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mardi 3 mars 2009

Droit dans les yeux : La crise alimentaire continue…

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Droit dans les yeux :

La crise alimentaire continue…


Ce n’est pas parce que la récolte 2008 dans le monde entier a été sensiblement meilleure, qu’il faut croire que la crise alimentaire est finie. Loin de là ! N’oublions pas qu’elle touche le monde entier et qu’il ne faut pas espérer y échapper… sans prendre des mesures énergiques et rapides.


La lecture de la presse ces jours ci est plus que révélatrice de l’angoisse qui gagne peu à peu de nombreux dirigeants dans le monde qui ne savent plus comment faire face au long terme alimentaire qui risque de devenir pour de très nombreux pays la priorité numéro un : « manger d’abord »


La production agricole reste dépendante des aléas climatiques et il semble, d’après de nombreuses études dont certaines parfaitement officielles, que les épisodes de sécheresse et les pays atteints vont se multiplier dans les proches années à venir… Argentine, Corne de l’Afrique, Chine, Inde… Les prévisions ne sont pas bonnes. Et ayant vu de mes yeux les famines des années 70 puis 80 au Burkina, je crains que soient trop vite oubliés, tant par les paysans que par les dirigeants, ces épisodes dramatiques de notre climat… Déjà le Kenya nous annonce que 10 millions de ses habitants sont directement menacés de disette…


Dans le monde, les céréales sont de plus en plus recherchées pour produire de la viande. Il faut 2,5 kg de céréales pour produire un kilo de poulet. On peut se réjouir de voir de plus en plus de gens accéder à une meilleure nourriture… mais on n’en mesure pas toujours le prix. Si les pays côtiers achètent nos céréales « pas chères » (au regard de leur situation économique), une grande partie sert à produire de la viande. Pourvu que ce ne soit pas au détriment de la nourriture céréalière des plus pauvres.


Le maïs s’étant moins bien vendu cette année aux Etats-Unis ou en Ukraine pour cause de surproduction, il sera sans doute moins semé cette année ; ainsi les prix augmenteront à nouveau parce que la demande de maïs destiné à la fabrication d’agrocarburants (éthanol) ne fléchit pas : Le président américain, Barack Obama, a en effet décidé de maintenir le développement de cette filière, bien que la quasi-totalité des usines productrices de cet agrocarburant soient en dépôt de bilan !


Attention aux terres utilisées au Burkina pour produire des agrocarburants ! Que le jatropha ne vienne pas concurrencer les cultures vivrières sur les mêmes terres comme à Boni… où, semble-t-il, même la forêt classée aurait été un moment menacée.
D’ailleurs, il serait, dans ce contexte, de plus en plus urgent de se poser la question de la production du coton. A quoi sert il de produire des millions de tonnes de coton, d’être le « premier producteur », si on doit le vendre à perte et qu’au lieu de nous apporter des devises, il nous enfonce dans le trou de la dette ou dans la dépendance des multinationales ?

Ne vaudrait il pas mieux revenir doucement à la culture des céréales dont les prix repartent sérieusement à la hausse (tout en restant très « volatils », très variables), surtout pour nous protéger et assurer notre souveraineté alimentaire en ces temps difficiles où les crises se surajoutent les unes aux autres : crises financière, alimentaire, économique, énergétique, environnementale, sociale….

Ne faudrait il pas veiller à ce que les terres du Burkina ne soient pas spoliées par des multinationales sulfureuses, comme AgroEd où Mr Millon est déjà l’objet d’enquêtes pour malversations financières ?


A ce titre, il serait bon de réfléchir au drame que vit le peuple malgache, nouvelle illustration d’une économie mondiale ultralibérale qui étrangle les peuples : crise alimentaire des peuples (le SMIC là-bas est à 20.000 Fcfa, comme le sac de riz), voracité des spéculateurs (une société coréenne prétend à une concession de 1.300.000 hectares pour 99 ans dont toute la production est destinée à la Corée) collusion du politique et du patronat (Le président, propriétaire de chaînes de magasins vient de s’acheter un avion boeing personnel !). L’exemple malgache doit nous faire réfléchir ici, au Burkina, pour nous éviter de tomber dans les mêmes travers et éventuellement les mêmes violences.


Le prix des céréales, tant au niveau mondial que régional ou national sera l’objet de spéculations surtout de la part des commerçants, des spéculateurs de métier, grâce à la collusion entre les acteurs politiques et économiques. Il restera très variable…


Si les paysans font de la « rétention », comme certains le prétendent, j’en suis très heureux : à la soudure, ils n’auront pas à payer quatre fois le prix de ce qu’ils auraient vendu à la récolte et ils s’en porteront mieux. Vu les capacités de gestion de la SONAGESS et de son ancêtre l’OFNACER, je suis heureux de voir les paysans se réapproprier la gestion de leur stocks.

Mais il n’est pas sûr que cette analyse soit tout à fait juste : d’énormes quantités de grains sont parties vers le Ghana et vers le Mali. Un de mes confrères de l’Ouest me disait récemment : « tout est parti, tout, de véritables trains de camions ont déjà tout emporté, je les ai vus »


S’il en est ainsi, les plus pauvres auront donc de moins en moins accès à la nourriture. Ca va être un gros problème pour les dirigeants, surtout dans les villes qui ne produisent pas suffisamment de richesse pour nourrir leurs populations urbaines:

« Qu’allons nous faire des plus pauvres ? »

Une réponse, c’est de les transformer en mendiants par les dons systématiques du Programme Alimentaire Mondial… et c’est commencé !


Une autre façon de se poser la question serait :

« Qu’allons nous faire avec les pauvres ? »

Une des réponses pourrait être :

Au lieu de les encourager à quitter leurs terres pour la ville où ils ne trouveront plus de concessions et seront nourris par l’aide internationale comme des mendiants, leur permettre – autant qu’il sera possible – de cultiver mieux leurs terres, de se perfectionner, de trouver un prix rémunérateur pour leurs céréales… pour cela un soutien massif de l’état, sans arrière pensées, est nécessaire : semences (mais pas OGM ! pitié !), engrais, petite mécanisation agricole, conseils…


Que Dieu bénisse les paysans du Burkina

Qu’Il leur donne la force de nous nourrir tous

Et qu’ils trouvent enfin le respect qui leur est dû !



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



paru dans le journal "Le Pays", rubrique "droit dans les yeux" du 3 mars 2009:
http://www.lepays.bf/spip.php?article1171

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mercredi 3 septembre 2008

Que produire?


Hypothèse : Mettons que vous soyez africain et que vous ayez des esclaves. Vous leur faites produire du sorgo ou du coton ? Du coton évidemment, que vous échangez contre des 4x4, des climatiseurs et du blé pour les nourrir. Le sorgo ne se vend pas en Europe.
Il ne faut donc pas s'étonner que les « présidents dictateurs » africains fassent produire du coton à leur peuple, dans la mesure où ils sont guidé par leur intérêt propre et les taxes qu'ils perçoivent plus que par celui de leur administrés.


(trouvé dans un forum sur le net... bien vu!)

vendredi, 25 avril 2008

Le refus de concessions minimes sur le coton n'est pas tenable

ECLAIRAGES : Le refus de concessions minimes sur le coton n'est pas tenable

Date de parution: Mercredi 14 mars 2007
Auteur: Nicolas Imboden

Nicolas Imboden, directeur exécutif d'IDEAS Centre, ancien délégué du Conseil fédéral ssuisse aux accords commerciaux, à la veille d'une conférence sur le coton, avoue qu'il perd confiance. (ancien négociateur suisse de l'Uruguay Round)

Les négociations de Doha sur la libéralisation du commerce et le développement, sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), piétinent. Ceci bien que les grands de ce monde aient multiplié les déclarations sur l'importance des négociations et le bien-fondé du système multilatéral pour l'humanité tout entière. Ceci aussi malgré le fait que les contours d'un arrangement sont sur la table depuis des mois et que les conditions sont aujourd'hui réunies pour faire quelques concessions.
En effet, les prix agricoles - en hausse à cause de la demande de biocarburants - permettent aux grandes puissances de réduire les subventions sans trop pénaliser leurs agriculteurs.
En apparence, ni les Etats-Unis, ni l'Union européenne n'ont de réel intérêt à clore ce cycle: les données économiques fondamentales sont bonnes, le commerce prospère. Pour les productions occidentales, les marchés sont suffisamment ouverts pour ne pas trop s'inquiéter. Pourquoi donc faire des concessions qui risquent de ne pas être populaires au sein d'un Congrès américain de plus en plus protectionniste ou auprès de paysans européens dont le pouvoir de mobilisation politique va bien au-delà de leur importance réelle dans leurs pays?
Les grands de ce monde peuvent attendre. Après tout, cette négociation est le cycle du développement, le cycle du rééquilibrage entre les droits et les obligations des pays pauvres et des pays riches. Les riches devraient donc logiquement donner plus qu'ils ne reçoivent, ce qui est politiquement difficile à vendre.
En revanche, les pauvres, eux, ne peuvent plus attendre. Le coton incarne cette attente aujourd'hui insoutenable. A l'origine, les (ex-)puissances coloniales en ont imposé la culture aux paysans d'Afrique qui ne voulaient pas de «ce truc blanc des Blancs qu'on ne peut manger». Les Européens avaient besoin du coton africain pour faire tourner leurs métiers à tisser quand ils ont perdu l'accès au coton de Louisiane à cause de la guerre de Sécession américaine.

Les Africains ont pris goût à ce qui est devenu l'or blanc pour des millions de petits producteurs partout sur le continent. Le coton représentait l'un des seuls produits exploitables et rentables pour contribuer au développement des dispensaires, des écoles, des voies de communication. Aujourd'hui les régions cotonnières de l'Afrique sont en crise. Leur coton est vendu à un prix déprécié, concurrencé par une production européenne et américaine coûtant le double, voir le triple, mais subventionnée par ces pays riches.

Le problème est simple: 25000 producteurs de coton américains reçoivent quelque 3 à 4 milliards de dollars de subvention par an et appauvrissent 15 millions de petits agriculteurs africains qui survivent plus qu'ils ne vivent. Ces subventions sont contraires aux principes que les puissants tenants du libéralisme ont imposés aux Africains depuis des décennies comme aux engagements pris à l'OMC par ces mêmes pays.

L'équation semble pourtant facile à résoudre. Dans la conjoncture actuelle, les autorités américaines peuvent convaincre leurs 25000 cotonculteurs de cultiver d'autres produits. En effet, on estime que la production de coton américain va diminuer drastiquement ces prochaines années, de nombreux producteurs abandonnant probablement le coton pour le maïs ou le soja, destinés à «nourrir» les voitures américaines.
Malheureusement, les Américains refusent toujours d'appliquer la décision de Hong Kong de traiter le coton d'une manière ambitieuse, rapide et spécifique. Ils ne sont pas prêts à faire ce petit pas qui représenterait un pas de géant pour la crédibilité du système multilatéral.
Le directeur général de l'OMC, conformément au mandat confirmé à Hong Kong, a convoqué à Genève demain et vendredi une conférence sur la cohérence entre développement et commerce dans le coton. Pour saisir ce qui pourrait être une dernière chance pour les producteurs africains de coton, les ministres du Commerce et de l'Agriculture de nombreux pays d'Afrique seront présents. Seront-ils accueillis par les décideurs des pays de l'OCDE prêts à discuter d'une solution ou face à des bureaucrates sans pouvoir de décision? Cette conférence représentera-t-elle la concrétisation du mandat de Doha, à savoir la recherche d'un commerce juste et au service du développement de tous? Ou sera-t-elle (seulement) consacrée à des discussions sur l'aide, entre bénéficiaires souhaitant sauver leurs filières et donateurs soucieux d'éviter d'aborder la cruciale question des subventions?
Conférence de la dernière chance ou nouvelle occasion manquée? Malheureusement, il a y toutes les raisons de craindre un nouveau dialogue de sourds.
Nous payons des centaines de milliards de dollars en Irak et en Afghanistan pour assurer notre sécurité, mais nous ne sommes pas prêts à accorder aux 15 millions de producteurs de coton africains le droit de vendre leur produit sur un marché mondial libre de subventions. Les Africains ne comprennent pas.
Moi, j'y perds mon latin et ma confiance dans le système multilatéral.