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mercredi 10 décembre 2008

Droit dans les yeux Le CSLP (Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté) est il encore crédible ?

Droit dans les yeux

Le CSLP (Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté)

est il encore crédible ?

Voilà un « cadre stratégique » que je vois critiqué très fort partout et qui semble particulièrement inefficace pour lutter contre la « pauvreté » qui augmente régulièrement dans notre pays. Si l’analyse de la « pauvreté » et de ses indicateurs renseigne le lecteur attentif, les solutions proposées dans ce document sont inopérantes et inefficaces. Mais pourquoi cela ? Au moment même où toutes sortes d’activités sont présentées tous les jours sous nos yeux comme participant à la lutte contre la pauvreté, et la pauvreté progresse !


Le libéralisme est une machine à fabriquer les pauvres

Ce cadre stratégique est encore un programme politique imposé de l’extérieur, par la Banque Mondiale et le FMI, dans la continuité des PAS (plans d’ajustements structurels) qui imposent tout un tas de conditions qui ne peuvent en aucun cas faire reculer la pauvreté, mais qui, au contraire, fabriquent des pauvres : privatisations, désengagement de l’Etat, transfert des charges fiscales de la douane vers l’impôt, liberté totale du commerce, libre échange, importations de produits agricoles qui ruinent notre agriculture, exportation de produits bruts sans plus value…

On a vu en quelques années que l’imposition de cette politique libérale, dont se réclament Blaise Compaore, Tertius Zongo, le gouvernement et le CDP, n’a fait qu’enrichir les riches et appauvrir les pauvres ; et tout particulièrement les ruraux qui représentent 80% de la population et que l’Etat a complètement laissé tomber.

Jamais un programme politique imposé de l’extérieur n’a marché au Burkina (peut être même en Afrique). Et tant qu’on créera des programmes pour les pauvres sans les pauvres, ça ne marchera pas. Et le CSLP n’a pas marché.


Le monde rural familial n’est pas pris en compte

Le monde rural qui représente 80% de la population et son accès à un revenu décent pour créer un marché intérieur n’est pas pris en compte ; sécuriser les paysans sur leurs terres et rémunérer leur production à son juste prix, comme le font tous les grands pays du monde, est la condition première d’un « développement » de notre pays. Le gouvernement a choisi de favoriser l’agrobusiness, l’accaparement des terres par une minorité, les OGM et les firmes internationales au détriment des exploitations familiales : l’exode rural, la fuite des jeunes vers la ville en sont la conséquence directe et créent de nouvelles catégories de pauvres. La machine à fabriquer les pauvres continue de fonctionner, aucun CSLP n’y pourra rien contre elle si on ne l’arrête pas.

Les partenaires ne sont pas vraiment contents des résultats
Lorsque les autorités du Burkina ont rencontré leurs « partenaires » techniques et financiers le 17 octobre dernier à propos du CSLP, les comptes rendus de presse ont été particulièrement éloquents.
« On peut s’inquiéter de l’impact de ces politiques économiques sur la réduction de la pauvreté. Cela est d’autant plus effrayant que l’incidence de la pauvreté, elle, pourrait augmenter de 2 points en passant de 42,6% à 44,5%. Cela dénote que l’avancée de la pauvreté dans notre pays devient préoccupante. Dans un tel cas de figure, on est en droit de se demander si effectivement les subventions censées aider les couches les plus démunies ne contribuent pas à renforcer les inégalités dans la distribution des revenus de la croissance… des défis restent à relever comme la gestion des marchés publics et la réforme du système judiciaire… ils ont constaté un manque de communication envers les populations, ce qui limite les effets. Il y a donc nécessité de mettre en place un contrôle et un suivi de l’application de ces mesures… Là où les PTF sont plus critiques, c’est au niveau de l’élargissement des opportunités en matière d’emploi et d’activités génératrices de revenus »
Une fois lu ce document, que reste-t-il du CSLP ? Qu’est ce que les pauvres ont gagné ? Malgré les réponses du PM, on est bien obligé de constater que bien peu de choses ont changé pour les pauvres.

La déception des OSC qui collaborent au CSLP
Pour elles, les efforts du gouvernement restent en deçà des attentes. "Le rapport d’étape 2008 de mise en œuvre du CLSP laisse apparaître une incidence de la pauvreté de 42,6% en 2007 contre un objectif de 39,2%. En 2006, l’incidence était de 42,1%. Cette situation s’explique, entre autres, par le fait que le secteur primaire (80% de la population) a connu une croissance négative entre 2006 et 2007". Le CDC/CSLP pense que la situation de pauvreté est aussi liée à la faible implication des populations dans le choix des politiques, mais également le suivi de la mise en œuvre, car, le plus souvent, on se dit qu’elles n’ont pas les moyens de le faire et on se limite à ces préjugés ».
Un cadre stratégique imposé du dehors, le monde rural (secteur primaire) abandonné, les populations et surtout les pauvres pas associés. La pauvreté qui progresse. Mais à quoi sert donc le CSLP ? Et les OSC (assez peu nombreuses) qui ont accepté de collaborer à ce travail sont déçues par l’action du gouvernement. Comment ne pourraient elles pas l’être ?

On construit des « quartiers de riches » à Ouaga où les pauvres ne sont pas invités ; il y a de plus en plus d’« écoles privées de riches » où les pauvres n’auront jamais accès parce que c’est trop cher ; il y a des cliniques privées pour les « riches » à des coûts exorbitants ; les grosses exploitations agricoles qui accaparent les meilleures terres se multiplient ; l’écart riches/pauvres n’existait pas à ce point il y a vingt ans ; il se creuse et risque de devenir une « bombe à retardement » bien plus dangereuse encore que la prétendue « bombe démographique ». Et le CSLP n’y aura rien fait.

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)
jacqueslacourbf@yahoo.fr

publié dans la rubrique droit dans les yeux du quotidien le Pays du mardi 9 décembre 2008

mardi 25 novembre 2008

Droit dans les yeux: Eviter de faire d’un pauvre un mendiant

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Droit dans les yeux

Eviter de faire d’un pauvre un mendiant


A chaque instant de la journée, je suis sollicité.


Les pauvres sont légion dans notre pays, et dans leur malheur, ils ne savent plus vers qui se tourner. L’action sociale n’a pas de moyens, les politiciens s’en désintéressent (moins d’état = moins d’entraide = économies).

Dans la grande ville de Ouagadougou, comme dans la petite ville de Koudougou, ils n’hésitent pas à se tourner vers le « blanc » supposé cueillir les billets craquants sur les arbres de son pays. Un blanc est forcément « riche », « très riche » même. Les mythes ont la vie dure.



Mais chaque fois que quelqu’un se tourne vers moi pour quémander, je lui demande d’abord : « Mais où est ta famille, où sont tes frères, où sont tes oncles ? »

Si c’est une femme qui vient me présenter ses jumeaux : « Où est ton mari ? »

Une aide risque fort d’être une solution de facilité qui détruit les solidarités traditionnelles, pourtant fort nombreuses.



Un jeune en difficulté est venu me demander les 1.500 F qui lui manquaient pour coudre son uniforme scolaire. Famille monoparentale, plusieurs frères et sœurs à l’école, pauvreté évidente… Mais il ne me connaît pas et je ne le connais pas. Il m’aurait été facile de me « débarrasser » de lui en lui donnant ces 1.500 F ; mais j’ai pris le temps de discuter longtemps avec lui… Deux jours plus tard, il est venu, rayonnant, avec deux poulets que lui a donnés un oncle au village et je lui ai payé ses deux poulets à 5.000 F Il est libre, moi aussi ; toutes ses solidarités sont préservées…



Il y a bien sûr, le cas des garibous, des élèves coraniques que leur maître envoie mendier. Alors là, je refuse carrément. C’est en « fulfulde du marché » que je discute alors avec les enfants. « D’où viens tu, de Djibo, de Dori ? ». Venus de là bas pour étudier me répondent ils… Ma réponse invariable est celle-ci : « Le marabout qui t’enseigne doit te donner à manger ; s’il ne le veut pas, c’est qu’il est un mauvais maître et qu’il n’a pas le soutien de la communauté des musulmans. » C’est aux parents à nourrir les enfants, pas le contraire. Dans ce cas, je ne donne jamais – quelle que soit ma douleur intérieure – pour ne pas prolonger ce système ignoble. (et que l’état continue de tolérer : c’est invraisemblable !)



Et puis, il y a aussi ceux qui demandent, juste pour tenter leur chance… ceux qui n’ont aucune honte à quémander, ceux qui imaginent m’honorer par leurs « doléances », les vrais « clients », ceux qui se laisseront acheter leur voix pour 1.000 F au prochain passage d’un politicien, ceux qu’on entretient volontairement dans ce système de clientélisme face au « chef », face au puissant… Ceux-là, je les reçois assez mal et ils ont du mal à comprendre pourquoi…



Les vraies associations « caritatives » ne se contentent jamais de « donner », parce qu’elles savent qu’un simple don à un pauvre est particulièrement destructeur des relations vraies et risque de le transformer en « mendiant » et en « dépendant ».

Si elles le font, c’est « à temps », dans les situations de détresse incontournables ;

Si elles le font, elles le font dans la discrétion et veillent à accompagner ceux qui reçoivent sur des chemins de développement qui leur permettront de s’en sortir à long terme.

Si elles le font, c’est parce qu’en même temps, elles luttent pour la transformation des structures injustes de nos sociétés qui engendrent ces situations.



Mais lorsqu’elles continuent à le faire « à contretemps » (quand le temps de la soudure est fini, par exemple)

Quand elles le font sans assurer un « suivi » de ceux qu’elles aident,

Quand elles le font devant les caméras et la presse pour se vanter, se mettre en exergue, et éventuellement confondre « charité » et « politique »,

Quand elles le font pour faire de la publicité à un régime libéral qui « fabrique » les pauvres, sans lutter contre les réelles causes de la pauvreté,

Alors, on est en droit de se poser beaucoup de questions sur les intentions des donateurs, qu’ils soient de l’étranger ou du pays.



Jacques Lacour

jacqueslacourbf@yahoo.fr




Paru dans "Le Pays" du mardi 25 novembre 2008, rubrique "Droit dans les yeux"


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samedi 22 novembre 2008

Synthèse des travaux de la troisième semaine sociale du Burkina


J'ai eu beaucoup de bonheur à être le rapporteur général de ce temps fort de la vie de l'église du Burkina.Un formidable espace d'expression et si tout ne peut figurer dans ces quelques lignes, elles disent un peu quelque chose de cette rencontre.


Synthèse des travaux
De la troisième semaine sociale du Burkina


Au terme de cette rencontre de quatre jours, les 170 personnes venues participer à la 3° semaine sociale du Burkina rendent grâces à Dieu pour le nouvel élan que cette rencontre va leur donner.

Les participants représentaient les 13 diocèses du Burkina, de nombreuses congrégations et institutions religieuses ainsi que d’autres confessions religieuses et de nombreux services d’Etat. Deux évêques du Niger nous ont honorés de leur présence.

Musulmans et Evangéliques ont participé aux travaux et ont apporté leurs contributions à ce thème qui réunit tous les croyants : Lutter contre la corruption. Lutter contre la pauvreté.
« Ne cédez pas à la corruption sur la terre ; Dieu n’accueille pas l’illicite… » nous a dit notre frère musulman.
« Vous êtes le sel de la terre… », la réception de l’Evangile transforme les cœurs. Nous a témoigné notre frère évangélique.

Ce temps fort a permis en effet à tous les participants d’étudier, de travailler et de faire des propositions sur le thème de :
« Corruption et lutte contre la pauvreté au Burkina Faso
Contribution de l’Eglise Catholique ».

La corruption est un phénomène généralisé qui participe à l’appauvrissement économique et moral de nombreuses nations dans le monde, le Burkina n’est pas épargné et il était important d’en faire l’état des lieux et de proposer des pistes d’action pour ce sujet délicat, mais pas tabou.

Tous les pays du monde sont aux prises avec la pauvreté, d’une manière ou d’une autre et à des degrés divers, mais le Burkina l’est de façon toute spéciale et son récent classement 176°/177 par le PNUD interpelle fortement.

Sept conférences, deux panels et trois ateliers ont permis à tous les participants de mieux comprendre ces deux phénomènes, de poser les questions qui les préoccupent, de proposer des pistes de travail et de formuler des recommandations.
La visite d’un chantier de concassage de cailloux par des femmes à Pissy leur a révélé la précarité sanitaire et la dureté de ce métier qui rapporte peu. Les travailleurs pauvres sont légion au pays et mériteraient une réglementation protectrice.

A la séance d’ouverture, Monseigneur Thomas KABORE les a invités à « se laisser guider dans leurs travaux par l’Evangile… Ce monde de justice et de Paix que nous appelons de tous nos vœux, c’est un don de Dieu à demander, et pour lequel il nous faut aussi nous engager »




La corruption :

Les définitions de la corruption n’ont pas manqué, mais on retiendra ici surtout ses effets dévastateurs :

Elle crée des problèmes économiques et financiers, détruit le tissu social et solidaire, pervertit le système éducatif, discrédite l’autorité publique, sape les fondements de la société et peut mener jusqu’aux guerres civiles,
Elle engendre partout le soupçon,
Elle nie les droits de l’Homme et écrase les plus faibles
Elle affaiblit les institutions et fragilise la démocratie, elle confond bien public et bien privé
Elle fait croire que le succès vient des pots de vin et du favoritisme plus que de l’effort et du travail, elle décourage les meilleurs, elle inverse l’échelle des valeurs
Elle invente les paradis fiscaux, la fraude en tous genres. Elle recycle l’argent du crime.
Elle fait perdre 148 milliards de dollars à l’Afrique chaque année.

Dans une société qui exacerbe les désirs à des fins mercantiles,
Où la recherche de l’argent devient la seule valeur et le seul but
Dans une civilisation du clinquant et des apparences

Au Burkina, elle atteint tous les domaines : santé, éducation, transports et circulation routière, marchés publics, domaine foncier, justice, pièces administratives, douanes, impôts, détournements des moyens et matériels de l’Etat… On la trouve partout, même dans l’église…

Les témoignages d’un petit commerçant affronté à un contrôle fiscal disproportionné, d’un entrepreneur à qui on tarde à remettre son avis de réception des travaux, d’un religieux donnant une ramette de papier dans un bureau, d’un marché perdu pour refus de fausses factures, les sollicitations à un avocat… Tous ces témoignages ont interpellés très fort.

Ses causes sont nombreuses :
bas salaires, valeurs perdues (honnêteté, justice, tolérance, respect de la vie…), ignorance et « déficit d’éducation », disfonctionnements administratifs, impunité, coût social de l’intégrité, frustrations nées de l’écart riches/pauvres, « âpreté au gain » et recherche du profit à tout prix, gros risques à « dénoncer », les modèles importés d’ailleurs, l’influence des mass médias …


Du côté de l’Etat burkinabè, une récente étude montre l’étendue de la corruption et formule des recommandations validées à Ouahigouya en février 2008.
De très nombreuses structures sont mises en place, dont la dernière est l’Autorité Supérieure du Contrôle de l’Etat. Elles suscitent espérance, indifférence ou scepticisme…
La justice semble immobile (trop liée aux instructions ministérielles, aux soucis de carrière et aux collusions avec le milieu d’affaires… trop politisée…trop inefficace…) Elle ne se saisit pas, elle ne fait pas d’enquêtes.

Pourtant une stratégie peut être mise en place pour combattre la corruption
que seul peut mener un « peuple debout »:
= Etre persuadé que la corruption n’est pas une « fatalité ». (D’autres – comme le RENLAC – sont depuis longtemps dans cette lutte) ;
= Mobiliser à tous les niveaux, se regrouper pour être forts et vaincre la peur ;
= Nommer des hommes intègres aux postes importants (pour la « bonne gouvernance ») ;
= Refuser les gestes de corruption les plus simples (« qui vole un œuf vole un bœuf ») ;
= Instaurer partout la transparence financière et la culture du compte rendu et du contrôle. La culture du « secret » est à convertir ;
= Faire toute leur place aux femmes (« Il est internationalement reconnu que les femmes sont moins corrompues et tolèrent moins la corruption que les hommes ») ;
= Initier à l’éthique économique et politique ;
= Retrouver les valeurs africaines : partage, joie, solidarité…la solidarité n’est pas corruptible ;
= Promouvoir les « valeurs citoyennes ». Redevenir fiers d’être honnêtes ;
= Former des êtres spirituels, habités de convictions fortes, capables de ce combat ;
= Donner une formation morale et civique, l’apprentissage du service gratuit,… (Ecole, Familles, Paroisses) ;


La pauvreté

Comment la définir ?
Longtemps perçue comme le seul manque d’argent, on comprend mieux aujourd’hui la fragilité et la précarité du pauvre dans tous les domaines : accès à l’éducation, à la santé, à la justice ; incapacité à agir sur les conditions qui les écrasent, exclusion et ségrégation sociale de fait par l’argent (quartiers bourgeois)…
Le pauvre vit au jour le jour, il lui est impossible de se relever sans l’aide d’autrui.
Pour lutter contre la pauvreté, c’est tout cela qu’il faut « guérir ».

Dans un monde dominé par le libéralisme, la concurrence, la bagarre pour les choses devenues rares, l’appropriation, l’accumulation et l’augmentation des profits, il n’y a pas de place pour le pauvre.
La domination de l’argent dans les relations fait naître les violences.

Au Burkina, en 2003, 46% de la population vit avec moins de 80.000 Fcfa par an.
Mais le pauvre n’a pas perdu sa dignité dans les communautés villageoises ou urbaines.
Rechercher avec lui le bien être humain plus que l’accumulation seule des biens

Attention à ne pas considérer que toute activité contribue à la « lutte contre la pauvreté »,
comme on l’entend dire si souvent aujourd’hui.

Eradiquer la pauvreté exige :
= Un développement endogène.
= Le développement des activités génératrices de revenus.
= Des emplois pour les jeunes.
= La bonne gouvernance. Une volonté et un engagement de l’Etat. (Que l’Etat cesse de se désengager de tout).
= La lutte contre la corruption.
= Une école de qualité pour tous, pour chasser l’ignorance (éviter de « faire du chiffre » avec des maîtres mal formés et peu motivés)
= Des politiques agricoles qui assurent aux paysans un revenu digne et des productions qui assurent au pays la souveraineté alimentaire.
= L’implication des pauvres dans les programmes à eux destinés.
= Une plus grande ardeur au travail, une plus grande créativité et moins de parasitisme
= d’éviter les aides qui rendent dépendants.
= des revenus décents, une éducation à la bonne gestion et l’apprentissage de la prévoyance.


Conclusion

Toute cette semaine a été pour tous les participants une interpellation, un engagement citoyen, un engagement de foi. Ils ont cherché ensemble le regard du Christ sur les réalités du monde et particulièrement du Burkina d’aujourd’hui.



Ils ont reçu pour mission d’annoncer une vision du monde, de dénoncer les mécanismes injustes, de rappeler sans cesse la dimension spirituelle de l’Homme, d’évangéliser l’économie et la politique, de féconder la société par la solidarité.

Il s’agit aussi de proposer des alternatives :
Quitter la seule accumulation des richesses pour « être plus »,
Résister à la seule valeur de l’argent qui s’impose partout,
Combattre les structures oppressives,
Donner place à Dieu au cœur de nos actions humaines.

En retournant dans leurs milieux, dans toutes les structures où ils vont travailler,
ils construiront un réseau de gens qui pourront projeter la lumière sur toutes les formes de corruption.
Dans les paroisses et les familles, à travers la pastorale familiale, ils enseigneront, vivront et feront vivre les valeurs chrétiennes.
Dans l’enseignement, ils éduqueront au civisme.

Chacun, habité par l’Esprit de l’Evangile s’engagera là où il est par une multitude de petits actes quotidiens à construire un monde de droiture, d’honnêteté et de confiance.

Et, comme nous y invitait au début de cette session le mot reçu du pape :
« Corruption et pauvreté sont des drames dans le contexte actuel des crises alimentaires et économiques. Travaillons pour une société plus juste et plus solidaire où chacun pourra vivre dans la dignité »

merci

Ouagadougou, le 20-11-2008
Les participants à la Semaine Sociale du Burkina



Et n’oubliez pas que : (paroles du Père Maugenest, sj.)

« Nous baignons tous dans la corruption » ;
Un progrès moral est il possible ? Peut on faire disparaître la corruption ? Non.
Etre des semeurs de bon grain plus que des arracheurs d’ivraie.
Essayer de penser spirituellement la corruption
Plutôt que lutter moralement contre la corruption.
Nous sommes précaires, corruptibles, voués à la mort.
Mais habités du désir d’incorruptibilité.
Ce qui est voué à la mort disparaîtra.
Vivre alors plus fort la quête de l’Esprit qui fait vivre
Qui conduira le vivant à l’incorruptibilité.
Il s’agit d’un combat spirituel, pas seulement un combat moral.
Nous sommes capables d’incorruptibilité : c’est l’œuvre de Dieu en nous.
Qui passe par la Croix.

La vie sociale est risquée ; chacun sera jugé sur ses actes.
Que chacun y fasse sa vie selon l’Esprit (conversion), selon l’appel de Dieu.
Qu’est ce que l’Esprit m’inspire de faire aujourd’hui ? ou d’éviter ?


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jeudi 20 novembre 2008

Droit dans les yeux : La lutte contre les pauvres continue

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Droit dans les yeux :

La lutte contre les pauvres continue

En ce mois, un sujet nous réjouit tous : cette année, la récolte a été abondante. La pluie est venue, la terre a été généreuse à cause du travail et de la sueur des paysans


Mais certains encenseurs du régime voudraient nous faire croire que c’est à cause du gouvernement que les paysans ont produit davantage et que les inutiles ballets de 4x4 venus défoncer les pistes de brousse en hivernage y sont pour quelque chose.

Sachant qu’un 4x4 vaut trois tracteurs… les paysans ont dû rêver.

Et je n’oublierai jamais combien j’ai pesté contre ceux qui se glorifiaient de passer partout en hivernage avec leur 4x4 dans les pistes de la vallée du Sourou, quand pendant les longs mois de la saison sèche nous devions ensuite jongler avec les énormes ornières qu’ils avaient creusées.


On nous a parlé aussi des semences sélectionnées et des intrants. Venus trop tard et en l’absence de circuits de distribution et de crédits, ils n’ont pu profiter qu’à une minorité, sans doute encore ces fermes modèles de nos dignitaires que l’on nous a tant vantées.


La récolte est bonne, oui, mais les prédateurs sont là, qui guettent les paysans.

Je viens d’apprendre qu’une réunion officielle s’est tenue récemment à Ouagadougou avec des fonctionnaires, des « partenaires » des membres du CIR-B, mais sans les producteurs de riz ! A cette rencontre, il fut proposé (mais sous le sceau du secret) d’acheter aux producteurs leur riz paddy à 115 F le kilo, sachant très bien que les coûts de production dans les grandes plaines se situent entre 100 et 110 F par kilo.

C’est une honte, une arnaque, une spoliation pure et simple. C’est un mépris total des paysans et de leur travail ; c’est une grave injustice !


Jamais le Burkina ne sortira de sa pauvreté et de sa misère si le travail des paysans n’est pas rémunéré à sa juste valeur. Tous les grands états du monde (Etats-Unis, Europe, Japon…) aident leurs paysans et soutiennent leurs productions, car aucune économie solide ne s’est construite sans d’abord une agriculture forte et un minimum de souveraineté alimentaire.

Ici, c’est le contraire, l’état envisage d’écraser les paysans en ne leur payant pas le juste prix pour leur production.


Et pire encore, ils ne seraient autorisés à retenir pour leur consommation que 10% de leur production. Sur une ferme de 170 hectares (suivez mon regard), cela ne pose pas de problème, la quantité sera toujours suffisante, mais sur une parcelle de 1 hectare que restera t il au paysan et à sa grande famille ?


Le gouvernement voudrait aussi faire l’impasse sur les étuveuses, une profession qui se met peu à peu en place et qui permet de créer de la plus-value pour les femmes des plaines irriguées, créant ainsi de la richesse accessible à toutes. Mais il y faudrait du micro crédit… et ce n’est pas la préoccupation de l’état qui préfèrerait confier la récolte de riz ainsi réquisitionnée à ses amis opérateurs économiques ou à quelque unité industrielle dont ils pourraient partager les profits jusqu’à la prochaine faillite.


Quant aux autres céréales, vu leur abondance cette année, l’état laisse s’écrouler les prix et semble décidé à ne pas intervenir : le revenu des paysans n’est pas son problème. Sa seule préoccupation est de nourrir la ville pas cher pour éviter d’augmenter les salaires. 8% d’augmentation pour les petits salaires… sur les 25% demandés : mais où étaient les syndicats ce jour là ?


Pourtant, quelques mesures simples sont possibles : la constitution de stocks de sécurité (A quoi sert la SONAGESS ?), la fixation d’un prix plancher (10.000 F le sac de 100 litres par exemple) avec sanctions pour ceux qui paient moins, la normalisation des systèmes de mesure pour éviter les tromperies des commerçants (21 ans de démocratie n’ont pas réussi à rétablir cet instrument de justice élémentaire), le micro crédit pour constituer des stocks locaux gérés par les villageois ; ces mesures simples pourraient éviter le pillage des campagnes à la récolte par les commerçants. Ils rêvent, eux, de faire sur les céréales encore mieux que sur le ciment !


Il faudrait aussi encourager les paysans à refaire des greniers comme autrefois (à quoi servent la radio et la télé ?), à constituer des stocks familiaux ou, avec l’appui de crédit, des stocks villageois ; leur expliquer aussi qu’il faut – autant que possible – vendre petit à petit pour que les prix ne s’effondrent pas.

Pour cela, certaines mesures sociales évidentes devraient être prises : retarder le paiement des scolarités jusqu’au 10 décembre, par exemple, pour ne pas obliger les paysans à « vendre sur pied » leur récolte pendant la période de soudure à des prix dérisoires


Et qui connaît l’avenir ?

On peut rêver que le changement climatique nous soit favorable et nous apporte des saisons pluvieuses toujours plus abondantes,

Mais on peut aussi interroger les vieux qui nous rappelleront opportunément que les cycles de famine reviennent à intervalles réguliers et que, si l’art de gouverner est de prévoir, les dirigeants pourraient travailler à les anticiper.


Koudougou, le 12 novembre 2008

Père Jacques Lacour ( jacqueslacourbf@yahoo.fr )


paru dans "Le Pays" du mardi 18 novembre 2008, rubrique "droit dans les yeux".


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