes condamnations répétées ? J’arrive, comme toi, à la fin de mon service ministériel et je m’attendrais à être traité avec plus de respect et d’affection de la part d’un pasteur. Mais tu me dis : « Tu n’as rien compris à l’Evangile ! Tout cela c’est du marxisme ! Tu es un naïf. »

N’y a-t-il pas là beaucoup d’arrogance ?

Je rentre du Chili où j’ai revu mes amis du quartier après 25 ans ; ils étaient 70 à m’accueillir en janvier. Ils m’ont accueilli fraternellement en me disant : « Tu as vécu avec nous, comme nous, tu nous as accompagnés durant les pires années de notre histoire. Tu as été solidaire et tu nous as aimés. C’est pourquoi nous t’aimons tant. ! » Et ces mêmes travailleurs et travailleuses me disaient : « Nous avons été abandonnés par notre Eglise. Les prêtres sont retournés dans leurs temples ; ils ne partagent plus avec nous, ils ne vivent plus avec nous. »

Au Brésil, c’est la même réalité : durant 25 ans, on a remplacé un épiscopat engagé auprès des paysans sans terres, des pauvres dans les favelas des grandes villes par des évêques conservateurs qui ont combattu et rejeté les milliers de communautés de base, où la foi se vivait au ras de la vie concrète. Tout cela a provoqué un vide immense que les Eglises évangélistes et pentecôtistes ont comblé : elles sont restées au milieu du peuple et c’est par centaines de milliers que les catholiques passent à ces communautés.

Cher Benoît, je te supplie de changer ton regard. Tu n’as pas l’exclusivité du souffle divin ; toute la communauté ecclésiale est animée par l’Esprit de Jésus. Je t’en prie, remise tes condamnations ; tu seras jugé bientôt par le Seul autorisé à nous classer à droite ou à gauche, et tu sais autant que moi que c’est sur l’amour que notre jugement aura lieu.

Fraternellement

Claude Lacaille p.m.é.

Trois Rivières



samedi, 13 octobre 2007