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jeudi 4 septembre 2008

Il y a 12 ans, rappelez vous...


Église St Bernard 1996 - Sans-papiers 2008

Par Olivier Bonnet (23-08-2008)

Que s’est-il passé exactement le 23 août 1996, qui vaille qu’environ 2000 personnes aient défilé hier dans la rue, célébrant ce douzième anniversaire par une manifestation parisienne en faveur des sans-papiers ? Ce jour là, au petit matin, 1100 CRS et Gardes
mobiles bouclent le quartier de la Goutte d’or et donnent l’assaut pour déloger de l’église Saint-Bernard, dont la porte est fracassée à coups de hache, les sans-papiers qui l’occupaient. Manu militari , pour les latinistes. Les collectifs de sans-papiers de Paris et région parisienne, concluent, dans le communiqué de presse du 18 août dernier : "Des hommes, des femmes et des enfants, qui ne demandaient qu’une régularisation de leur situation administrative, sont maltraités avant d’être conduits vers des centres de rétention."

Le Nouvel Observateur résume comment on en était arrivé là : "Deux mois auparavant, le 28 juin 1996, trois cents Africains, qui avaient occupé par surprise l’église Saint-Ambroise (XIe) le 18 mars, puis différents lieux de la capitale dont ils étaient à chaque fois expulsés, étaient entrés dans l’église Saint-Bernard, au coeur d’un quartier populaire du XVIIIe. Ces immigrés d’origine principalement malienne et sénégalaise demandaient leur régularisation au nom de leur longue présence en France. Beaucoup avaient des enfants nés en France et n’étaient pas expulsables. Une dizaine d’hommes ont entamé une grève de la faim. Le grand public s’est ému, des personnalités, notamment Emmanuelle Béart, ont proposé leur médiation." À l’issue de l’opération brutale du 23 août 1996, quelques sans-papiers sont expulsés, "d’où ils reviendront clandestinement pour la plupart", précise l’Obs, d’autres incarcérés, puis relâchés. Mais la mobilisation continue. Et finit par porter ses fruits : sous le gouvernement Jospin, 87 000 à 100 000 étrangers en situation irrégulière sont régularisés, selon le bilan de l’Institut national d’études démographiques (Ined), sur 140 000 dossiers déposés.

On sait pourtant que bien des "socialistes" se répandent pour flatter l’électeur de base, en déplorant que la France ne puisse hélas pas "accueillir toute la misère du monde", suivant la célèbre formule de Michel Rocard, dont on omet toujours de préciser qu’elle est incomplète, le Premier ministre ayant terminé par : "mais elle doit en prendre fidèlement sa part". Il est vrai qu’il est plus simple de hurler avec les loups "haro sur les étrangers !" qu’expliquer patiemment que le problème des clandestins est anecdotique à l’échelle des affaires du pays.

Que l’État sarkoziste monopolise des moyens disproportionnés, qui sont autant de ressources dont sont privées la police et la justice pour leurs autres missions. Que le seul but de cette sinistre mobilisation est de gonfler les muscles pour montrer tout son zèle dans la traque de l’étranger, à destination du troupeau de "la race des chauvins, des porteurs de cocardes, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part", comme l’écrivait Brassens.

Alors il faut faire du chiffre en fixant des quotas d’expulsés comme on marque les pièces de bétail. Le chiffre, coûte que coûte, en l’occurence des tragédies humaines insupportables. La cruauté, l’injustice, l’obscénité de ces calculs politiciens qui créent une implacable machine à broyer des vies, tout ça pour ne rien résoudre. Comme l’écrivait dans sa superbe lettre ouverte à Nicolas Sarkozy Jacques Lacour, l’un de ces "pères blancs" qui vit à Koudougou, au Burkina Faso, Ils arriveront quand même : " Nous savions depuis longtemps que la pression était forte et des milliers de cadavres balisent déjà les routes du désert quand les vieux camions rendent l’âme, le détroit de Gibraltar quand coulent les frêles embarcations, ou les autoroutes d’Europe quand on oublie d’aérer citernes ou conteneurs où ils voyagent. Qu’une route se ferme, une autre s’ouvre... et il va en être ainsi pour longtemps ! Vous pouvez bien affréter ces humiliants charters de « retour au pays » qui blessent profondément l’âme hospitalière africaine, elle qui garde mémoire d’avoir été convoquée pour défendre la mère patrie, vous pouvez bien mettre une troisième rangée de grillage à Ceuta et Mellilla (Que faisons-nous encore là-bas ?) ou faire disparaître le camp de Sangate, vous pouvez bien organiser des reconduites aux frontières sous les feux des caméras de télévision, cela rassurera peut-être vos opinions publiques mal informées, mais cela n’arrêtera pas l’arrivée des réfugiés économiques."

Alors il faut continuer patiemment de battre en brèche les idées fausses, mensonges et amalgames de ces sans-papiers qui "vivraient sur le dos des Français" alors qu’ils travaillent et nourissent leur famille, qui "ruineraient la sécu" alors que l’impact des dépenses consacrées à leur population est négligeable, "qu’on ne peut pas loger" alors qu’ils ont déjà un logement et ne demandent rien à personne. Juste à être régularisés, pour continuer à vivre dans le pays où ils ont fait leur vie.
Solidarité !


samedi, 30 août 2008

SANS-PAPIERS DE FRANCE (un éditorial du journal "Le Pays")

Quotidien Le Pays n°4145 du 24/06/2008

Editorial:

SANS-PAPIERS DE FRANCE

Hortefeux met le feu

Encore du feu dans un centre pour immigrés "sans papiers" ! Dans ce sinistre, intervenu le week-end dernier, outre les blessés, il y a eu mort d’homme : un Tunisien a rendu l’âme. C’est la conséquence des mesures draconiennes prises par le gouvernement Fillon et exécutées par son ministre chargé de ces questions, Brice Hortefeux. Les dirigeants africains bougeront-ils enfin suite à ces humiliations?

L’Elysée devrait se réjouir de cette situation, puisque Paris permet à son ministre attitré de brandir régulièrement des trophées de guerre pour célébrer ses victoires. Le ministre Hortefeux semble tellement apprécier sa mission qu’il arbore chaque fois des statistiques, prouvant qu’il est effectivement l’homme de la situation et qu’il honore bien la feuille de route de son maître. Des expulsions, il en fait des masses ! Pour bouter hors d’Europe tous ces pouilleux et malodorants qui dérangent la quiétude de citoyens heureux de respirer aujourd’hui le vent de la liberté. Liberté acquise pourtant au prix du sang, dont celui versé par les parents et les grands-parents de ces "sans-papiers" africains d’aujourd’hui. Cela frise le ridicule dans un pays qui se veut le berceau des droits de l’homme et de surcroît le refuge idéal pour les damnés de la Terre.

La traque des immigrants a toujours existé en France. Mais elle se faisait plus discrète et plus humaine. La rupture à la Sarkozy est donc effective car aucune autre puissance ne traite ainsi ses anciens colonisés. La Grande-Bretagne, en dépit de tout ce qu’on lui reproche, est beaucoup plus clémente et agit de manière plus civilisée. L’entêtement des autorités françaises est en contradiction avec l’ouverture d’esprit du peuple de France qui assiste sans compter, les peuples africains dans leur lutte pour la survie.

La politique française actuelle n'est pas loin de rappeler la conduite des nazis lorsqu’ils s’adonnaient à la chasse aux Juifs durant la période hitlérienne. En effet, ces bourreaux d’autres temps, savouraient leurs performances au fur et à mesure que le tableau de chasse enregistrait les trophées de guerre. Dans la France de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux, l’immigrant africain est potentiellement suspect. Les "sans-papiers" et les "sans domicile fixe" y sont devenus des individus sans droits et sans aucun égard.

De plus en plus d’Africains se retrouvent parmi les "indésirables" car la plupart ont fui des économies exsangues ou moribondes de leur pays. Du fait justement du pillage passé et présent des ressources par les puissances occidentales, avec la bienveillante complicité des gouvernants africains. Outre la malgouvernance, on voudrait faire oublier que partir d’un point à un autre sur cette terre, constitue aussi un droit pour tous. Par ailleurs, les départs s’expliquent aussi par les affabulations de ceux des Africains qui résident déjà dans l'Hexagone et qui donnent généralement de la France l’image d’un pays merveilleux et hospitalier. Pour beaucoup d’Africains marginalisés par des politiques sans queue ni tête, l’Hexagone demeure un "El Dorado" : il faut absolument le voir et…mourir ! Pourtant, les réalités sont tout autres, et Hortefeux s’efforce de le montrer chaque jour que Dieu fait.

Le gros lot des "sans-papiers" se compose d’immigrés clandestins qui débarquent par des voies détournées. Dépouillés de tout (papiers d’identité, argent, etc.), ils sont le plus souvent analphabètes ou sans formation. Ils se font donc arnaquer à tout moment par des individus sans foi ni loi qui les font chanter : argent, petit boulot, ou dénonciation suivie d’expulsion. Lorsqu’ils existent, les papiers d’identité sont confisqués en cas de désaccords avec le "bienfaiteur". Livré à lui-même, le clandestin erre d’une ville à l’autre, d’un petit boulot à l’autre. S’il n’a pas la chance de se faire aider, tôt ou tard il se fera prendre par la police. C’est alors le retour au pays dans des conditions inacceptables.

On ne subit pas de gaieté de cœur ces humiliations. Or, les Africains sont les seuls à les subir. Ceux d’autres provenances sont généralement traités avec plus d’égard, leurs pays faisant preuve de plus de fermeté. En cela, la docilité des gouvernants africains face au calvaire de leurs ressortissants partis à l’aventure, est condamnable. Elle fait honte à la diplomatie du continent qui a tout abandonné entre les mains de la société civile européenne. Celle-ci défend encore mieux la cause de ces immigrés.

Les Africains doivent sans cesse dénoncer ces pratiques iniques qui n’honorent ni la France, ni la Francophonie. Elles font tout simplement honte et ne tirent pas leçon des autres, notamment le Commonwealth qui, en dépit des critiques, ne tombe jamais aussi bas !

Les Juifs dénoncent constamment l’holocauste. Les Palestiniens déplorent "le jour de la honte" pour exprimer leur dépit suite à la création de l’Etat d’Israël. Pourquoi les Francophones d’Afrique ne peuvent-ils pas, de façon collective, rappeler à la France que le vent de liberté dont elle profite, les performances de son économie et la place de l'Hexagone dans le monde aujourd’hui, elle le doit aussi aux fils d'Afrique ?

Les Francophones d’Afrique qui portent à bout de bras une organisation qui serait sans eux une structure sans envergure, doivent exprimer haut et fort leur dégoût d’une politique qui décrédibilise les efforts du peuple de France engagé dans les actions de jumelage-coopération. Les pays du continent devraient exiger et obtenir de Paris le respect des clauses de la réciprocité, surtout en matière de traitement et de protection des personnes. Il faut éviter le piège des accords spéciaux en matière d'immigration, pour s’organiser et parler d’une seule voix, comme le recommande le colonel Khadaffi dont l’empressement à réaliser l’unité africaine trouve ici sa pleine justification. Il faut aussi espérer que les menaces du président Chavez du Venezuela de couper le pétrole aux pays européens décidés à expulsés les "sans-papiers" auront un effet dissuasif, même si la part du pétrole vénézuélien dans les importations françaises, n'est pas considérable.

"Le Pays"


mardi, 24 juin 2008