mercredi 3 septembre 2008

Monsanto démasqué

Le Pays n° 4091 du 08/04/2008

Droit dans les yeux

Monsanto démasqué

C’est grâce à une journaliste d’investigation très courageuse que nous avons maintenant un dossier sérieux sur la firme Monsanto, leader mondial des OGM.

Elle s’appelle Marie Monique Robin.

Grâce à elle, une enquête portée à l’écran sur la chaîne de télévision européenne Arte le mardi 11 mars 2008 (21h), et un livre : "Le monde selon Monsanto ; de la dioxine aux OGM : une multinationale qui vous veut du bien" (Editions de la découverte) nous dessinent le portrait de ce géant de l’agrochimie, inventeur de quelques-uns des pires polluants de la planète.

Avec 17.500 salariés, un chiffre d’affaire de 7,5 milliards de dollars en 2006, un bénéfice de 1 milliard de dollars, une implantation dans 46 pays, Monsanto représente le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle.

Que lui reproche-t-on ?

On lui reproche de cacher la toxicité de ses produits

Dès 1935, Monsanto fabrique un liquide réfrigérant pour transformateurs électriques (les PCB ou pyralène, en français). Dès 1937, Monsanto savait que ce produit présentait un grave danger pour ses clients et pour ses ouvriers, mais il n’a rien dit et n’a rien fait pour protéger utilisateurs et ouvriers jusqu'en 1977 où ce produit fut définitivement interdit.

Le roundup, désherbant très utilisé par beaucoup de jardiniers dans le monde se révèle être cancérigène ("Nous nous sommes rendu compte que le roundup affectait un point clé de la division des cellules ; c’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer" professeur Bellé)

L’Aspartame, utilisé à la place du sucre (en cas de diabète ou pour d’autres raisons), est une molécule potentiellement cancérigène qui donnerait notamment des tumeurs au cerveau.

Monsanto a produit les pires produits qui ont empoisonné notre planète et ruiné notre santé. Outre le pyralène dont nous venons de parler, il a produit l’"agent orange" utilisé pendant la guerre du Vietnam comme défoliant et qui a provoqué quantité de malformations congénitales sur la génération suivante. Il produit la "dioxine" à l’origine, par exemple, de la catastrophe de Soveso en 1976 en Italie.

On lui reproche une publicité mensongère particulièrement agressive :

Le roundup a été longtemps vanté comme "biodégradable et bon pour l’environnement" ; quand il s’est révélé cancérigène et dangereux pour l’environnement, la firme fut condamnée aux Etats-Unis et en France pour publicité mensongère, mais le mal était déjà fait ! Et pourtant, dit la justice française, l’industriel savait "préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique" (= dangereux pour l’environnement).

Pour obtenir les résultats d’une étude sur le maïs Mon863 qui a servi de nourriture à des rats, le gouvernement allemand a dû aller en justice, car Monsanto ne voulait pas fournir de documents, au motif qu’ils relevaient du secret commercial.

Or nous savons que Monsanto a l’habitude de cacher délibérément au public l’éventuelle toxicité de ses produits.

Aujourd’hui, leader mondial des OGM, Monsanto refuse de faire des études de toxicité sur ses semences OGM, car dit-il, "en vertu du principe d’équivalence en substance" (= un plant transgénique est "à peu près" identique à un plant non modifié), ces expériences et études sont inutiles !

Cette réglementation, adoptée aux Etats-Unis sous la pression de Monsanto ne fait pas l’unanimité : "Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon de très nombreux experts de l’agence de sécurité américaine pour la nourriture et les médicaments (FDA), ils conduisent à des risques différents."

Mais Monsanto, l’administration américaine et le gouvernement américain ont partie tellement liée que toute contestation devient impossible.

En effet, il s’avère que depuis plus de vingt ans, de nombreux cadres passent de la Maison blanche, du Congrès, des agences environnementales, de l’OMC, vers Monsanto et vice-versa. Du coup Monsanto a de solides alliances ! (Même chose avec les revues scientifiques, les laboratoires et les universités…)

On reproche aussi à Monsanto d’avoir tout fait pour faire taire les critiques à son égard :

Et Marie Monique Robin donne de multiples exemples : le Dr Burroughs fut licencié de la FDA pour avoir alerté sur les risques de l’hormone de croissance bovine (encore une invention de Monsanto !) "C’était pourtant ma mission", dit le docteur.

Le biochimiste Pusztai a vu sa carrière ruinée pour avoir dit à la BBC après une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé : "Il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes", et pourtant, dit-il, "moi le premier, j’étais un ardent supporter de la biotechnologie".

Enfin, le biologiste Ignacio Chapela a été victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir révélé la dissémination de maïs transgénique dans le maïs traditionnel mexicain, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

Tous les OGM qui sont aujourd’hui cultivés n’ont jamais été testés de manière rigoureuse. Tous les scientifiques indépendants qui ont essayé de la faire, ont finalement perdu leur travail, ou ont été salis.

On reproche à Monsanto d’avoir "breveté le vivant", d’avoir fait changer la loi aux Etats-Unis pour protéger "sa" propriété intellectuelle sur les gènes du vivant, ce qui n’était pas possible il y a 15 ans.

En Argentine, par exemple, la loi n’autorise toujours pas les brevets sur le vivant, la compagnie avait donc dû renoncer à des "royalties" (= des revenus à ne rien faire, une rente) sur les OGM… Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins !

Aux Etats-Unis même, et au Canada, Monsanto poursuit devant les tribunaux les agriculteurs qui utilisent les semences Monsanto ou les réutilisent sans payer. Monsanto a mis en place pour cela de nombreux systèmes de délation et de détectives et un numéro de téléphone gratuit. "Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. C’est impossible de se défendre contre cette firme."

On reproche à Monsanto de faire perdre aux paysans leur indépendance par rapport aux semences. En effet, les paysans qui cultivent des OGM sont obligés de signer un contrat qui leur interdit de garder une partie de leur récolte pour la re-semer, comme c’est pourtant l’usage depuis l’avènement de l’agriculture, il y a 10 000 ans. Il devient également illégal pour des paysans d’échanger des semences entre eux.

On reproche à Monsanto de pratiquer la corruption pour conquérir de nouveaux marchés. C’est évidemment toujours très difficile à vérifier, mais pourtant, récemment, Monsanto a été condamné pour corruption en Indonésie : l’un de ses représentants sur place avait acheté une centaine d’officiels indonésiens pour mettre sur leur marché le coton BT, un coton transgénique. (Celui-là même que nous adoptons au Burkina).

J’essaie de résumer tant bien que mal ce livre, fruit d’une enquête exceptionnelle de trois ans sur trois continents : en le lisant vous-même, vous découvrirez vous aussi la genèse d’un empire industriel qui, à grands renforts de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et de tentatives de corruption, est devenu l’un des premiers semenciers de la planète.

Avec Monsanto, c’est la programmation de la mort, à court terme, de la diversité biologique et de l’agriculture biologique à cause du problème de la contamination par pollennisation : un document secret de la Communauté européenne souligne que les cultures de maïs transgéniques entraîneront la disparition du maïs biologique.

Cette émission et ce livre arrivent un peu tard pour nous les Burkinabè, même si ces documents ont ouvert nos yeux sur les méthodes, le cynisme et les objectifs de cette multinationale.

En effet, "le 19 février 2008, M. Maxime Somé, ministre délégué chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a annoncé le démarrage de la culture industrielle du coton BT cette année suite au consensus trouvé entre la firme Monsanto et la "partie burkinabè" sur la fixation des prix de la semence et le partage des royalties" (Observateur paalga du 21/2/2008)

Les détails de ce « consensus » n’ont évidemment pas été publiés. Mieux vaut sans doute que les paysans et les générations à venir ignorent à quel prix et au profit de qui ont été vendus leur dépendance et leur malheur prochain.



Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

jacqueslacourbf@yahoo.fr



lundi, 7 avril 2008

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